Y Combinator Exclut le Canada : Choc pour les Startups
Imaginez que du jour au lendemain, l’accélérateur le plus mythique de la planète vous ferme sa porte. Pas parce que votre idée est mauvaise, pas parce que votre équipe manque de talent, mais simplement parce que votre entreprise porte le mauvais code postal. C’est exactement ce qui vient d’arriver à des centaines de fondateurs canadiens début 2026.
La nouvelle a fait l’effet d’une bombe dans l’écosystème tech canadien : Y Combinator, le programme qui a propulsé Airbnb, Dropbox, Stripe ou encore Reddit, ne prend plus les startups domiciliées au Canada. Pour participer, il faut désormais redomicilier aux États-Unis, le plus souvent dans le Delaware. Un changement discret sur le site, mais aux conséquences potentiellement massives.
Quand le rêve américain devient une obligation administrative
Depuis des années, la grande majorité des startups canadiennes financées par YC choisissaient déjà de s’incorporer aux États-Unis. C’était presque devenu un réflexe : on crée l’entreprise au Canada pour profiter des crédits d’impôt SR&ED, puis on bascule rapidement vers le Delaware pour attirer les investisseurs américains. Mais cette fois, YC ne laisse même plus le choix.
Le message est clair : si vous voulez bénéficier du réseau, du mentorat et surtout du chèque de 500 000 $ (devenu standard), vous devez être une société américaine dès le premier jour. Finies les exceptions, finies les discussions juridiques interminables. YC veut simplifier, uniformiser, et surtout protéger ses investisseurs providentiels de la complexité fiscale canadienne.
Les vraies raisons derrière la décision
Beaucoup y ont vu une décision politique, surtout dans le contexte tendu des relations canado-américaines en 2026. Pourtant, plusieurs observateurs sérieux penchent pour une explication beaucoup plus pragmatique. John Ruffolo, figure respectée du capital-risque canadien, l’explique sans détour : il s’agit avant tout d’alléger la charge administrative et fiscale pour les business angels et les micro-VC qui investissent très tôt dans les startups YC.
« C’est important pour le succès de Y Combinator de voir des gens investir très, très tôt. Et s’il faut faire certains choix pour garder ces investisseurs heureux, ils le feront. »
– John Ruffolo, Maverix Private Equity
En clair : les formulaires fiscaux américains sont déjà compliqués quand tout le monde est aux États-Unis. Ajouter des entités canadiennes multiplie les coûts comptables et les risques pour des investisseurs qui misent souvent quelques dizaines de milliers de dollars. YC a donc choisi la solution radicale : tout passer sous juridiction américaine.
Singapore et les Îles Caïmans gardent leur passe-droit
Ce qui a particulièrement choqué, c’est que YC continue d’accepter des startups domiciliées à Singapour et même aux Îles Caïmans. La raison ? L’accès à des écosystèmes très spécifiques : la Chine pour Singapour, et le monde crypto/DeFi pour les Caïmans. Le Canada, lui, n’apporte plus rien d’unique aux yeux de YC. Le talent canadien ? Il est déjà là, peu importe le papier à en-tête de la société.
Cette différenciation a été perçue comme un camouflet. Le Canada n’est plus considéré comme un territoire stratégique. Il est interchangeable.
Waabi : l’exception qui confirme la règle
Quelques jours seulement après l’annonce de YC, une autre nouvelle est venue rappeler que le Canada peut encore produire des levées historiques. Waabi, la startup d’IA autonome pour camions, a annoncé une série C de 750 millions $ US, avec un engagement conditionnel d’Uber pouvant porter le total à 1 milliard $ US. Il s’agirait de la plus grosse levée jamais réalisée par une entreprise tech canadienne.
Mais Waabi est domiciliée aux États-Unis depuis longtemps. Preuve que les fondateurs canadiens les plus ambitieux finissent presque systématiquement par faire le grand saut vers le sud. La question est désormais : combien de temps le Canada pourra-t-il retenir ses pépites avant qu’elles ne partent ?
Les conséquences réelles pour l’écosystème canadien
À court terme, l’impact est limité. La plupart des startups qui visaient YC étaient déjà prêtes à redomicilier. Mais à moyen et long terme, plusieurs effets en cascade sont possibles :
- Accélération de l’exode des meilleurs talents et des meilleures idées vers les États-Unis dès la création
- Perte progressive de deal flow pour les investisseurs canadiens qui misent sur des tours très précoces
- Renforcement du narratif « Valley or bust » auprès des étudiants et des jeunes entrepreneurs
- Difficulté accrue pour Ottawa et les provinces de justifier les milliards investis dans des crédits d’impôt (SR&ED, etc.) si les entreprises partent si vite
Le vrai danger n’est pas que YC coupe le Canada. C’est que ce geste symbolique accélère un mouvement déjà bien enclenché : la perception que le Canada est un excellent endroit pour naître… mais pas pour grandir.
Et si c’était l’occasion de se réinventer ?
Plutôt que de pleurnicher, certains acteurs appellent à transformer cette crise en opportunité. Pourquoi ne pas créer un accélérateur canadien de rang mondial ? Pourquoi ne pas conditionner plus fortement les aides publiques à un maintien du siège social au Canada pendant plusieurs années ? Pourquoi ne pas mieux valoriser les avantages uniques du Canada (qualité de vie, multiculturalisme, proximité avec les États-Unis, stabilité politique) au lieu de toujours courir après la Silicon Valley ?
La réponse n’est pas simple. Mais une chose est sûre : le statu quo n’est plus tenable. YC vient de rappeler une vérité brutale : dans la tech, l’affectif compte peu face aux incitatifs économiques.
Le Canada a encore des atouts majeurs
Malgré tout, le paysage n’est pas totalement sombre. L’IA reste un point fort incontestable. Des entreprises comme Cohere, Borealis AI, Element AI (avant son rachat), et maintenant Waabi montrent que le Canada produit des technologies de pointe. Les universités continuent de former des chercheurs de niveau mondial. Et la qualité de vie reste un argument massue pour attirer et retenir des talents internationaux.
Mais ces atouts ne suffisent plus à eux seuls. Il faut une stratégie nationale cohérente, ambitieuse et surtout exécutée. Sans cela, chaque nouvelle génération de fondateurs regardera un peu plus vers le sud… et YC ne sera bientôt plus qu’un symbole parmi d’autres d’un rêve devenu inaccessible sans passeport américain.
Le prochain chapitre de l’histoire tech canadienne s’écrira-t-il à Toronto, Montréal et Vancouver… ou majoritairement en Californie et à New York ? La balle est dans le camp des décideurs politiques, des investisseurs locaux et des entrepreneurs eux-mêmes.
Une chose est certaine : l’ère où le Canada pouvait se contenter d’être « le gentil voisin » de la Silicon Valley est révolue.