BDC Capital : Hausse De Portefeuille Malgré Pertes VC
Et si une perte de revenus de près de 71 millions de dollars n’était finalement pas un mauvais signal ? C’est exactement le paradoxe que révèle le rapport annuel 2026 de la Banque de développement du Canada. Derrière les chiffres bruts se cache une réalité bien plus nuancée : la valeur de son portefeuille de capital-risque a grimpé de plus de 400 millions de dollars, portant le total à 3,68 milliards. Une performance qui change complètement la lecture de l’exercice.
Une année de contrastes pour le plus grand investisseur canadien
Le 31 mars 2026 marquait la clôture d’un exercice particulièrement révélateur pour BDC Capital. Alors que l’ensemble de la société de la Couronne affichait un revenu net supérieur au milliard de dollars, l’activité de capital-risque présentait un visage contrasté. Les revenus nets issus des investissements VC ont chuté de 70,9 millions, auxquels s’ajoutent près de 50 millions de pertes de change. Pourtant, le résultat net de cette même activité atteint 217,8 millions de dollars. Comment expliquer ce décalage ?
La réponse se trouve dans les paper gains, ces plus-values non réalisées qui reflètent la hausse de la juste valeur des participations. Avec une augmentation de 401,5 millions de dollars de l’appréciation non réalisée, le portefeuille a non seulement compensé les pertes, mais a généré un résultat net solide. C’est un retour en force après la perte nette de près de 58 millions enregistrée l’année précédente.
Les moteurs de la revalorisation
Ce rebond de valorisation n’est pas le fruit du hasard. Il s’appuie principalement sur les investissements en actions directs, et plus particulièrement sur des réévaluations dans des secteurs stratégiques. L’intelligence artificielle et l’informatique quantique ont joué un rôle déterminant. L’exemple le plus frappant reste celui de Xanadu, la start-up torontoise spécialisée dans le quantique. Fin mars 2026, elle a réalisé une introduction en bourse via une société d’acquisition à vocation spécifique, affichant une capitalisation boursière projetée de 3,6 milliards de dollars américains.
Ces « step-ups » de valorisation illustrent une réalité bien connue des investisseurs : la performance d’un portefeuille de capital-risque ne se mesure pas uniquement aux sorties réalisées, mais aussi à la progression de la valeur des actifs encore en portefeuille. BDC Capital a su tirer parti de cette dynamique.
Pourquoi les revenus ont-ils baissé ?
La baisse des revenus nets s’explique principalement par une hausse des radiations. Contrairement à l’exercice précédent, qui avait généré 7,1 millions de dollars de gains réalisés nets, 2026 a été marquée par un nombre plus élevé de participations dont la valeur a été ramenée à zéro. C’est le prix à payer dans un environnement de capital-risque où certaines entreprises ne parviennent pas à franchir les étapes critiques de croissance.
Le capital-risque est un jeu de patience et de sélectivité. Les pertes ponctuelles font partie du modèle, tant que la valeur globale du portefeuille progresse.
– Analyse issue du rapport annuel BDC 2026
Composition actuelle du portefeuille
Aujourd’hui, BDC Capital reste de loin le plus grand et le plus actif investisseur en capital-risque au Canada. Son portefeuille se décompose comme suit :
- Environ 30 millions de dollars en investissements de dette
- 1,74 milliard de dollars en actions directes
- 1,68 milliard de dollars investis dans d’autres fonds
Cette structure montre une présence équilibrée entre interventions directes et soutien aux gestionnaires de fonds externes.
Une activité d’investissement en forte hausse
Au cours de l’exercice, BDC Capital a réalisé 848 investissements dans des entreprises canadiennes et des sociétés de gestion, soit une progression de 30 % par rapport à l’année précédente. Sur le plan financier, 282,1 millions de dollars ont été injectés directement dans 70 sociétés, tandis que 261,7 millions ont été alloués à 18 fonds. Cette répartition reflète une volonté claire d’accompagner à la fois les entrepreneurs et les gestionnaires de fonds émergents.
En juin 2025, Isabelle Hudon, présidente-directrice générale de BDC, avait déjà annoncé l’objectif de faire évoluer le mix vers 60 % d’investissements directs et 40 % d’investissements indirects. L’exercice 2026 a offert une fenêtre d’opportunité pour accélérer la composante indirecte, notamment dans le private equity mid-market et le secteur de la santé. Cette stratégie s’inscrit dans une volonté de soutenir les nouveaux acteurs du capital-risque canadien.
