Reaction Dynamics : LPs Canadiens Doivent Backer les Moonshots
Imaginez un petit pays qui rêve de conquérir l’espace, mais qui peine à mobiliser les capitaux nécessaires pour transformer ses ambitions en réalité. C’est le défi que lance aujourd’hui Bachar Elzein, CEO de Reaction Dynamics, une startup montréalaise qui développe des véhicules de lancement orbital. Lors d’un panel animé à Startupfest, il a plaidé pour une implication plus audacieuse des limited partners canadiens dans les technologies de pointe, ces fameux « moonshots » qui pourraient redéfinir l’avenir économique du pays.
Le réveil nécessaire de l’écosystème hardtech canadien
Dans un monde où l’intelligence artificielle et les logiciels captent l’essentiel des attentions et des investissements, les technologies matérielles complexes peinent souvent à trouver leur place. Pourtant, ces innovations physiques, qu’il s’agisse de fusées, de systèmes de défense ou de solutions quantiques, représentent un potentiel énorme pour le Canada. Bachar Elzein l’a clairement exprimé : sans un soutien financier plus courageux des grands investisseurs institutionnels, le pays risque de rater le train des nouvelles révolutions industrielles.
Reaction Dynamics ne se contente pas de rêver. L’entreprise montréalaise travaille activement sur des lanceurs orbitaux innovants, une technologie stratégique tant pour l’accès à l’espace que pour des applications de défense. Mais pour passer du stade de prototype à celui de leader international, il faut des capitaux patients et ambitieux. Des capitaux que les fonds de pension et autres LPs canadiens hésitent encore trop souvent à déployer.
Un panel riche en enseignements à Startupfest
Lors de l’événement Startupfest, plusieurs experts se sont réunis pour débattre de la maturité de l’écosystème québécois face aux besoins spécifiques des entreprises hardtech. Aux côtés de Bachar Elzein, on retrouvait Claire Lelièvre d’Investissement Québec, Sam Rudolph d’Ecobee et Annie-Claude Devriese de Garage&co. Leurs échanges ont mis en lumière un contraste saisissant entre la volonté des venture capitalists et la prudence des grands investisseurs.
La plupart des LPs ont le choix d’investir dans l’IA, l’immobilier ou les énergies traditionnelles, qui présentent un profil de risque très différent de celui de l’espace ou de la défense. Pourquoi se tourneraient-ils vers ces secteurs ?
– Bachar Elzein, CEO de Reaction Dynamics
Cette remarque résume parfaitement le cœur du problème. Les investisseurs institutionnels cherchent naturellement la stabilité et des rendements prévisibles. Or, les projets spatiaux exigent du temps, de la tolérance à l’échec et une vision à long terme. Sans exemples concrets de succès majeurs, il reste difficile de convaincre ces acteurs de modifier leurs allocations.
Les défis structurels du financement des deep tech au Canada
Le contexte économique actuel n’aide pas. Ces dernières années, le resserrement des liquidités a rendu le fundraising particulièrement ardu pour les fonds de venture capital. Selon des données récentes, les cinq plus grands VCs canadiens ont vu leurs levées de fonds diminuer de moitié depuis 2021, tandis que pour les autres, la chute atteint parfois 90 %. Cette situation pénalise particulièrement les nouveaux fonds et les startups technologiques complexes.
Face à cette réalité, plusieurs voix s’élèvent pour appeler à une plus grande participation des fonds de pension et du secteur privé canadien. Des initiatives comme le mémorandum Build Canada proposent même des mesures législatives pour obliger les plus grands fonds de pension à allouer un pourcentage minimal au venture capital national. Une telle approche pourrait changer la donne en créant un flux de capitaux plus stable et ambitieux.
Reaction Dynamics incarne parfaitement cette nouvelle génération d’entreprises qui nécessitent ce type de soutien. En développant des technologies de lancement spatial, la startup ne vise pas seulement à conquérir des marchés lucratifs, mais aussi à renforcer la souveraineté technologique du Canada dans un domaine stratégique.
Pourquoi les moonshots spatiaux méritent-ils plus d’attention ?
Les technologies spatiales ne sont plus réservées aux grandes agences gouvernementales. Aujourd’hui, des acteurs privés comme SpaceX ont démontré qu’il était possible de révolutionner l’industrie avec des approches innovantes et agiles. Le Canada, avec son expertise en ingénierie, en matériaux avancés et en intelligence artificielle, dispose de tous les atouts pour jouer un rôle majeur dans cette nouvelle ère spatiale.
Investir dans ces domaines présente certes des risques, mais les retours potentiels sont à la hauteur des ambitions. On pense notamment au succès récent de Xanadu, une startup quantique canadienne qui pourrait offrir des rendements exceptionnels à ses investisseurs via son entrée en bourse. De même, le fonds Ontario Teachers’ Pension Plan a déjà bénéficié d’un pari précoce sur SpaceX. Ces exemples montrent que les moonshots peuvent générer de la valeur substantielle pour les investisseurs patients.
- Accès à de nouveaux marchés en pleine croissance dans le New Space.
- Renforcement de la position géopolitique du Canada dans les technologies critiques.
- Création d’emplois hautement qualifiés et d’écosystèmes locaux dynamiques.
- Retombées scientifiques et technologiques transversales pour d’autres industries.
Le rôle clé des institutions québécoises et canadiennes
Investissement Québec joue déjà un rôle important dans le soutien aux startups innovantes. Sa présence au panel aux côtés de Reaction Dynamics témoigne de l’intérêt croissant des acteurs publics pour les technologies avancées. Cependant, pour passer à la vitesse supérieure, il faut une mobilisation plus large du secteur privé et des grands investisseurs institutionnels.
