Suiveurs Réseaux Sociaux : La Fin d’une Ère ?
Imaginez : vous avez passé des années à construire une communauté de plusieurs centaines de milliers de personnes sur les réseaux sociaux. Un matin, vous postez votre meilleure vidéo… et 3 % seulement de vos abonnés la voient. Pire encore, certains de vos plus fidèles fans ne sont même plus informés de votre activité. Ce scénario, autrefois exceptionnel, est devenu la norme en 2025. L’ère où le nombre de followers était synonyme de puissance et de revenus stables semble bel et bien révolue.
Quand les algorithmes ont définitivement pris le pouvoir
Amber Venz Box, PDG de LTK, plateforme leader du marketing d’affiliation pour créateurs, ne mâche pas ses mots. Selon elle, 2025 aura été l’année où l’algorithme a totalement pris le dessus. Les followings, ces chiffres que tout le monde affichait fièrement, ont perdu leur signification profonde.
« Je pense que 2025 a été l’année où l’algorithme a complètement pris le dessus, donc les followings ont cessé d’avoir de l’importance. »
– Amber Venz Box, PDG de LTK
Cette réalité, certains l’avaient anticipée depuis plusieurs années. Jack Conte, fondateur de Patreon, martelait déjà cette idée bien avant 2025. Mais cette année-là, le phénomène est devenu massif, visible et irréversible pour presque tous les acteurs de l’économie des créateurs.
L’essor paradoxal de la confiance humaine face à l’IA
Alors que l’intelligence artificielle inonde les feeds de contenus souvent médiocres ou trompeurs (le fameux « slop »), un mouvement inverse s’observe : les utilisateurs reportent massivement leur confiance vers les créateurs humains authentiques. Une étude menée par l’université Northwestern pour LTK révèle une progression spectaculaire : la confiance dans les créateurs a augmenté de 21 % en seulement un an.
Ce regain de confiance n’est pas anodin. Les consommateurs, saturés d’images générées et de textes automatisés, recherchent de plus en plus des expériences et des recommandations incarnées par de vraies personnes ayant de vraies expériences de vie.
Conséquence directe : 97 % des directeurs marketing interrogés prévoient d’augmenter leur budget consacré au marketing d’influence en 2026. Le paradoxe est saisissant : alors que les grandes plateformes semblent vouloir tuer la relation directe créateur-audience, elles renforcent paradoxalement la valeur des créateurs authentiques.
Le phénomène du clipping : l’armée des adolescents au service de la viralité
Face à cette fragmentation forcée, les créateurs les plus malins ont trouvé une parade : le clipping massif. Le principe est simple mais redoutablement efficace : payer des adolescents (souvent via Discord) pour qu’ils extraient les meilleurs moments de streams, podcasts ou vidéos longues, puis les postent sur des dizaines, voire des centaines de comptes différents.
Cette technique, popularisée notamment par Kai Cenat et orchestrée par des stratèges comme Reed Duchscher (ancien manager de MrBeast), permet de contourner l’algorithme en polluant positivement les feeds. Peu importe que le compte ait 200 abonnés : si le clip est suffisamment accrocheur, l’algorithme le poussera massivement.
- Le créateur gagne en visibilité massive
- Les clippers sont rémunérés au nombre de vues
- L’audience découvre le créateur via des formats ultra-courts
Mais cette stratégie, aussi brillante soit-elle aujourd’hui, porte en elle les germes de sa propre limite : quand tout le monde clippera, le phénomène risque de se retourner en nouvelle forme de spam et de slop humain.
La revanche des niches : quand petit devient puissant
Si les macro-influenceurs à plusieurs dizaines ou centaines de millions d’abonnés peinent de plus en plus à maintenir une relation authentique, les créateurs ultra-nichés, eux, prospèrent.
Des exemples comme Alix Earle (mode & lifestyle authentique), Outdoor Boys (aventure familiale en pleine nature) ou encore Epic Gardening (qui a fini par racheter l’une des plus grosses entreprises de semences aux États-Unis !) montrent la voie : la profondeur l’emporte sur la largeur.
Les algorithmes, devenus hypersophistiqués, savent désormais servir à chaque utilisateur exactement le contenu dont il a envie. Dans ce contexte, vouloir plaire à tout le monde devient un handicap stratégique. Les créateurs qui parlent très précisément à une communauté passionnée s’en sortent beaucoup mieux.
Les plateformes alternatives deviennent le refuge
Face à l’instabilité chronique des grands réseaux, de plus en plus d’utilisateurs migrent leur temps de cerveau disponible vers des espaces plus contrôlés et plus humains : Strava pour le sport, LinkedIn pour le professionnel, Substack pour la réflexion longue, Discord pour les communautés privées, Patreon pour le soutien financier direct…
Plus de 94 % des personnes interrogées dans certaines études affirment que « les réseaux sociaux ne sont plus sociaux ». Ce verdict sans appel pousse les utilisateurs – et donc les créateurs les plus lucides – à chercher ailleurs des relations plus saines et plus durables.
Et demain ? Vers une économie des créateurs plus mature et diversifiée
L’économie des créateurs n’est plus uniquement une affaire de vidéos drôles ou de tutos maquillage. Elle touche désormais tous les secteurs : jardinage, BTP, finance personnelle, mixage de béton pour gratte-ciel… Partout, des experts transforment leur savoir-faire en contenu, en communauté, puis en business réel.
Les années à venir devraient voir apparaître :
- Des outils toujours plus puissants pour gérer des communautés payantes privées
- Une professionnalisation massive des clippers et des community managers
- Une montée en puissance des plateformes « non-algorithmiques » ou faiblement algorithmiques
- Une segmentation encore plus fine des niches (on parle déjà de « micro-niches » de quelques dizaines de milliers de personnes ultra-qualifiées)
En résumé, le nombre brut de followers n’est plus le Graal. La vraie richesse, en 2026 et au-delà, se trouve dans la capacité à créer de la confiance durable, à maîtriser les micro-communautés passionnées et à exister dans plusieurs écosystèmes à la fois, des grands réseaux algorithmiques jusqu’aux espaces les plus confidentiels.
L’avenir n’appartient plus aux créateurs qui crient le plus fort, mais à ceux qui parlent le plus justement aux bonnes personnes.
Et vous, avez-vous déjà commencé à privilégier la qualité de votre audience plutôt que sa quantité ?