XTM en Crise : Régulateur Stoppe les Transactions
Imaginez que vous gérez un restaurant animé à Edmonton ou à Toronto. Chaque soir, vos serveurs reçoivent leurs pourboires via une application moderne, pratique, censée révolutionner la gestion des paiements dans la restauration. Et puis, du jour au lendemain, ces sommes disparaissent. Impossible de les récupérer. Les employés attendent, les factures s’accumulent. C’est exactement le cauchemar que vivent actuellement plusieurs restaurateurs canadiens impliqués avec une solution fintech qui promettait monts et merveilles.
Quand une FinTech prometteuse vacille brutalement
Le secteur des fintechs canadiennes connaît des moments très agités en ce début d’année 2026. Parmi les acteurs qui faisaient parler d’eux pour leurs solutions innovantes dans les paiements du quotidien, XTM se retrouve aujourd’hui au cœur d’une tempête médiatique et réglementaire. L’entreprise, cotée en bourse, voit son titre chuter de manière vertigineuse tandis que le régulateur impose un arrêt complet des transactions.
Le 17 février 2026, à 9h22 heure de l’Est, la Canadian Investment Regulatory Organization (CIRO) a décidé de suspendre les échanges de l’action $PAID sur le Canadian Securities Exchange. Officiellement, la raison invoquée est sobre : « nouvelles en attente ». Mais dans les faits, cette mesure intervient dans un contexte de défiance grandissante envers la filiale Everyday Payments et sa maison-mère.
Des fonds volatilisés dans les portefeuilles numériques
Le cœur du problème réside dans Everyday Payments, une plateforme conçue pour gérer les pourboires, salaires et autres paiements récurrents dans le secteur de l’hospitalité. De nombreux utilisateurs – principalement des restaurateurs et leurs équipes – affirment que des sommes importantes ont purement et simplement disparu de leurs portefeuilles numériques. Les montants évoqués varient énormément : de quelques milliers à plusieurs centaines de milliers de dollars selon les cas rapportés.
Certains restaurateurs ont vu leurs fonds bloqués pendant des jours, voire des semaines, sans explication claire. D’autres ont carrément constaté des soldes à zéro alors qu’ils étaient persuadés que l’argent était sécurisé. Cette situation a provoqué une onde de choc dans l’industrie de la restauration, un secteur déjà confronté à des marges extrêmement faibles.
Je ne peux pas donner de noms, mais nous avons entendu plusieurs témoignages. Un de nos membres a finalement récupéré ses fonds, ce qui est positif, mais la question demeure : pourquoi cela s’est-il produit au départ ?
– Tony Elenis, président et CEO de l’Ontario Restaurant, Hotel and Motel Association (ORHMA)
Cette citation illustre parfaitement le mélange de soulagement et d’inquiétude qui règne dans le milieu. Les associations professionnelles ont rapidement réagi en publiant des avis recommandant à leurs membres de documenter minutieusement tout écart et, dans certains cas, de migrer vers d’autres solutions de paiement.
Un effondrement boursier spectaculaire
Sur le plan financier, l’impact est tout aussi brutal. L’action de la société mère cotée en Bourse a perdu une grande partie de sa valeur en quelques semaines seulement. De son plus haut annuel à environ 70 cents, elle oscillait autour de 51 cents le jour de la suspension. Quant à l’entité $PAID sur le CSE, elle est passée de 5 cents à moins d’un cent avant l’arrêt des transactions.
Ce genre de chute libre n’est pas rare dans l’univers des penny stocks, mais elle prend ici une dimension particulière : elle accompagne des allégations très concrètes touchant directement les utilisateurs finaux et non seulement des spéculateurs.
Le rôle délicat du cadre réglementaire canadien
La Banque du Canada, qui supervise les fournisseurs de services de paiement sous le Retail Payment Activities Act (RPAA), a indiqué être consciente des signalements. De son côté, la Gendarmerie royale du Canada (RCMP) reste prudente et invite les victimes potentielles à porter plainte localement.
Il est intéressant de noter les communications successives de l’entreprise sur son statut réglementaire. Début février, un communiqué affirmait que le processus de conformité RPAA était en cours. Deux jours plus tard, nouveau message : la structure n’est pas tenue de s’enregistrer sous ce régime, mais la maison-mère l’est en tant que money services business. Les fonds des utilisateurs seraient par ailleurs détenus en fiducie et séparés des fonds opérationnels.
Ces allers-retours dans la communication n’ont fait qu’alimenter le doute et la méfiance.
Quelles leçons pour l’écosystème fintech canadien ?
Cette affaire soulève plusieurs questions cruciales pour l’ensemble du secteur des technologies financières au Canada :
- La rapidité avec laquelle une plateforme peut gagner des milliers d’utilisateurs contraste souvent avec la solidité réelle de ses processus internes.
- Les petites entreprises de restauration, qui adoptent ces solutions pour moderniser leurs pratiques, sont particulièrement vulnérables lorsqu’un incident survient.
- La transparence sur les mécanismes de sauvegarde des fonds et sur les flux réels est devenue un critère décisif de confiance.
- Les régulateurs sont désormais sous pression pour agir plus vite face aux signaux d’alerte provenant des utilisateurs.
Dans un écosystème où la concurrence est féroce et où l’innovation va très vite, il devient impératif de ne pas sacrifier la robustesse opérationnelle sur l’autel de la croissance rapide.
Perspectives et suites possibles
Pour l’instant, le silence de l’entreprise face aux demandes de commentaires répété laisse planer encore plus d’incertitude. Les restaurateurs touchés espèrent une résolution rapide, tandis que les investisseurs attendent des explications claires sur les causes profondes de cette crise.
Plusieurs scénarios restent envisageables : restructuration majeure, rachat par un acteur plus solide, procédure d’insolvabilité, ou au contraire un retour en force si les problèmes techniques sont rapidement corrigés et la confiance restaurée. Mais chaque jour qui passe sans communication claire rend le deuxième scénario plus difficile.
Ce qui est certain, c’est que cette affaire servira de cas d’école pendant plusieurs années dans les programmes de formation en fintech et en gestion des risques financiers. Elle rappelle brutalement que dans le domaine des paiements, la confiance n’est pas un actif optionnel : c’est la condition sine qua non de la survie.
À suivre donc, très attentivement, dans les prochaines semaines. Le sort de XTM et de ses utilisateurs pourrait bien influencer la perception que les Canadiens ont des nouvelles solutions de paiement numérique pour les petites entreprises.
Et vous, avez-vous déjà utilisé une solution similaire pour gérer les pourboires ou les salaires dans votre établissement ? Quelles garanties vous semblent aujourd’hui indispensables avant de confier vos flux financiers à une fintech ?