Also Abandonne Son Projet E-Moto Au Kenya

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novembre 3, 2026

Also Abandonne Son Projet E-Moto Au Kenya

Et si une startup issue de l’un des constructeurs électriques les plus ambitieux au monde décidait soudain de tourner le dos à un marché africain en pleine explosion ? C’est exactement ce qui s’est produit avec Also, la jeune pousse née de Rivian en 2025. Après avoir discrètement lancé un projet de deux-roues électriques au Kenya, l’entreprise a choisi de s’en retirer pour concentrer ses forces ailleurs. Cette décision, révélée récemment, soulève de nombreuses questions sur les priorités des acteurs de la micromobilité et sur la difficulté de concilier ambitions globales et réalités industrielles.

Un Projet Prometteur Abandonné En Afrique

Le continent africain représente aujourd’hui l’un des terrains les plus dynamiques pour les deux-roues électriques. Des centaines de milliers de motos thermiques sillonnent les routes chaque jour, et le passage à l’électrique y apparaît comme une évidence économique et environnementale. Dans ce contexte, Also avait commencé à explorer un pilote de plateforme de deux-roues électriques localement intégrée au Kenya. L’initiative bénéficiait d’un soutien financier de la Shell Foundation, une structure caritative indépendante liée au géant pétrolier.

L’objectif affiché était ambitieux : faciliter l’entrée d’un constructeur mondial sur le marché africain en testant une solution adaptée aux besoins locaux. Il s’agissait de travailler sur des batteries modulaires, des solutions de recharge distribuée et même de concevoir une moto électrique spécifiquement pensée pour les conducteurs africains. Le projet devait générer des données concrètes sur l’augmentation potentielle des revenus des conducteurs, les performances opérationnelles et la viabilité commerciale.

Pourtant, au bout de quelques mois seulement, Also a décidé de se retirer. L’entreprise a confirmé avoir exploré le sujet avec un partenaire non nommé, avoir réalisé des travaux préliminaires, puis avoir choisi de recentrer ses efforts sur sa feuille de route principale. Les fonds de la fondation accompagnent désormais la poursuite du projet sous une autre forme, mais les détails restent confidentiels en raison d’accords de non-divulgation.

Pourquoi Ce Marché Attirait Tant d’Attention

L’attrait de l’Afrique pour les deux-roues électriques n’est pas un secret. Une entreprise comme Spiro annonce déjà plus de 130 000 motos électriques en circulation dans sept pays, soutenues par 2 500 stations d’échange de batteries. Cette dynamique attire les investisseurs et les constructeurs chinois, qui injectent massivement des ressources. Pour une startup comme Also, dont la mission initiale était de créer des véhicules petits et optimisés pour des usages précis, le Kenya semblait logique.

Chris Yu, cofondateur et président d’Also, a lui-même reconnu que le projet s’inscrivait parfaitement dans la philosophie de l’entreprise : concevoir des engins d’abord et avant tout optimisés en coût pour répondre à un besoin réel dans un marché donné. Pourtant, d’autres priorités ont pris le dessus.

Nous avons piloté et finalement décidé, principalement en raison de l’urgence et du rythme autour de l’autonomie, que notre attention serait mieux servie, à court terme, en nous concentrant pleinement sur cela.

– Chris Yu, cofondateur et président d’Also

Cette déclaration, recueillie lors d’une interview récente, révèle le véritable pivot stratégique de la startup. L’autonomie, et plus précisément les petits véhicules autonomes développés en partenariat avec DoorDash, est devenue la priorité absolue.

L’Autonomie Comme Nouvel Horizon

Also ne se contente plus de fabriquer des e-vélos. L’entreprise prépare des vélos cargo commerciaux destinés à des acteurs comme Amazon, y compris des modèles à quatre roues. Mais c’est surtout le partenariat avec DoorDash qui concentre les énergies. L’idée est claire : les véhicules autonomes de petite taille pourraient arriver à grande échelle plus rapidement que les voitures particulières classiques. Chris Yu estime même qu’il existe une forte probabilité que l’autonomie s’impose d’abord dans ces engins spécialisés.

