
WordPress sanctionne WP Engine et Automattic
Depuis plusieurs mois, deux poids lourds de l'écosystème WordPress s'affrontent dans une bataille judiciaire et médiatique qui ébranle la communauté open-source. Automattic, la société derrière WordPress.com fondée par le créateur de WordPress Matt Mullenweg, a été contrainte par un juge californien de rétablir l'accès de son concurrent WP Engine à la plateforme WordPress.org. Retour sur ce conflit haut en couleur.
Aux origines du conflit entre WordPress et WP Engine
Tout a commencé en septembre dernier quand, lors d'un événement, Matt Mullenweg a publiquement accusé WP Engine d'être un "cancer pour WordPress". Il leur a ensuite coupé l'accès à WordPress.org, le dépôt central de thèmes et de plugins. WP Engine, de son côté, accuse Automattic d'abus de pouvoir et d'extorsion.
WordPress, un écosystème fragmenté
Pour comprendre ce conflit, il faut revenir aux fondamentaux de WordPress. Ce CMS open-source peut être utilisé gratuitement par n'importe qui. Mais des sociétés comme Automattic et WP Engine se sont créées pour fournir des services d'hébergement et d'expertise technique. Bien qu'ayant le même logiciel à la base, l'écosystème WordPress est donc très fragmenté.
WordPress est un logiciel open-source gratuit et disponible pour tous. Automattic, l'entreprise derrière WordPress.com, ne le possède pas.
Matt Mullenweg, fondateur de WordPress et Automattic
L'importance de l'accès à WordPress.org
En bloquant l'accès de WP Engine à WordPress.org, Automattic l'empêchait de mettre à jour ses plugins, comme l'Advanced Custom Fields (ACF) très populaire. Automattic l'a même forké en Secure Custom Fields (SCF). Une manœuvre illustrant la mainmise d'Automattic sur la plateforme.
Un juge ordonne le rétablissement de l'accès
Face à cette situation, WP Engine a porté plainte pour abus de position dominante. Et le 10 décembre, un juge californien leur a donné raison via une injonction préliminaire. Automattic doit rétablir tous les accès de WP Engine "comme au 20 septembre". Le juge pointe du doigt plusieurs mesures abusives :
- Le bannissement unilatéral de WordPress.org
- Le détournement du plugin ACF
- La liste publique des clients quittant WP Engine
- La case à cocher anti-WP Engine lors de la connexion
Autant de pratiques jugées anticoncurrentielles qui doivent cesser immédiatement selon la décision de justice. Automattic compte faire appel, estimant que l'ordonnance est "préliminaire" et "prise sans le bénéfice de la procédure de découverte, de notre requête en irrecevabilité ou des demandes reconventionnelles que nous déposerons prochainement contre WP Engine".
Une communauté open-source ébranlée
Au-delà de la bataille juridique, ce conflit interroge sur la gouvernance de l'écosystème WordPress. Comment un logiciel open-source peut-il dépendre autant d'une seule entreprise, fut-elle dirigée par son créateur ? Quelle est la limite entre supervision bienveillante et abus de position dominante ?
Cette décision va ramener la stabilité et la sécurité dont l'écosystème WordPress a tant besoin. Notre objectif est de servir nos partenaires et clients, et de travailler avec la communauté pour s'assurer que WordPress reste dynamique et ouvert.
Porte-parole de WP Engine
Matt Mullenweg reproche à WP Engine de ne pas contribuer suffisamment au projet open-source. Mais d'autres pointent les dangers d'un contrôle centralisé par Automattic. Si l'issue judiciaire de ce conflit reste incertaine, une chose est sûre : la communauté WordPress devra trouver un nouveau point d'équilibre pour prospérer sereinement.