Les fonds de pension canadiens gèrent des centaines de milliards de dollars. Une allocation même modeste, disons 0,3 % sur 20 ans, vers le venture capital national pourrait injecter des sommes considérables dans l’innovation. Cela permettrait non seulement de financer des entreprises comme Reaction Dynamics, mais aussi de créer un cercle vertueux où les succès attirent davantage de capitaux.
Il faut un exemple de succès pour montrer que les entreprises canadiennes peuvent réussir dans ces domaines à haut risque.
– Bachar Elzein
Cet appel à l’action est d’autant plus pertinent que le Québec dispose déjà d’un écosystème riche en talents en ingénierie et en technologies avancées. Montréal, en particulier, s’impose comme un hub pour les deep tech grâce à ses universités de renom et à sa communauté entrepreneuriale dynamique.
Comparaison internationale : ce que font les autres pays
De l’autre côté de la frontière, les États-Unis ont largement bénéficié de l’implication massive d’investisseurs privés et institutionnels dans le spatial. Des fonds comme ceux de la NASA ou des initiatives privées ont permis l’émergence de champions mondiaux. En Europe, des pays comme la France et l’Allemagne investissent massivement via des fonds souverains ou des partenariats public-privé.
Le Canada ne manque pas d’ambition, comme en témoigne la stratégie spatiale nationale, mais l’exécution dépend largement de la disponibilité des capitaux privés. C’est là que les LPs ont un rôle déterminant à jouer. En soutenant des entreprises comme Reaction Dynamics, ils peuvent contribuer à positionner le pays comme un acteur incontournable du New Space.
Les opportunités concrètes pour Reaction Dynamics
Reaction Dynamics ne part pas de zéro. L’entreprise bénéficie déjà d’un savoir-faire technique pointu et d’une vision claire pour développer des solutions de lancement plus accessibles et plus fréquentes. Ses technologies pourraient servir aussi bien les missions scientifiques que les applications commerciales ou de défense.
Pour réussir, la startup aura besoin de plusieurs rounds de financement importants. Au-delà des VCs traditionnels, l’implication des family offices, des fonds de pension et même des investisseurs corporatifs sera cruciale. Chaque succès dans ce domaine servira ensuite de référence pour débloquer davantage de capitaux vers d’autres projets ambitieux.
Vers une nouvelle culture du risque au Canada ?
Changer les mentalités ne sera pas facile. Les investisseurs canadiens ont longtemps privilégié la prudence, ce qui a permis une grande stabilité mais parfois limité l’audace entrepreneuriale. Aujourd’hui, face à la concurrence internationale accrue dans les technologies stratégiques, cette approche doit évoluer.
Les success stories comme celle d’Ecobee, présente au même panel, démontrent que le Canada peut créer des champions mondiaux dans les technologies physiques. En combinant cet héritage avec les nouvelles opportunités spatiales, le pays peut bâtir un écosystème plus résilient et innovant.
Les experts s’accordent à dire qu’il faut à la fois des incitatifs fiscaux, une réglementation adaptée et surtout une communication transparente sur les risques et les potentiels de ces investissements. Les LPs doivent voir les moonshots non comme des paris hasardeux, mais comme des placements stratégiques dans l’avenir technologique du Canada.
Impact potentiel sur l’économie et la société
Investir massivement dans les hardtech spatiales et de défense générerait des retombées multiples. Au niveau économique, cela créerait des milliers d’emplois qualifiés, stimulerait la recherche et développerait de nouvelles chaînes d’approvisionnement locales. Sur le plan sociétal, ces avancées pourraient contribuer à résoudre des défis globaux comme le changement climatique via des technologies de surveillance ou de communication améliorées.
De plus, une présence forte dans le spatial renforcerait la souveraineté nationale dans un contexte géopolitique tendu. Les données spatiales, les capacités de lancement et les technologies duales deviennent des atouts stratégiques majeurs au 21e siècle.
Les prochaines étapes pour mobiliser les capitaux
Pour concrétiser cette vision, plusieurs pistes méritent d’être explorées. D’abord, renforcer les ponts entre les startups deep tech et les grands investisseurs institutionnels via des événements dédiés et des programmes de familiarisation. Ensuite, développer des véhicules d’investissement spécifiques qui mutualisent les risques tout en offrant une exposition aux technologies les plus prometteuses.
Reaction Dynamics et ses pairs ont besoin de partenaires qui comprennent la longueur du cycle de développement de ces technologies. Des LPs qui acceptent de mesurer le succès non seulement en termes financiers mais aussi en impact stratégique et technologique.
L’appel lancé par Bachar Elzein à Startupfest n’est pas isolé. Il fait écho à une prise de conscience grandissante au sein de l’écosystème canadien. Le moment est venu de passer des paroles aux actes pour que le Canada devienne un acteur majeur des prochaines grandes avancées technologiques.
En soutenant des entreprises comme Reaction Dynamics, les limited partners canadiens ne font pas seulement un pari financier : ils investissent dans la capacité du pays à innover, à créer de la valeur et à inspirer les générations futures. L’espace n’attend pas, et le Canada non plus ne devrait pas attendre.
Les mois et années à venir seront décisifs. Si les acteurs institutionnels répondent positivement à cet appel, nous pourrions assister à l’émergence d’une nouvelle vague de champions technologiques canadiens. Des entreprises capables de rivaliser sur la scène internationale tout en contribuant à la prospérité nationale. Le message est clair : il est temps d’oser les moonshots.