Ce choix s’explique aussi par le contexte interne de la startup. Sa première année d’indépendance n’a pas été un long fleuve tranquille. Les retards de production de son e-vélo phare, le TM-B, ont créé des frustrations chez les clients qui avaient réservé le modèle. Pendant des mois, la communication est restée très discrète, un silence que la direction reconnaît aujourd’hui comme une erreur.

Le TM-B, décrit comme un véritable ordinateur sur roues, a souffert de multiples problèmes de chaîne d’approvisionnement. À un moment, Also se retrouvait en concurrence pour les mêmes matériaux utilisés dans les circuits imprimés destinés aux centres de données d’intelligence artificielle. À d’autres moments, ce sont les exigences de certification auprès de différentes administrations qui bloquaient les avancées. Les obstacles apparaissaient presque chaque semaine, rendant toute communication claire extrêmement difficile.

Les Difficultés D’une Première Année Indépendante

Les livraisons du TM-B ont finalement commencé début octobre. Mais les premiers retours clients mentionnent déjà des problèmes de dommages à la livraison et une décharge notable de la batterie. La startup a progressivement amélioré sa communication, gagnant un peu de crédit auprès de sa communauté, notamment sur Reddit. Elle en aura besoin pour traverser les inévitables phases de rodage d’un premier produit.

Cette situation illustre parfaitement le dilemme de nombreuses jeunes entreprises de la mobilité électrique. D’un côté, des opportunités de marché énormes, comme celle de l’Afrique, où le volume de deux-roues est colossal. De l’autre, la nécessité de sécuriser d’abord le produit principal et les partenariats stratégiques les plus proches de la rentabilité.

Also a clairement choisi de prioriser. Les e-vélos premium destinés aux consommateurs, les vélos cargo commerciaux et surtout les petits robots de livraison autonomes représentent, selon la direction, des perspectives de revenus bien plus importantes à court et moyen terme.

Ce Que Révèle Ce Retrait Sur La Stratégie Des Startups

L’abandon du projet kenyan n’est pas un échec en soi. C’est plutôt le signe d’une maturité stratégique. Beaucoup de startups se dispersent trop tôt et finissent par ne rien mener à bien. Also, en limitant son attention, cherche à éviter cet écueil. Le marché africain des deux-roues électriques continuera d’attirer d’autres acteurs, notamment asiatiques, qui disposent déjà de chaînes d’approvisionnement très compétitives.

Pour autant, le besoin reste immense. Les batteries modulaires et les systèmes d’échange constituent une réponse particulièrement adaptée aux réalités locales, où l’infrastructure de recharge fixe reste limitée. En quittant le projet, Also laisse la place à d’autres, tout en emportant avec elle l’expérience acquise lors des phases préliminaires.

Cette histoire met aussi en lumière le rôle des fondations et des programmes de soutien. La Shell Foundation a accepté de réorienter les fonds vers la poursuite du projet, démontrant une certaine flexibilité. Cependant, le silence qui a suivi et la disparition rapide des informations sur le site de la fondation montrent à quel point ces collaborations restent sensibles et protégées par des clauses de confidentialité strictes.

Vers Une Micromobilité Plus Spécialisée

Le parcours d’Also illustre une tendance plus large. Les acteurs de la micromobilité ne cherchent plus nécessairement à tout faire. Ils se positionnent sur des niches précises : e-vélos haut de gamme, robots de livraison autonomes, vélos cargo pour la logistique urbaine. Chaque segment exige des compétences techniques, industrielles et commerciales distinctes.

Le TM-B, avec sa complexité électronique, a déjà démontré à quel point même un e-vélo peut devenir un défi industriel majeur. Imaginer déployer simultanément une moto électrique conçue pour l’Afrique, des chaînes d’approvisionnement locales et un programme d’autonomie de pointe aurait probablement dilué les ressources de manière critique.

