Wayve Lève 1,2 Milliard pour la Conduite Autonome
Imaginez un monde où votre voiture n’a plus besoin de cartes ultra-précises ni de capteurs propriétaires hors de prix pour se déplacer seule en toute sécurité dans les rues animées d’une grande ville. C’est exactement la promesse que porte une startup britannique qui vient de réaliser l’une des plus grosses levées de fonds européennes dans le domaine de l’automobile autonome. Le 24 février 2026, Wayve a officialisé un tour de table monumental de 1,2 milliard de dollars, avec une possibilité de grimper jusqu’à 1,5 milliard. Parmi les investisseurs ? Des noms qui font rêver : Nvidia, Uber, Mercedes-Benz, Nissan, Stellantis… et la liste ne s’arrête pas là.
Cette opération valorise la jeune pousse à 8,6 milliards de dollars, un chiffre qui place Wayve parmi les licornes les plus en vue du secteur. Mais au-delà des montants impressionnants, c’est surtout la technologie défendue par l’entreprise et son approche radicalement différente qui attirent autant l’attention.
Une levée record qui dit beaucoup sur l’avenir de la mobilité autonome
Quand une startup lève plus d’un milliard en une seule fois, cela signifie généralement que plusieurs géants industriels et financiers partagent la même conviction : la technologie en question peut changer la donne. Chez Wayve, cette conviction repose sur une philosophie qui tranche avec la majorité des acteurs historiques du secteur.
L’approche « end-to-end » : apprendre à conduire comme un humain
La plupart des systèmes de conduite autonome actuels reposent sur une chaîne complexe de modules distincts : détection d’objets, cartographie HD, planification de trajectoire, contrôle du véhicule… Wayve a choisi une voie opposée. La startup mise sur un réseau de neurones end-to-end qui traite directement les données brutes des caméras (et éventuellement d’autres capteurs) pour produire des commandes de conduite.
En clair : au lieu de programmer des règles précises pour chaque situation, on laisse l’intelligence artificielle apprendre à conduire en observant des millions de kilomètres de conduite humaine, un peu comme un jeune conducteur qui progresse par l’expérience. Cette approche, popularisée notamment par Tesla ces dernières années, est encore considérée comme audacieuse par beaucoup d’acteurs traditionnels.
« Nous avons été les premiers à construire une conduite autonome entièrement basée sur l’apprentissage profond de bout en bout, et nous continuons à croire que c’est la voie la plus prometteuse pour atteindre une généralisation massive. »
– Alex Kendall, fondateur et CEO de Wayve
Cette philosophie technologique permet à Wayve de proposer une solution beaucoup plus agnostique : le logiciel fonctionne indépendamment du fournisseur de capteurs ou de calculateur embarqué. Un atout majeur quand on veut convaincre des constructeurs automobiles qui souhaitent conserver leurs propres chaînes d’approvisionnement.
Un modèle économique qui mise sur la licence plutôt que l’exploitation
Autre différence de taille avec certains concurrents : Wayve ne veut pas devenir opérateur de flottes de robotaxis. L’entreprise préfère vendre sa technologie sous forme de licence logicielle à des constructeurs automobiles et à des plateformes de mobilité.
Ce choix stratégique offre plusieurs avantages :
- Une adresseable market bien plus vaste que celle d’un simple opérateur de flotte
- Une scalabilité théoriquement mondiale sans avoir à gérer soi-même les véhicules
- Une dépendance moindre aux contraintes réglementaires locales liées à l’exploitation
- La possibilité de s’intégrer dans des véhicules grand public et non uniquement dans des flottes dédiées
Cette stratégie séduit visiblement les constructeurs historiques qui cherchent à rattraper leur retard en matière d’assistance à la conduite avancée et de conduite autonome de niveau 4.
Des partenariats déjà concrets avec de grands noms
Wayve ne se contente pas d’annoncer des investisseurs prestigieux ; l’entreprise affiche déjà des clients concrets et des déploiements planifiés.
