Unacademy Vale Moins de 500 M$ et Explore des Fusions
Imaginez une startup qui explose pendant la pandémie, atteint une valorisation astronomique, puis dégringole brutalement en quelques années. C’est exactement ce qui arrive à Unacademy, l’un des fleurons de l’edtech indien. Son fondateur vient de l’admettre publiquement : l’entreprise vaut désormais moins de 500 millions de dollars.
Cette chute vertigineuse interpelle. Elle reflète les difficultés d’un secteur entier qui a connu une croissance fulgurante avant de retomber violemment sur terre. Que s’est-il passé ? Et surtout, quelles leçons en tirer pour l’avenir des startups éducatives ?
La Dégringolade d’Unacademy : Des Sommets à la Réalité
En 2022, Unacademy brillait au firmament des startups indiennes. Valorisée à 3,5 milliards de dollars, elle attirait les plus grands investisseurs mondiaux : SoftBank, Tiger Global, General Atlantic… Fondée en 2015 par Gaurav Munjal et deux associés, la plateforme proposait des cours en ligne pour préparer les examens compétitifs indiens.
Pendant les confinements, tout change. Les écoles ferment, les étudiants se ruent vers les solutions numériques. Unacademy lève des centaines de millions, recrute massivement et dépense sans compter en marketing. La croissance semble infinie.
Mais dès que les salles de classe rouvrent, la demande s’effondre. Les concurrents, inspirés par le modèle initial d’Unacademy, proposent des offres moins chères. La plateforme perd des parts de marché dans un domaine qu’elle avait pourtant inventé.
« Personnellement, pour nous fondateurs, ce furent les trois années les plus difficiles de notre vie. Jusqu’en 2021, nous n’avions jamais connu un seul mois de décroissance. »
– Gaurav Munjal, CEO d’Unacademy
Cette citation, tirée de son message anniversaire sur X, résume le choc. L’entreprise passe d’une hypercroissance à une lutte pour la survie.
Une Valorisation Divisée par Sept
Aujourd’hui, dix ans après sa création, Unacademy vaut moins de 500 millions de dollars. C’est une perte de plus de 85 % par rapport au pic de 2022. Cette dévaluation n’est pas isolée : elle touche tout l’écosystème edtech indien.
Byju’s, l’ancien leader incontesté, voit sa valeur réduite à presque zéro. L’entreprise traverse des procédures d’insolvabilité et son fondateur fait face à des poursuites judiciaires aux États-Unis. Le contraste est saisissant avec Physics Wallah, qui devient rentable et réussit une introduction en bourse remarquée.
Pourquoi une telle différence ? Physics Wallah a su rester concentré sur des prix accessibles et une exécution rigoureuse. Unacademy, elle, a parfois péché par excès de confiance.
Les Erreurs Admises par le Fondateur
Gaurav Munjal ne tourne pas autour du pot. Il reconnaît ouvertement la complaisance de son équipe. Lorsque les rivaux ont baissé leurs tarifs, Unacademy n’a pas réagi assez vite. L’innovation sur le pricing a manqué.
En parallèle, les dépenses ont explosé. En 2022, le burn rate annuel atteignait 14 milliards de roupies, soit environ 155 millions d’euros. L’entreprise a dû procéder à des licenciements massifs, réduire drastiquement le marketing et recentrer ses efforts sur les abonnements.
Résultat positif : le burn est aujourd’hui inférieur à 1,75 milliard de roupies par an. Une discipline retrouvée, mais au prix d’une restructuration douloureuse.
Des Discussions de Fusion en Cours
La grande nouvelle, c’est la confirmation officielle de pourparlers M&A. Des rumeurs évoquaient déjà un intérêt d’UpGrad, avec une valorisation potentielle entre 300 et 400 millions de dollars.
Une acquisition ou une fusion pourrait permettre à Unacademy de gagner en échelle et en stabilité financière. Dans un marché fragmenté, la consolidation devient inévitable.
Mais cela soulève aussi des questions. Les investisseurs historiques accepteront-ils une sortie à ce prix ? Et surtout, quelle place pour l’ambition initiale d’Unacademy ?
Le Secteur Edtech Indien Face à la Tempête
L’histoire d’Unacademy n’est pas unique. Tout le secteur edtech indien traverse une crise profonde. Les facteurs sont multiples :
- Retour massif vers l’enseignement présentiel après la pandémie.
- Concurrence accrue sur les prix.
- Saturation du marché des examens compétitifs.
- Investisseurs plus prudents après les excès de 2020-2021.
Certaines plateformes survivent en se diversifiant. D’autres, comme Byju’s, s’effondrent sous le poids de leurs dettes. Physics Wallah montre qu’une approche plus sobre peut payer.
Le marché indien reste énorme : des millions d’étudiants préparent chaque année des concours très sélectifs. Mais les attentes ont changé. Les familles recherchent désormais des solutions hybrides, abordables et réellement efficaces.
AirLearn : Le Nouveau Pari de Gaurav Munjal
Parallèlement à la restructuration d’Unacademy, le fondateur consacre beaucoup d’énergie à AirLearn. Cette nouvelle application d’apprentissage des langues s’inspire clairement de Duolingo avec une approche gamifiée et IA-first.
Ce pivot stratégique crée des tensions. Certains investisseurs estiment que le cœur de métier edtech est délaissé au pire moment. Pourtant, AirLearn pourrait devenir un nouveau relais de croissance.
L’idée est séduisante : appliquer les leçons apprises chez Unacademy à un marché mondial de l’apprentissage linguistique. Mais le timing interroge dans un contexte de survie financière.
Quelles Leçons pour les Startups ?
Cette saga offre plusieurs enseignements précieux pour l’écosystème startup :
- La croissance pandémique n’était pas forcément durable.
- La discipline financière reste essentielle, même en phase d’hypercroissance.
- Il faut innover constamment, y compris sur le pricing.
- La consolidation arrive souvent après les bulles sectorielles.
- La résilience des fondateurs fait la différence dans les crises.
Gaurav Munjal montre une transparence rare en reconnaissant les erreurs. Cette humilité pourrait être le premier pas vers un rebond.
Vers une Nouvelle Ère pour l’Edtech ?
Le secteur edtech ne va pas disparaître. Au contraire, il pourrait entrer dans une phase plus mature. Les survivants seront ceux qui combineront technologie, accessibilité et modèles économiques solides.
L’intelligence artificielle ouvre de nouvelles perspectives : personnalisation extrême des parcours, tuteurs virtuels, contenus générés dynamiquement. Les plateformes qui sauront intégrer ces outils tout en restant proches des besoins réels des apprenants auront un avantage décisif.
En Inde comme ailleurs, l’éducation reste un enjeu majeur. Les startups qui comprendront que la technologie est un moyen et non une fin retrouveront probablement le chemin de la croissance durable.
L’histoire d’Unacademy n’est peut-être pas terminée. Une fusion réussie, un recentrage stratégique ou le succès d’AirLearn pourraient écrire un nouveau chapitre. En attendant, ce cas d’école rappelle que même les licornes peuvent redevenir de simples chevaux quand le vent tourne.
Une chose est sûre : l’edtech indien vit une transformation profonde. Ceux qui sauront s’adapter sortiront renforcés de cette crise. Les autres risquent de disparaître dans l’oubli des excès passés.