Chris Yu insiste sur le fait qu’aucun problème unique n’a causé les retards. C’était plutôt une succession permanente de défis, un véritable jeu de taupe où chaque difficulté résolue en faisait apparaître une nouvelle. Dans ces conditions, communiquer de manière transparente avec les clients devenait presque impossible. La startup a reconnu avoir sous-performé sur ce point pendant l’été, période où les réservataires attendaient avec impatience.

Aujourd’hui, la communication s’améliore. Les livraisons avancent. Les prochains produits se précisent. Et l’autonomie occupe le devant de la scène. Pour une entreprise née dans l’écosystème Rivian, connue pour ses ambitions techniques élevées, ce recentrage paraît cohérent.

Les Enjeux Plus Larges De La Mobilité Électrique Africaine

Même si Also a quitté le terrain, le marché africain des deux-roues électriques continue de croître rapidement. Les avantages sont multiples : réduction des coûts d’exploitation pour les conducteurs, diminution de la pollution atmosphérique dans les grandes villes, et création d’emplois locaux autour de la maintenance et de l’échange de batteries.

Les modèles économiques basés sur l’échange de batteries semblent particulièrement adaptés. Le conducteur n’a pas besoin de disposer d’une prise de recharge à domicile. Il échange simplement sa batterie vide contre une pleine en quelques minutes. Ce système contourne l’un des principaux freins au déploiement de l’électrique dans de nombreuses régions.

Des entreprises locales et chinoises progressent rapidement sur ce créneau. Leur capacité à produire à bas coût et à adapter les produits aux réalités du terrain leur donne un avantage concurrentiel certain. Pour une startup américaine comme Also, le défi aurait été considérable, même avec le soutien d’une fondation.

Le retrait d’Also ne signifie donc pas que le projet était mauvais. Il indique plutôt que le timing et les ressources internes n’étaient pas alignés. Dans le monde des startups, savoir dire non à une opportunité intéressante pour en saisir une autre jugée plus stratégique constitue souvent une qualité plutôt qu’une faiblesse.

Ce Que L’Avenir Pourrait Réserver À Also

Les prochains mois seront déterminants. La capacité d’Also à livrer le TM-B en volume, à résoudre les problèmes de qualité signalés par les premiers clients et à avancer concrètement sur les véhicules autonomes avec DoorDash déterminera largement sa trajectoire. Les vélos cargo commerciaux constituent également un levier de croissance potentiellement puissant.

L’expérience kenyane, même interrompue, a sans doute permis à l’équipe d’acquérir des connaissances précieuses sur les contraintes des marchés émergents. Ces enseignements pourront éventuellement servir plus tard, si l’entreprise décide de revenir sur ce type de projets une fois ses fondations plus solides.

En attendant, Also illustre parfaitement les arbitrages constants auxquels font face les startups de la mobilité. Entre l’opportunité d’un marché immense et la nécessité de concentrer les ressources limitées, le choix n’est jamais simple. Dans ce cas précis, l’autonomie et le marché occidental ont gagné.

Cette décision s’inscrit dans une logique de survie et de focalisation. Les retards de production, les défis de chaîne d’approvisionnement et les attentes élevées des clients ont rappelé à la startup que même un produit relativement simple comme un e-vélo premium peut devenir un casse-tête industriel. Ajouter un projet de moto africaine aurait multiplié les risques.

Les observateurs de la mobilité électrique suivront désormais de près les prochaines annonces d’Also. Le succès ou les difficultés du TM-B, les avancées sur les robots de livraison et la capacité à scaler la production constitueront les véritables indicateurs de la solidité de cette stratégie de recentrage. Le Kenya, de son côté, continuera d’attirer d’autres acteurs plus spécialisés dans les solutions adaptées aux marchés émergents.

Au final, l’histoire d’Also et de son projet kenyan abandonné raconte bien plus qu’un simple changement de priorité. Elle révèle les tensions entre ambition globale et exécution locale, entre vision long terme et urgences de court terme. Dans un secteur aussi concurrentiel et techniquement exigeant que la micromobilité électrique, savoir où placer son énergie reste l’une des compétences les plus précieuses.

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