The Basic Phone : Le Dumbphone Canadien sur Kickstarter
Vous arrivez à imaginer un téléphone qui vous empêche de scroller pendant des heures sur les réseaux sociaux, mais qui vous permet quand même de commander un taxi ou de vérifier vos mails ? C’est exactement ce que propose un entrepreneur canadien avec un projet qui fait déjà parler de lui au CES 2026.
The Basic Phone : quand un développeur canadien réinvente le téléphone minimaliste
Eric Bouchard, un développeur basé à Ottawa, a décidé de passer des applications et des jeux vidéo à la conception d’un appareil hardware révolutionnaire. Lassé par l’impact négatif des smartphones sur notre attention et notre santé mentale, il a construit dans son sous-sol un prototype qui pourrait bien devenir le nouveau compagnon de ceux qui cherchent à se déconnecter sans tout abandonner.
Son invention, baptisée The Basic Phone, se positionne comme un « dumbphone » nouvelle génération : suffisamment limité pour éviter les distractions infinies, mais assez malin pour rester utile au quotidien.
Un design délibérément austère pour favoriser la déconnexion
L’une des caractéristiques les plus marquantes de ce téléphone est son écran e-ink, similaire à celui des liseuses électroniques. Gris, sans rétroéclairage agressif, il rend l’expérience visuelle volontairement terne. Exit les couleurs vives et les animations fluides qui nous hypnotisent sur nos smartphones actuels.
Ce choix n’est pas anodin. En rendant l’appareil moins attractif à regarder, Eric Bouchard espère que les utilisateurs passeront moins de temps dessus et retrouveront un équilibre avec la vie réelle.
« Nous ne voulons pas le rendre trop pénible à utiliser, sinon les gens retourneront à leur ancien téléphone. Il faut trouver le bon équilibre. »
– Eric Bouchard, fondateur de The Basic Phone
Le navigateur web, par exemple, fonctionne en streaming depuis le cloud à cause des contraintes matérielles. Il bloque automatiquement les sites considérés comme distractifs : réseaux sociaux, vidéos en boucle, etc. Vous pouvez consulter vos mails ou une carte, mais TikTok ? Impossible.
Des spécifications techniques dignes d’une autre époque
Le prototype actuel tourne avec seulement 512 Mo de RAM et un processeur à 1 GHz. Mais Eric Bouchard vise encore plus bas : 8 Mo de RAM et 200 MHz. Des chiffres qui nous ramènent aux années 90, quand ces performances suffisaient largement pour faire tourner des systèmes complexes.
Cette approche ultra-légère présente un avantage inattendu dans le contexte actuel : elle évite complètement la pénurie de composants haut de gamme qui touche le marché, dopée par la demande en intelligence artificielle.
En restant sur des puces basiques et peu convoitées, le projet contourne les hausses de prix et les délais de production interminables.
Une conception 100 % modulaire et réparable
Autre pilier du projet : la réparabilité. The Basic Phone est entièrement modulaire. Chaque composant utilise des pièces standards, disponibles dans le commerce. Batterie, écran, carte mère : tout peut être remplacé par l’utilisateur avec un simple tournevis.
Dans un monde où les smartphones sont de plus en plus scellés et difficiles à réparer, cette philosophie fait figure d’acte militant. Elle prolonge la durée de vie de l’appareil et réduit l’impact environnemental.
- Écran e-ink remplaçable
- Batterie standard interchangeable
- Composants non propriétaires
- Aucun besoin de service après-vente spécialisé
Cette modularité rend aussi le développement plus agile : l’équipe peut tester différentes configurations sans repartir de zéro.
Un Kickstarter ambitieux pour une petite équipe
Lancé officiellement lors du CES 2026 à Las Vegas, le projet cherche à récolter 200 000 dollars canadiens sur Kickstarter. L’objectif : financer l’équipe de trois personnes et lancer la production pour une livraison espérée fin 2026 ou début 2027.
Eric Bouchard reste réaliste. Il sait que les délais en hardware sont souvent optimistes, surtout pour une petite structure qui passe du logiciel au matériel physique.
Mais l’engouement autour des téléphones minimalistes est réel. Des concurrents comme Light Phone, Punkt ou plus récemment Clicks avec son clavier BlackBerry montrent que le marché existe.
Pourquoi maintenant ? La prise de conscience générationnelle
La génération Z, souvent pointée du doigt comme la plus accro aux écrans, est paradoxalement celle qui mène la charge contre l’addiction numérique. Études après études montrent une corrélation entre usage intensif des réseaux sociaux et problèmes de santé mentale chez les jeunes.
Eric Bouchard croit que son téléphone arrive au bon moment. Il ne veut pas d’un appareil trop restrictif qui pousserait les utilisateurs à garder leur smartphone en parallèle. Au contraire, il vise l’équilibre : un appareil principal qui fait le job sans aspirer toute notre attention.
« Je crois que beaucoup de jeunes, la génération Z par exemple, sont intelligents et réalisent qu’il y a un problème avec les smartphones. »
– Eric Bouchard
Il évoque avec nostalgie l’époque où l’on consultait MSN Messenger uniquement sur l’ordinateur familial, puis on sortait jouer dehors. Une frontière claire entre monde connecté et vie réelle.
Les défis à venir pour The Basic Phone
Malgré l’enthousiasme, des questions restent en suspens. Qui décide quels sites sont « distractifs » ? L’équipe actuelle garde ce contrôle, mais promet d’écouter les retours des premiers utilisateurs pour affiner les règles.
Autre défi : convaincre que l’on peut vivre avec si peu de puissance. Les applications de ride-sharing ou de GPS fonctionneront-elles correctement avec un streaming cloud et des composants aussi limités ?
Enfin, la concurrence est rude. Chaque nouveau venu doit trouver sa niche dans un marché encore jeune mais déjà encombré.
Vers une nouvelle façon de consommer la technologie ?
The Basic Phone ne révolutionnera peut-être pas le marché grand public dominé par Apple et Samsung. Mais il participe à un mouvement plus large : celui d’une technologie plus consciente, plus respectueuse de notre temps et de notre attention.
En combinant minimalisme technique, réparabilité et garde-fous contre les distractions, le projet d’Eric Bouchard propose une alternative crédible pour tous ceux qui veulent retrouver un peu de sérénité dans un monde hyper-connecté.
Reste à voir si la campagne Kickstarter atteindra son objectif et si les premiers utilisateurs adopteront durablement cet ovni technologique. Une chose est sûre : l’idée séduit déjà par sa simplicité et son honnêteté.
Et vous, seriez-vous prêt à troquer votre smartphone dernier cri contre un appareil qui vous force gentiment à lever les yeux de l’écran ?