Trump Veut Bloquer les Lois IA des États
Imaginez un pays où une seule règle nationale s’impose à toute une industrie en pleine explosion, balayant d’un trait de plume des dizaines de lois locales votées par des élus de terrain. C’est précisément le scénario que Donald Trump semble vouloir activer dans les prochains jours concernant l’intelligence artificielle. Le 8 décembre 2025, l’ancien et futur président a annoncé sur son réseau social qu’il signerait cette semaine un décret exécutif baptisé « ONE RULE », visant à empêcher les États américains de réglementer l’IA à leur guise.
Cette déclaration n’est pas passée inaperçue. Elle intervient dans un contexte où la course mondiale à l’IA fait rage, où la Chine talonne les États-Unis et où la Silicon Valley réclame à cor et à cri un cadre unique pour ne pas « tuer l’innovation dans l’œuf ». Mais cette volonté de recentralisation suscite aussi une levée de boucliers impressionnante, y compris dans le camp républicain.
Un décret pour une seule règle nationale en IA
Le message de Trump est clair et sans ambiguïté : « Il ne peut y avoir qu’un seul livre de règles si nous voulons continuer à dominer en IA ». Selon lui, obliger les entreprises à obtenir 50 autorisations différentes dans 50 États différents serait la meilleure façon de saborder la suprématie technologique américaine. Il parle même de « détruire l’IA dans son enfance » si les États conservent leur pouvoir de régulation.
Le décret en préparation, dont une version préliminaire avait fuité il y a quelques semaines, irait bien au-delà d’une simple déclaration d’intention. Il créerait notamment une AI Litigation Task Force chargée d’attaquer en justice les lois d’État jugées trop contraignantes. Les agences fédérales seraient invitées à identifier et à critiquer les réglementations locales « onéreuses ». La FCC et la FTC recevraient pour mission d’élaborer des normes nationales qui prévaudraient sur les règles locales.
Autre point clé : le texte donnerait un pouvoir accru à David Sacks, nommé « AI czar » à la Maison Blanche, au détriment de l’Office of Science and Technology Policy dirigé par Michael Kratsios. Une recentralisation qui fait grincer des dents jusque dans les rangs conservateurs.
Une opposition bipartisan plus forte qu’on ne le croit
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’idée d’une préemption fédérale massive en matière d’IA n’a jamais vraiment convaincu à Washington. Plus tôt dans l’année, une proposition du sénateur Ted Cruz visant à instaurer un moratoire de dix ans sur toute législation IA au niveau des États a été rejetée par 99 voix contre 1 au Sénat. Un rare moment d’unité entre républicains et démocrates.
Du côté des gouverneurs et élus républicains, les voix critiques se multiplient. Ron DeSantis, gouverneur de Floride, a clairement indiqué qu’il refusait de voir son État privé de la capacité à légiférer pour protéger ses citoyens, ses enfants et ses familles. Il a même qualifié les data centers d’IA de véritables « vampires énergétiques » qui menacent l’emploi et les ressources locales.
« Nier au peuple la capacité de canaliser ces technologies de manière productive via l’autogouvernance constitue un excès de pouvoir du gouvernement fédéral et laisse les entreprises technologiques agir sans limites. »
– Ron DeSantis, Gouverneur de Floride
Marjorie Taylor Greene, Marco Rubio et de nombreux autres élus républicains ont également pris position contre une telle centralisation, invoquant le sacro-saint principe du fédéralisme.
Pourquoi tant d’États ont-ils déjà légiféré sur l’IA ?
Face au vide réglementaire fédéral, plusieurs États ont pris les devants. La Californie a adopté la loi SB 53 sur la sécurité et la transparence des systèmes d’IA. Le Tennessee a promulgué l’ELVIS Act pour protéger les artistes contre les deepfakes générés par IA. New York travaille sur le RAISE Act. Au total, plus de 200 législateurs d’État ont signé une lettre ouverte s’opposant à toute préemption fédérale.
35 procureurs généraux d’État, issus des deux partis, ont également alerté le Congrès sur les « conséquences désastreuses » d’une invalidation massive des lois locales. Parmi les craintes exprimées : absence de protection contre les deepfakes malveillants, les manipulations électorales, les atteintes à la vie privée, ou encore les cas documentés de suicides liés à des interactions prolongées avec des chatbots.
Certains psychologues parlent même d’une nouvelle pathologie émergente : la « psychose induite par l’IA ». Autant de signaux qui poussent les élus locaux à agir quand Washington reste immobile.
La Silicon Valley, grande gagnante annoncée ?
Pour les géants de la tech et les investisseurs, un cadre unique et léger serait un rêve devenu réalité. Greg Brockman (OpenAI) et David Sacks estiment qu’un patchwork de 50 réglementations différentes rendrait impossible le déploiement rapide de nouveaux modèles d’IA aux États-Unis, au profit de la Chine.
Pourtant, les opposants rétorquent que cette rhétorique catastrophiste masque surtout le refus de toute contrainte réelle. La Silicon Valley a toujours excellé dans l’art de bloquer les régulations fédérales… et semble aujourd’hui obtenir gain de cause par la voie exécutive plutôt que législative.
« Noël arrive en avance pour les milliardaires de l’IA qui obtiennent exactement ce qu’ils veulent de la Maison Blanche : un énorme cadeau qui facilite les profits massifs sans aucune considération pour les risques pour nos enfants, notre sécurité et nos emplois. »
– Alex Bores, député de l’Assemblée de New York
Quelles conséquences pour l’écosystème startup ?
Si le décret est signé et appliqué, les startups américaines pourraient bénéficier d’un terrain de jeu national uniforme, facilitant les levées de fonds et les déploiements rapides. Mais ce gain de vitesse pourrait se payer au prix d’une perte de confiance du public. Sans garde-fous locaux, les citoyens pourraient se sentir démunis face aux dérives potentielles de l’IA : discrimination algorithmique, désinformation massive, dépendance psychologique, remplacement massif d’emplois.
Paradoxalement, une régulation trop laxiste pourrait aussi freiner l’adoption grand public de l’IA. Les citoyens hésiteraient à utiliser des outils perçus comme dangereux ou incontrôlables. À l’inverse, des lois locales bien calibrées pourraient justement créer un climat de confiance propice à une diffusion large et durable des technologies IA.
Un bras de fer qui ne fait que commencer
Le décret « ONE RULE » n’est pas encore signé, mais il cristallise déjà toutes les tensions autour de la gouvernance de l’intelligence artificielle aux États-Unis : innovation contre prudence, centralisation contre fédéralisme, intérêts économiques contre protection citoyenne.
Quelle que soit l’issue juridique de ce bras de fer, une chose est sûre : l’année 2026 s’annonce décisive pour déterminer si l’Amérique choisit de dominer la course à l’IA par la vitesse et la dérégulation… ou par la construction d’un cadre équilibré et accepté par la société. Le match ne fait que commencer.
Et vous, pensez-vous qu’une seule règle nationale soit la solution pour garder l’avantage technologique, ou préférez-vous que les États conservent leur pouvoir de protection ? Le débat est lancé.