Nissan a confirmé que la technologie Wayve viendrait renforcer les systèmes d’aide à la conduite de ses véhicules à partir de 2027. Uber, de son côté, prévoit des essais commerciaux dès cette année et envisage un déploiement dans plus de dix marchés mondiaux en partenariat avec différents constructeurs.
« Nous sommes très fiers de poursuivre et d’approfondir notre partenariat avec Wayve, avec des plans de déploiement conjoint dans plus de 10 marchés à travers le monde. »
– Dara Khosrowshahi, CEO d’Uber
Mercedes-Benz et Stellantis, également investisseurs, ont l’intention d’intégrer la solution dans leurs gammes respectives, même si les calendriers précis restent encore confidentiels.
Le rôle stratégique de Nvidia et la plateforme Gen 3
La relation entre Wayve et Nvidia ne date pas d’hier. Depuis 2018, les deux entreprises collaborent étroitement. La dernière plateforme dévoilée par Wayve, Gen 3, s’appuie précisément sur le calculateur Nvidia Drive AGX Thor.
Cette intégration permet à Wayve de proposer des fonctionnalités de niveau 4 (conduite totalement autonome dans des domaines opérationnels définis) sur des architectures matérielles performantes et déjà adoptées par plusieurs constructeurs. La startup promet ainsi des systèmes « eyes-off » capables d’évoluer sur autoroute comme en milieu urbain dense.
Pourquoi cette levée arrive au bon moment
Le marché de la conduite autonome traverse actuellement une phase charnière. Après des années d’annonces ambitieuses et de budgets colossaux, plusieurs acteurs ont revu leurs ambitions à la baisse ou pivoté stratégiquement. Dans ce contexte, les investisseurs semblent parier sur les entreprises capables de proposer une technologie scalable à coût maîtrisé.
Wayve coche plusieurs cases qui plaisent en 2026 :
- Une approche IA moderne sans dépendance excessive aux cartes HD
- Une compatibilité avec les capteurs et calculateurs existants
- Un modèle économique de licence plutôt qu’exploitation directe
- Des partenariats déjà signés avec des OEM majeurs
- Une valorisation élevée mais encore raisonnable par rapport aux espoirs du marché
Le timing est d’autant plus intéressant que les régulations évoluent favorablement en Europe et aux États-Unis pour les systèmes de niveau 3 et 4, ouvrant la voie à des déploiements commerciaux plus rapides que prévu initialement.
Les défis qui attendent Wayve
Malgré cet enthousiasme, le chemin reste semé d’embûches. La technologie end-to-end, si prometteuse soit-elle, doit encore démontrer sa robustesse dans des conditions très variées et rares (pluie battante, brouillard dense, chantiers imprévus, comportements humains imprévisibles…).
La startup devra également gérer la complexité croissante liée à la collecte et au traitement de quantités massives de données d’entraînement, tout en maintenant un niveau de sécurité extrêmement élevé. Enfin, la concurrence reste rude : Tesla continue d’avancer sur son approche similaire, tandis que des acteurs comme Mobileye, Qualcomm ou même certains constructeurs historiques développent leurs propres solutions.
Vers une mobilité plus intelligente et plus accessible ?
Si Wayve parvient à tenir ses promesses, cette levée pourrait marquer un tournant dans la démocratisation de la conduite autonome. En rendant la technologie compatible avec les architectures existantes et en évitant le modèle d’opérateur verticalement intégré, la startup britannique ouvre potentiellement la voie à une adoption beaucoup plus rapide par les constructeurs traditionnels.
Pour les conducteurs, cela pourrait signifier l’arrivée progressive de véhicules capables de prendre en charge une grande partie – voire la totalité – des trajets du quotidien, sans nécessiter l’achat d’un modèle spécifique ultra-haut de gamme. Pour les villes, cela ouvre aussi des perspectives intéressantes en termes de mobilité partagée, de réduction des accidents et d’optimisation des flux.
Reste maintenant à transformer ces milliards en kilomètres autonomes réellement déployés et approuvés. Mais avec un tel tour de table et de tels partenaires industriels, Wayve dispose clairement des moyens de ses ambitions.
Le pari est lancé. Et il est colossal.