Supreme Court Annule Tarifs Trump : Impact Startups Canadiennes
Imaginez que vous dirigez une jeune pousse technologique qui exporte 60 % de sa production aux États-Unis. Du jour au lendemain, un tweet présidentiel fait bondir vos coûts de 25 %. Vous passez des nuits blanches à recalculer marges, à renégocier avec des transporteurs, à expliquer à vos investisseurs pourquoi les prévisions s’effondrent. Puis, un matin de février 2026, la plus haute instance judiciaire américaine déclare que tout cela n’aurait jamais dû arriver. Soulagement… ou simple répit avant la prochaine tempête ?
Une décision historique qui ne clôt pas le chapitre
Le 20 février 2026, la Cour suprême des États-Unis a rendu un verdict retentissant : le président Trump a outrepassé ses pouvoirs en imposant la majorité des tarifs douaniers additionnels sur la base d’une loi réservée aux situations d’urgence nationale. Pour de nombreuses entreprises canadiennes, particulièrement dans le secteur technologique et manufacturier léger, cette annonce ressemble à une bouffée d’oxygène après douze mois d’asphyxie commerciale.
Mais la joie est restée très mesurée. Quelques heures seulement après la publication de la décision, le président américain montait à la tribune pour annoncer qu’il signerait dans la foulée un décret imposant un tarif global de 10 % sur toutes les importations, en s’appuyant cette fois sur d’autres mécanismes juridiques. Le message est clair : les barrières commerciales ne disparaissent pas, elles changent simplement de costume.
Le cauchemar logistique des medtechs montréalaises
Jean-Simon Fortin, PDG de Paperplane Therapeutics, n’a pas caché son scepticisme lors d’un échange téléphonique le jour même du jugement. Sa société développe des logiciels embarqués dans des dispositifs médicaux vendus en grande partie aux États-Unis. Les surcoûts liés aux formalités douanières et l’obligation de passer par une firme spécialisée en import-export ont lourdement pesé sur la trésorerie et les indicateurs-clés.
« Les tarifs ont créé un véritable cauchemar dans la chaîne d’approvisionnement. Si on revenait à la situation d’avant, ce serait énormément plus simple pour expédier à nos clients américains sans se poser mille questions. Mais je ne crois pas que l’administration va simplement baisser les bras. Les enjeux sont trop importants. »
– Jean-Simon Fortin, PDG de Paperplane Therapeutics
Derrière cette prudence se dessine une réalité bien connue des fondateurs qui vendent outre-frontière : l’instabilité réglementaire coûte souvent plus cher que le tarif lui-même. Impossible de construire un plan stratégique à trois ans quand les règles changent tous les quatre mois.
Les secteurs qui respirent… et ceux qui restent sur leurs gardes
Les entreprises dont les produits sont déjà couverts par l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (CUSMA) n’ont, techniquement, quasiment rien vu changer. Kevin Bryan, professeur associé à la Rotman School of Management et économiste en chef au Creative Destruction Lab Toronto, va même plus loin : selon lui, les tarifs punitifs ont paradoxalement rendu les biens canadiens plus compétitifs par rapport à ceux provenant de pays lourdement taxés.
« Le différentiel tarifaire jouait en notre faveur, explique-t-il. Si les États-Unis suppriment réellement les surtaxes généralisées, les marchandises chinoises, vietnamiennes ou européennes vont soudain devenir plus attractives sur le marché américain. » Une analyse contre-intuitive qui rappelle que dans une guerre commerciale, il n’y a pas toujours de gagnant net.
- Matériaux de base (aluminium, acier) → tarifs sectoriels maintenus
- Biens couverts par le CUSMA → déjà à 0 % ou très faible
- Produits technologiques non couverts → forte incertitude résiduelle
- Services numériques purs → globalement épargnés
La réaction des marchés : Shopify et Lightspeed en tête
La nouvelle a provoqué un net rebond sur le parquet de la Bourse de Toronto. Le secteur des technologies de l’information a gagné plus de 2 % en matinée, porté notamment par deux poids lourds : Shopify et Constellation Software. Lightspeed Commerce, qui avait dû réviser à la baisse ses prévisions 2025 en invoquant explicitement la détérioration macro-économique liée à la guerre commerciale, a également vu son titre rebondir.
