Amplify Capital Lève 60 Millions Pour Son Fonds Impact

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septembre 18, 2026

Amplify Capital Lève 60 Millions Pour Son Fonds Impact

Quand un fonds canadien fête ses dix ans en pleine période de levées difficiles, on s’attend souvent à un discours prudent. Ici, le message est presque inverse. Amplify Capital annonce la clôture de son troisième véhicule, avec 60 millions de dollars canadiens, et affirme vouloir multiplier les mises de départ plutôt que de se contenter d’attendre les tours plus confortables. L’enjeu n’est pas seulement de grandir. Il s’agit de rester présent là où les premières décisions technologiques se prennent encore dans le brouillard.

Un troisième fonds pensé pour miser plus tôt

Née à Toronto comme spin-out de MaRS, la firme s’est construite autour d’une idée simple : financer tôt des entreprises capables de produire à la fois un rendement financier et un effet mesurable sur le climat, la santé ou le travail. Le nouveau fonds, clos en avril, arrive deux tiers plus gros que le précédent, levé en 2020 autour de 36 millions. Dans un marché que ses associés décrivent encore comme dur, ce montant reste proche de l’objectif initial. Il change pourtant la manière d’investir.

Les tickets pourront monter jusqu’à trois millions de dollars. La société pourra mener davantage de tours. Elle vise un portefeuille de vingt-cinq à trente sociétés, contre une approche plus resserrée par le passé. Quatorze investissements sont déjà réalisés. Parmi eux figurent Cura à Calgary, Reusables à Vancouver, Planetary Technologies à Halifax et Lyteflo à Montréal. La carte est clairement pancanadienne.

Mon objectif est de construire une franchise de fonds durable.

– Kathryn Wortsman, associée directrice d’Amplify Capital

Des commanditaires fidèles et de nouveaux appuis publics

Le fonds est ancré par des partenaires déjà présents, notamment Fondaction au Québec et la Banque Royale du Canada. S’y ajoutent la Banque de développement du Canada et le gouvernement fédéral, via Realize Capital Partners et le volet croissance inclusive de l’initiative Venture Capital Catalyst. Plusieurs family offices et investisseurs fortunés, non nommés, complètent le tour. Cette mixité n’est pas anodine. Elle donne au fonds une assise institutionnelle tout en gardant une part de capital plus agile.

Kathryn Wortsman insiste sur un point souvent oublié dans les annonces de clôture : le fonds I, d’environ six millions, a été entièrement rendu aux souscripteurs. Le fonds II afficherait, selon elle, une distribution parmi les meilleures de sa cohorte. Ces chiffres, même présentés avec prudence, expliquent pourquoi des LPs reviennent. Dans le capital de risque, la mémoire des sorties pèse parfois plus que les récits d’impact.

Climat, santé et travail : trois fronts, une même logique

La thèse n’a pas radicalement changé depuis l’époque du MaRS Catalyst Fund, créé en 2016. Elle s’est simplement élargie. L’edtech est devenue une lecture plus large du work tech. Le climat reste central : la direction estime qu’environ la moitié du capital ira vers cette verticale. Le reste se partage entre santé et technologies du travail, avec une préférence pour le pré-amorçage et l’amorçage, et quelques séries A choisies.

Cette spécialisation a un avantage discret. Amplify a financé de l’énergie et de l’intelligence artificielle médicale bien avant que ces sujets ne deviennent des mots d’ordre de conférence. Craig Hunter, associé arrivé l’an dernier après un parcours d’entrepreneur et d’ange, le résume ainsi : le fonds a accumulé dix ans d’expérience dans des secteurs aujourd’hui très courtisés. Cette antériorité sert autant à filtrer qu’à rassurer les fondateurs.

  • Tickets compris entre 750 000 et 3 millions de dollars.
  • Majorité de positions menées ou co-menées.
  • Cible de 25 à 30 sociétés dans le fonds III.
  • Priorité au Canada, avec une part importante pour le climat.

Pourquoi miser dans le désordre plutôt que dans le calme

Wortsman décrit la période actuelle comme la plus intéressante depuis 2016. L’intelligence artificielle, le climat et les technologies profondes attirent beaucoup d’attention, mais aussi beaucoup de capitaux mal alloués. Pour un investisseur qui connaît déjà les cycles, ce chaos n’est pas un obstacle. C’est une fenêtre. Les valorisations se réordonnent. Les équipes sérieuses se distinguent plus vite. Les sujets trop à la mode laissent aussi des angles morts.

Le cas de Cura illustre cette lecture. La société calgaryenne développe une voie bas carbone pour le ciment, un secteur où les discours abondent et les preuves industrielles restent rares. En accompagnant ce type de dossier, Amplify cherche moins le récit que la capacité à franchir l’usine, le client et la régulation. La même exigence vaut pour des projets de santé ou d’organisation du travail : l’impact annoncé doit pouvoir se mesurer, pas seulement se raconter.

Une équipe resserrée pour des fondateurs encore fragiles

Le fonds ne mise pas sur une armée d’analystes. L’équipe compte cinq personnes. Wortsman, présente depuis l’origine, vient du capital-investissement et du venture. Hunter apporte le regard de l’opérateur. Ce binôme senior vise un rôle concret auprès des fondateurs : recrutement, pricing, préparation des tours suivants, lecture industrielle. À un stade où une mauvaise embauche peut coûter dix-huit mois, ce type d’accompagnement pèse davantage qu’un logo sur un communiqué.

Le modèle reste canadien sans être provincial. Toronto sert de base, mais les mises déjà réalisées montrent une volonté d’aller chercher des équipes à Calgary, Vancouver, Halifax ou Montréal. Dans un écosystème souvent accusé de trop concentrer le capital à Toronto, cette dispersion n’est pas qu’une carte de visite. Elle élargit le vivier de deals et réduit le risque de n’investir que dans les mêmes cercles.

Ce que change vraiment un fonds plus large

Passer de 36 à 60 millions n’est pas seulement une question d’ego de gestionnaire. Un véhicule plus gros permet de suivre ses gagnants plus longtemps, de garder une place au cap table et d’éviter d’être dilué trop tôt. Il permet aussi d’accepter davantage de premiers échecs. Vingt-cinq à trente lignes, c’est une statistique de portefeuille, pas une promesse de réussite individuelle. La firme le dit presque crûment : elle veut placer significativement plus de paris.

Cette approche a un envers. Plus de tickets, c’est plus de suivi. Plus de secteurs, c’est plus de risques de dispersion. Amplify tente de tenir l’équilibre en restant sur trois verticales qu’elle connaît et en refusant, pour l’essentiel, de sortir du Canada. Le pari est celui d’une franchise durable, pas d’un coup unique. Dix ans après le premier véhicule MaRS, le test n’est plus de prouver qu’un fonds d’impact peut exister. Il est de prouver qu’il peut durer, recycler du capital et rester pertinent quand la mode se déplace.

Les noms déjà associés au track record — Carbon Upcycling Technologies, Hydrostor, Inkblot, ThinkLabs, Pathway Medical, Valence Discovery — servent ici de toile de fond. Ils rappellent que l’impact, dans ce métier, se juge aussi à la capacité de rendre de l’argent. Sans cela, le troisième fonds n’aurait pas trouvé ses ancrages institutionnels. Avec cela, Amplify peut désormais écrire une nouvelle saison : plus de chèques, plus tôt, dans des marchés encore confus, mais déjà trop importants pour être laissés aux seuls narratifs du moment.

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