Surveillance des Plaques en Ouzbékistan Exposée
Imaginez rouler tranquillement sur une route d’Ouzbékistan, sans vous douter qu’une centaine de caméras ultra-puissantes filment votre plaque minéralogique, votre visage, et enregistrent vos trajets plusieurs fois par semaine… Et que tout cela soit soudain accessible à n’importe qui sur internet. C’est exactement ce qui s’est produit récemment dans ce pays d’Asie centrale.
Une découverte troublante réalisée par un chercheur en cybersécurité a mis en lumière l’un des systèmes de surveillance automobile les plus intrusifs au monde, laissé sans aucune protection. Derrière cette technologie ? Une entreprise chinoise spécialisée dans les outils de contrôle de trafic et de sécurité. Retour sur une affaire qui rappelle à quel point nos déplacements peuvent être scrutés… et parfois de manière très imprudente.
Quand la surveillance de masse devient accessible à tous
En décembre 2025, le chercheur Anurag Sen tombe sur une interface web ouverte, sans mot de passe ni authentification. Ce qu’il découvre dépasse l’entendement : un système complet de lecture automatique des plaques d’immatriculation déployé à l’échelle nationale en Ouzbékistan. Des milliers de véhicules scannés chaque jour, des millions d’images et de vidéos stockées, le tout librement consultable.
Le système, baptisé « intelligence traffic management system », est opéré par le ministère de l’Intérieur ouzbek. Il traque les infractions routières les plus diverses : franchissement de feux rouges, absence de ceinture, circulation nocturne sans permis… Mais surtout, il permet de suivre précisément les déplacements d’un véhicule sur plusieurs mois.
Un réseau dense de caméras haute résolution
Les caméras sont installées dans les grandes villes comme Tachkent, mais aussi sur des axes ruraux, près des anciennes zones frontalières disputées avec le Tadjikistan. À Tachkent seule, plus d’une douzaine de points de contrôle fixes ont été identifiés. Certaines installations sont même visibles sur Google Street View, signe que le déploiement est ancien et assumé.
Les images capturées atteignent une résolution 4K impressionnante. On y voit non seulement la plaque, mais aussi le conducteur, les passagers, parfois même l’intérieur du véhicule. Les vidéos brutes permettent de reconstituer le contexte exact de chaque infraction… ou simplement de chaque passage.
« Ce n’est pas seulement une question de verbalisation. C’est un outil de suivi massif des individus à travers leurs véhicules. »
– Anurag Sen, chercheur en cybersécurité
Le plus inquiétant reste la facilité avec laquelle ces données sensibles ont pu être consultées. Pendant des semaines, voire des mois, n’importe qui connaissant l’adresse IP pouvait plonger dans cette base de données nationale.
Maxvision : l’acteur chinois derrière la technologie
Le système est fourni par Maxvision, une société basée à Shenzhen, en Chine. Spécialisée dans les technologies de contrôle frontalier, de gestion du trafic et de vidéosurveillance intelligente, elle exporte ses solutions dans de nombreux pays : Arabie Saoudite, Mexique, Koweït, Burkina Faso… et donc l’Ouzbékistan.
Sur ses supports de communication, Maxvision met en avant la capacité de ses caméras à enregistrer « l’intégralité du processus illégal » et à afficher les infractions en temps réel. Une promesse technologique séduisante pour les gouvernements souhaitant renforcer le contrôle routier… mais qui pose d’évidentes questions éthiques et de sécurité.
- Caméras 4K avec reconnaissance faciale et plaque
- Stockage massif de vidéos et photos brutes
- Interface web centralisée pour consultation
- Exportation vers plus de 15 pays
Cette affaire n’est malheureusement pas isolée. Elle s’inscrit dans une longue série de failles similaires observées ces dernières années.
Un phénomène mondial : les LPR exposés
Aux États-Unis, des centaines de lecteurs automatiques de plaques (LPR) ont déjà été retrouvés sans protection ces dernières années. En 2019, déjà, des systèmes entiers étaient indexés et accessibles librement. Plus récemment, en 2025, c’est au tour d’une grande partie du parc de Flock Security d’être exposé, permettant même à un journaliste de se voir traqué en direct.
Ces incidents répétés montrent une réalité inquiétante : plus les États et les entreprises déploient massivement ces technologies, plus la surface d’attaque augmente… et plus les erreurs de configuration deviennent catastrophiques.
Quelles conséquences pour la vie privée ?
Dans un pays comme l’Ouzbékistan, où les libertés individuelles sont déjà limitées, un tel outil offre un moyen simple et discret de suivre n’importe quel citoyen. Un véhicule devient une balise géolocalisée permanente. Il suffit de connaître sa plaque pour retracer ses habitudes, ses relations, ses lieux de vie.
À l’échelle mondiale, la multiplication de ces systèmes pose la question de la proportionnalité et de la finalité du traitement des données. Verbaliser un excès de vitesse est une chose. Construire un historique de déplacements sur six mois sans aucun contrôle judiciaire en est une autre.
Et quand la base de données est laissée ouverte, le risque ne se limite plus aux autorités locales. Des acteurs malveillants, des gouvernements étrangers, des entreprises privées ou même des criminels peuvent récupérer ces informations en quelques clics.
Vers une régulation plus stricte des technologies de surveillance ?
Cette affaire rappelle cruellement que la technologie avance beaucoup plus vite que la régulation. Les États adoptent massivement des outils de smart cities et de mobilité intelligente sans toujours mettre en place les garde-fous nécessaires.
En Europe, le RGPD impose des contraintes strictes, mais dans de nombreux pays, ces technologies se déploient dans une relative opacité. Les entreprises comme Maxvision profitent de ce vide juridique pour exporter des solutions puissantes sans que les implications en matière de droits humains soient réellement débattues.
Les experts en cybersécurité appellent aujourd’hui à une prise de conscience collective : sécuriser ces systèmes n’est pas un luxe, c’est une nécessité absolue. Sans cela, la promesse des villes intelligentes risque de se transformer en cauchemar orwellien.
Conclusion : la vigilance devient indispensable
L’exposition du système ouzbek n’est pas seulement une anecdote technique. Elle symbolise les dérives possibles quand la technologie de surveillance est déployée à grande échelle sans les protections adéquates. Elle montre aussi à quel point nos véhicules, que nous considérons comme des extensions de notre intimité, sont devenus des objets traçables en permanence.
Alors que de plus en plus de pays investissent dans la reconnaissance automatique des plaques et les infrastructures connectées, une question essentielle demeure : sommes-nous prêts à accepter un tel niveau de surveillance au nom de la sécurité routière ? Et surtout, sommes-nous capables d’en protéger les données ?
Pour l’instant, en Ouzbékistan, la réponse est malheureusement non.