Deux nouveaux fonds stratégiques
Parallèlement à cette évolution, BDC Capital a lancé deux véhicules d’investissement majeurs. Le premier, le BDC StrongNorth Fund, se concentre sur les technologies de défense. Le second est un fonds de sciences de la vie doté de 150 millions de dollars. Ces initiatives s’inscrivent dans une logique plus large de soutien aux priorités stratégiques du gouvernement fédéral.
Le Canada a d’ailleurs confié à BDC un rôle central dans le financement de la transition vers l’intelligence artificielle et le renforcement des capacités de défense. Une plateforme de 6 milliards de dollars dédiée à la défense a été annoncée, tout comme un programme de prêts de 500 millions de dollars destiné à aider les PME à adopter des solutions d’IA.
Un contexte de marché difficile pour les levées de fonds
Il faut situer ces résultats dans un environnement globalement compliqué pour le capital-risque canadien. L’année civile 2025 a été la pire depuis 2016 en termes de montants levés par les fonds, et le nombre de clôtures de fonds a atteint son plus bas niveau depuis 2018, selon un rapport de RBCx. Dans ce contexte, le rôle de BDC Capital comme investisseur d’ancrage devient encore plus critique pour le maintien d’un écosystème dynamique.
En maintenant un rythme élevé d’investissements malgré les turbulences, la société de la Couronne contribue à stabiliser le marché et à offrir des perspectives aux entrepreneurs qui peinent à trouver des financements privés.
Performance globale de BDC
Au-delà de l’activité de capital-risque, l’ensemble de la Banque de développement du Canada a affiché une solidité remarquable. Avec plus d’un milliard de dollars de résultat net et 11,6 milliards de dollars déployés en solutions de financement, l’institution a enregistré un rendement des capitaux propres ajusté de 9,7 %. Ces chiffres rappellent que BDC n’est pas seulement un acteur du capital-risque, mais un pilier du financement des PME canadiennes.
La dualité entre le bras de capital-risque et l’activité de prêt traditionnel permet à l’institution de jouer un rôle unique : soutenir à la fois les entreprises innovantes à fort potentiel de croissance et les entrepreneurs plus classiques qui ont besoin de solutions de financement adaptées.
Ce que révèlent ces résultats pour l’écosystème canadien
Plusieurs enseignements se dégagent de ce rapport. Premier point : la capacité de BDC Capital à absorber des pertes réalisées tout en générant de la valeur sur le long terme. Deuxième point : l’importance croissante des secteurs stratégiques comme l’IA, le quantique, la défense et les sciences de la vie dans la composition du portefeuille. Troisième point : la volonté de soutenir les gestionnaires de fonds émergents, ce qui renforce la profondeur du marché canadien du capital-risque.
Enfin, la prolongation du mandat d’Isabelle Hudon jusqu’en 2030 apporte une continuité stratégique bienvenue. Elle permettra de poursuivre les orientations déjà engagées, notamment le rééquilibrage entre investissements directs et indirects, et le développement de fonds thématiques alignés sur les priorités nationales.
Perspectives pour les années à venir
Si 2026 a démontré que les plus-values non réalisées peuvent compenser des pertes de revenus, les prochains exercices seront déterminants pour convertir une partie de ces gains en sorties concrètes. Les introductions en bourse et les rachats stratégiques dans les secteurs de l’IA et du quantique seront particulièrement surveillés.
Par ailleurs, le succès des nouveaux fonds de défense et de sciences de la vie conditionnera en partie la capacité de BDC Capital à rester un acteur de référence dans ces domaines prioritaires. Le contexte macroéconomique, les taux d’intérêt et l’appétit des investisseurs privés pour le risque resteront des variables clés.
Une chose est certaine : en maintenant un volume d’investissements élevé et en renforçant son rôle dans les secteurs stratégiques, BDC Capital continue de façonner l’avenir de l’innovation canadienne. Les chiffres de 2026 ne sont pas seulement un bilan ; ils dessinent les contours d’une stratégie à long terme qui place le capital patient au service de la croissance et de la souveraineté technologique.
Pour les entrepreneurs et les gestionnaires de fonds, le message est clair : même dans un marché difficile, un acteur public déterminé peut jouer un rôle stabilisateur et catalyseur. Reste à observer comment cette dynamique se traduira concrètement dans les prochains rapports annuels.