Procès Musk vs OpenAI : Jury en Mars 2026
Imaginez un affrontement judiciaire où se jouent des milliards de dollars, l’avenir de l’intelligence artificielle et la réputation de deux des figures les plus influentes de la tech mondiale. D’un côté, Elon Musk, le patron visionnaire de Tesla et SpaceX, de l’autre OpenAI, la start-up devenue géant de l’IA grâce à ChatGPT. Ce duel, qui semblait jusqu’ici cantonné aux tweets assassins et aux déclarations publiques incendiaires, vient de franchir une étape décisive : un juge américain a décidé qu’il y avait suffisamment de preuves pour que l’affaire soit jugée devant un jury dès mars 2026.
Cette décision marque un tournant majeur dans l’une des sagas les plus suivies de la Silicon Valley. Au cœur du conflit ? Une question apparemment simple mais aux implications colossales : OpenAI a-t-il trahi la mission originelle pour laquelle Elon Musk avait investi des millions et prêté son aura ?
Une rupture qui couve depuis 2018
Tout commence en 2015. Elon Musk, Sam Altman, Greg Brockman et d’autres fondent OpenAI avec une ambition affichée : créer une intelligence artificielle au service de toute l’humanité, sans recherche de profit. L’organisation est conçue comme une entité à but non lucratif, financée par des dons et guidée par une éthique forte. Musk injecte environ 38 millions de dollars et apporte surtout sa crédibilité et ses réseaux.
Mais dès 2018, les tensions éclatent. Musk souhaite prendre la direction opérationnelle d’OpenAI. Les cofondateurs refusent et choisissent de maintenir Sam Altman à la tête. Musk claque la porte, invoquant officiellement un conflit d’intérêts avec Tesla et son programme d’IA pour la conduite autonome. En coulisses, beaucoup estiment que son départ cache surtout une frustration face à la perte de contrôle.
Le virage vers le profit qui change tout
À partir de 2019, OpenAI opère un premier virage stratégique majeur : la création d’une filiale à but lucratif avec un modèle de « capped-profit » (profit plafonné). L’idée est séduisante sur le papier : attirer des investisseurs massifs tout en limitant les rendements pour préserver la mission première. Microsoft deviendra rapidement le principal financeur avec des milliards injectés.
En octobre 2025, l’évolution s’accélère encore. La branche lucrative se transforme en Public Benefit Corporation (société à mission), tandis que l’entité nonprofit conserve une participation de 26 %. Pour Musk, ce n’est plus une adaptation pragmatique, mais une trahison pure et simple des engagements initiaux.
Nous avions tous accepté de créer une organisation à but non lucratif dédiée à l’humanité. Ces promesses ont été rompues pour maximiser les profits.
– Elon Musk (résumé des arguments de sa plainte)
Le milliardaire réclame aujourd’hui des dommages et intérêts correspondant selon lui aux « gains mal acquis » par OpenAI, notamment grâce à la technologie et à la notoriété bâties sur son apport initial.
Les arguments d’OpenAI : une procédure « sans fondement »
De son côté, OpenAI ne décolère pas. La société qualifie la plainte de Musk de « sans fondement » et y voit une nouvelle illustration de son « schéma de harcèlement continu » envers l’entreprise qu’il a cofondée.
Les dirigeants rappellent que le passage à un modèle hybride était indispensable pour financer la recherche extrêmement coûteuse en IA de pointe. Sans ces fonds, ChatGPT, GPT-4 et les modèles suivants n’auraient jamais vu le jour aussi rapidement.
Pourquoi un jury plutôt qu’un juge seul ?
La magistrate Yvonne Gonzalez Rogers a estimé que les preuves présentées par l’équipe de Musk étaient suffisamment solides pour justifier un procès avec jury. Cela signifie que ce ne sera pas uniquement une bataille d’interprétation juridique, mais aussi une question de faits et de crédibilité des témoignages.
Les jurés devront répondre à des questions très concrètes :
- Quelles promesses précises ont été faites à Musk lors de la création d’OpenAI ?
- Ces promesses constituaient-elles des engagements contractuels contraignants ?
- La transformation d’OpenAI a-t-elle causé un préjudice financier direct à Musk ?
Autant de points qui risquent de plonger les jurés dans les méandres des statuts d’entreprise, des échanges d’emails de 2015-2018 et des intentions réelles des fondateurs.
Un contexte explosif pour l’industrie de l’IA
Ce procès intervient à un moment où la compétition dans l’IA est plus féroce que jamais. Musk a lancé xAI, son propre laboratoire, et multiplie les critiques contre OpenAI qu’il accuse de s’être vendu à Microsoft. De leur côté, Altman et son équipe défendent un modèle qui a permis de démocratiser l’IA générative à une vitesse inédite.
Le verdict, attendu au printemps 2026, pourrait avoir des répercussions bien au-delà des deux parties. Il pourrait influencer :
- La façon dont les futures organisations d’IA équilibrent mission sociétale et impératifs financiers
- Les relations entre fondateurs et investisseurs dans les deep tech
- La perception publique de la « course à l’AGI » (intelligence artificielle générale)
Et si c’était Musk qui avait raison sur le fond ?
Derrière les postures médiatiques, une question philosophique plus profonde émerge : est-il encore possible de développer une IA de niveau mondial sans céder aux logiques capitalistiques les plus agressives ? Musk soutient que non seulement c’était possible, mais que c’était la promesse originelle. OpenAI répond que sans argent massif, l’innovation serait restée confidentielle et les États-Unis auraient perdu la course face à la Chine.
Le jury tranchera sur le plan juridique, mais le débat moral et stratégique, lui, risque de durer bien plus longtemps que le procès lui-même.
Que peut-on attendre de mars 2026 ?
Les audiences s’annoncent intenses. On peut s’attendre à la publication de nombreux documents internes, à des dépositions sous serment de Sam Altman, Greg Brockman, Ilya Sutskever (parti depuis) et potentiellement d’anciens salariés. Elon Musk lui-même devrait témoigner.
Les avocats des deux camps préparent déjà le terrain médiatique : d’un côté la défense de « l’IA pour l’humanité », de l’autre la nécessité pragmatique d’un financement massif pour ne pas se faire distancer.
Une chose est sûre : quel que soit le vainqueur judiciaire, cette bataille aura durablement marqué l’histoire récente de l’intelligence artificielle. Elle pose les bases d’un débat que toute la société devra trancher dans les années à venir : qui doit contrôler l’IA la plus puissante du monde, et à quelles conditions ?
Mars 2026 approche. Et avec lui, peut-être une page décisive de la saga tech du XXIᵉ siècle.