Superorganism Lève 25M$ pour Startups Biodiversité
Et si le prochain grand tournant de l’investissement n’était pas dans l’intelligence artificielle ou les batteries révolutionnaires, mais dans la sauvegarde même du tissu vivant de notre planète ? Alors que les alertes sur l’effondrement de la biodiversité se multiplient, un fonds d’investissement atypique vient de frapper un grand coup : Superorganism annonce la clôture de son premier fonds à 25,9 millions de dollars. Une somme conséquente pour un acteur qui se présente comme le « conservationniste assis à la table du capital-risque ».
Quand la finance décide de devenir le bouclier de la nature
Créé en 2023, Superorganism ne ressemble à aucun autre fonds de capital-risque. Là où la plupart des investisseurs « climat » se concentrent sur la réduction des émissions de CO₂, Superorganism a fait un choix radical : s’attaquer directement à la perte de biodiversité. Pas seulement en en parlant, mais en mettant de l’argent concret derrière des entreprises qui ralentissent, voire inversent, le rythme des extinctions.
Le message est clair : la crise climatique et la crise de la biodiversité sont intimement liées, mais la seconde a longtemps été reléguée au second plan dans les portefeuilles d’investissement. Superorganism veut changer cette donne en devenant le partenaire financier des solutions les plus prometteuses.
Trois grands axes d’investissement
Le fonds structure ses interventions autour de trois piliers bien distincts :
- Les technologies qui freinent ou inversent directement les processus d’extinction
- Les solutions situées au carrefour entre changement climatique et biodiversité
- Les outils qui rendent le travail des écologistes et conservationnistes plus efficace et scalable
Ces trois axes permettent au fonds de toucher à la fois des innovations très technologiques et des approches plus pragmatiques mais tout aussi indispensables.
« Vous pourriez nous comparer à un fonds climate tech, mais au lieu de nous demander comment émettre moins de CO₂, nous nous demandons comment perdre moins de nature. »
– Kevin Webb, managing director de Superorganism
Cette distinction est essentielle. Elle montre que le fonds ne veut pas être perçu comme « un fonds climat de plus », mais comme un spécialiste d’un angle encore sous-investi.
Un ticket d’entrée accessible et une promesse philanthropique
Superorganism intervient principalement en pre-seed et seed avec des tickets allant de 250 000 $ à 500 000 $. Une taille relativement modeste qui permet d’entrer très tôt dans le capital de sociétés prometteuses, souvent encore peu visibles pour les grands fonds.
Mais ce qui rend le modèle encore plus intéressant, c’est l’engagement philanthropique : 10 % des profits du fonds seront reversés à des actions de conservation dans le futur. Une façon de matérialiser l’alignement entre performance financière et impact écologique.
Spoor : quand l’IA protège les oiseaux… et les éoliennes
Parmi les sociétés déjà accompagnées, Spoor illustre parfaitement la thèse du fonds. Cette startup norvégienne développe un logiciel basé sur la vision par ordinateur qui suit en temps réel les mouvements et migrations des oiseaux autour des parcs éoliens.
Pourquoi est-ce révolutionnaire ? Parce que les collisions avec les pales des éoliennes tuent des centaines de milliers d’oiseaux chaque année. Les régulations deviennent de plus en plus strictes, allant parfois jusqu’à bloquer des projets entiers. Grâce à Spoor, les opérateurs peuvent ajuster la vitesse ou arrêter temporairement certaines turbines quand les oiseaux sont présents, réduisant drastiquement la mortalité tout en maintenant la production d’énergie renouvelable.
Une solution gagnant-gagnant : la biodiversité est protégée et les développeurs évitent amendes et retards coûteux.
Un portefeuille déjà diversifié et ambitieux
À ce jour, Superorganism a investi dans une vingtaine de sociétés et vise une trentaine de participations au total pour ce premier véhicule. Cette diversification volontaire vise plusieurs objectifs :
- Montrer la richesse et la variété des approches possibles
- Réduire la dépendance à un seul secteur ou une seule technologie
- Construire un « showcase portfolio » attractif pour de futurs investisseurs
Tom Quigley, co-fondateur, insiste sur cet aspect :
« Nous voulons construire un portefeuille diversifié qui montre ce que sont les meilleures entreprises biodiversité, dans tous les secteurs et tous les types de technologies. C’est une façon de rendre le fonds plus résilient face aux vents contraires sectoriels ou politiques. »
– Tom Quigley, managing director de Superorganism
Un contexte politique mouvant… mais une opportunité intacte
Depuis le lancement du projet en 2022, le paysage politique, notamment aux États-Unis, a connu de forts soubresauts autour des questions environnementales. Pourtant, Superorganism a réussi à boucler son objectif sans trop de difficultés.
Certains investisseurs institutionnels ont eu besoin d’explications pour bien saisir la différence avec un fonds climat classique, mais le track-record naissant et la clarté de la thèse ont fini par convaincre. Cisco Foundation, Builders Vision, AMB Holdings ou encore Jeff Jordan (Associé chez Andreessen Horowitz) font partie des premiers soutiens.
Preuve supplémentaire que la biodiversité commence à dépasser les clivages partisans : le gouverneur républicain de Floride Ron DeSantis a récemment salué publiquement Inversa, une autre société du portefeuille, qui transforme des espèces invasives (comme les pythons des Everglades) en produits de luxe comme du cuir. Un exemple concret où l’innovation économique rencontre l’intérêt écologique.
Et demain ?
Superorganism ne compte pas s’arrêter là. Les fondateurs souhaitent clairement jouer un rôle de « premier mover » et ouvrir la voie à d’autres investisseurs institutionnels et family offices qui hésitent encore à s’aventurer sur ce terrain.
En étant les premiers à structurer un fonds VC dédié, ils espèrent créer un effet de démonstration : prouver que la biodiversité peut être un secteur rentable, scalable et attractif pour le capital-risque.
Si la trajectoire se confirme, on pourrait assister dans les prochaines années à l’émergence d’un véritable écosystème d’investisseurs spécialisés, de talents techniques et d’entrepreneurs qui considèrent la restauration du vivant comme le défi entrepreneurial majeur de notre époque.
Superorganism ne se contente pas d’investir : il tente de redéfinir ce que signifie « investir dans le futur ». Et ce futur, pour eux, passe inévitablement par la préservation de toutes les formes de vie qui peuplent la Terre.
À suivre de très près.