Dax Dasilva, fondateur et PDG de Lightspeed, résume l’état d’esprit dominant dans l’écosystème :
« Les périodes d’incertitude récompensent les entreprises agiles et pilotées par la data. Nos commerçants se sont adaptés et continuent de le faire. »
– Dax Dasilva, PDG de Lightspeed Commerce
Et maintenant ? Scénarios possibles pour 2026-2027
Trois trajectoires se dessinent pour les prochains mois :
- Scénario 1 – Apaisement durable : le jugement de la Cour suprême dissuade l’administration de contourner la décision par des mécanismes trop agressifs. Les négociations sur le renouvellement du CUSMA se déroulent dans un climat relativement constructif.
- Scénario 2 – Tarification déguisée : de nouvelles taxes apparaissent sous couvert de « sécurité nationale », de normes environnementales ou de mesures anti-dumping. Les coûts restent élevés, mais deviennent plus prévisibles.
- Scénario 3 – Escalade : l’administration passe outre les garde-fous judiciaires et provoque une nouvelle salve de représailles canadiennes, mexicaines et européennes. Retour à la case départ, voire pire.
Dan Kelly, président de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, penche plutôt pour un entre-deux :
« Cette décision pourrait inciter d’autres décideurs américains à rejeter une approche aussi dommageable, surtout au moment où nous renégocions le CUSMA. Mais personne ne pense sérieusement que l’administration va abandonner sa volonté de rééquilibrer la balance commerciale. »
– Dan Kelly, président de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante
Leçons pour les fondateurs qui regardent vers le sud
1. Diversifiez vos marchés dès que possible. Même si les États-Unis représentent souvent 70 à 90 % du potentiel immédiat, attendre que le voisin du sud stabilise sa politique commerciale est un pari risqué.
2. Construisez une supply chain résiliente. Plusieurs acteurs ont découvert à leurs dépens que dépendre d’un seul point de passage frontalier ou d’un seul transporteur peut transformer une hausse de 10 % en crise existentielle.
3. Anticipez les scénarios extrêmes dans vos projections financières. Les investisseurs exigent désormais des « tariff stress tests » dans les pitch decks.
4. Restez extrêmement agile. Les entreprises qui ont le mieux traversé la tempête 2025-2026 sont celles capables de pivoter rapidement leur pricing, leur mix produits ou même leur cible géographique.
Une opportunité cachée pour l’écosystème canadien ?
Paradoxalement, cette période de turbulence pourrait accélérer plusieurs tendances positives pour le Canada : rapatriement partiel de certaines chaînes de valeur, accélération des partenariats intra-canadiens, montée en puissance de hubs comme Montréal, Vancouver et Waterloo comme alternatives crédibles à la Silicon Valley pour les deep techs qui refusent l’instabilité politique.
Stephanie Lipp, PDG de Mycofutures (cuir de champignon), et Josh Ogden, PDG d’AVSS (composants pour drones), ont tous deux adopté la même posture prudemment optimiste : ils ne comptent plus exclusivement sur le marché américain pour décoller, mais ils savent que des conditions commerciales apaisées ouvriraient des portes importantes.
En conclusion, la décision de la Cour suprême marque une victoire tactique pour les entreprises canadiennes… mais la guerre stratégique est loin d’être terminée. Les prochains mois, rythmés par les négociations CUSMA et les manœuvres juridiques de Washington, diront si 2026 sera l’année du retour au calme ou celle d’une nouvelle ère de protectionnisme créatif. Une chose est sûre : les startups qui auront appris à naviguer dans l’incertitude en sortiront plus fortes.
Et vous, comment votre entreprise se prépare-t-elle à la suite ?