Cleantech Circulaire Et Minerais Critiques Au Canada

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septembre 28, 2026

Cleantech Circulaire Et Minerais Critiques Au Canada

Et si le vrai goulot d’étranglement de l’intelligence artificielle n’était pas les puces, mais le sable, le cuivre et les résidus que personne ne veut plus regarder ? Pendant que les marchés parlent modèles de langage et centres de données, deux fondateurs canadiens rappellent une évidence oubliée : sans matériaux, pas de transition. Le plus intéressant, c’est qu’ils refusent de choisir entre croissance et planète.

Quand le Cleantech Revient Par La Porte Des Minerais

Il y a dix ans, le cleantech occupait le devant de la scène. Les fonds le mettaient en avant, les gouvernements en faisaient un argument moral, le public y voyait une nécessité. Puis le vent a tourné. Les tensions géopolitiques, la priorité donnée à l’économie immédiate et la fascination pour l’IA ont relégué l’environnement au second plan. Beaucoup ont réduit leurs portefeuilles « verts » comme on coupe une ligne budgétaire devenue moins séduisante.

Cette mise en sourdine n’a pourtant rien changé à la physique des chaînes d’approvisionnement. Les centres de données explosent. Les véhicules électriques se multiplient. Les parcs solaires et éoliens réclament des volumes de métaux et de minéraux que l’extraction traditionnelle peine déjà à livrer. Les teneurs des minerais baissent. Les gisements faciles s’épuisent. Le discours a changé. La contrainte, elle, s’est durcie.

C’est précisément ce décalage que deux dirigeants ont mis sur la table lors du festival Nrth. Douglas Pimlott, fondateur de Carbonyx, et Greg Hanna, cofondateur de Destiny Copper, ont défendu une thèse simple : on peut sécuriser des approvisionnements stratégiques sans exporter la pollution ailleurs. Mieux, cette exigence de propreté n’est plus un luxe moral. Elle devient un avantage compétitif.

Deux Startups, Un Même Refus De L’Extraction Vierge

Carbonyx, basée à Vancouver, développe des systèmes électrochimiques capables de transformer des déchets industriels et du CO2 en minéraux utiles, notamment de la silice ou des carbonates. Destiny Copper, installée à Thorold en Ontario, récupère du cuivre dans les rejets de fabrication et les résidus miniers. Deux géographies, deux procédés, une même intuition : le gisement du siècle pourrait bien être ce que l’industrie a déjà abandonné.

Pimlott le dit sans détour. La demande grimpe de manière exponentielle pendant que la qualité des minerais s’effondre. L’extraction dite « vierge » ne pourra pas suivre indéfiniment. Les solutions circulaires ne sont donc plus un supplément d’âme. Elles deviennent une condition de continuité industrielle.

Je pense que nous allons découvrir assez vite que l’extraction vierge ne pourra pas croître indéfiniment.

– Douglas Pimlott, Carbonyx

Derrière la formule, il y a une lecture froide du marché. La silice, le gallium, le cuivre et une longue liste de matériaux stratégiques restent finis. Les data centers en ont besoin. Les batteries aussi. Les réseaux électriques davantage encore. Continuer à creuser plus profond, plus loin, plus sale, revient à reporter le problème plutôt qu’à le résoudre.

Le Piège D’Une Transition Sale Au Point D’Extraction

Le paradoxe est connu, mais rarement assumé jusqu’au bout. On célèbre une voiture électrique ou un panneau solaire au moment de l’usage, tout en oubliant le coût environnemental de leur fabrication. Residus, effluent, émissions, contamination : la mine classique laisse une facture que l’on préfère souvent envoyer hors champ.

Pimlott insiste sur ce point. Si le lieu d’extraction n’est pas propre, on se contente d’exporter les dommages. On se félicite ensuite d’être vert à l’arrivée. Le geste est confortable. Il n’est pas cohérent. Une chaîne d’approvisionnement crédible devrait donc être jugée de bout en bout, pas seulement à la prise électrique.

Cette exigence n’est pas seulement éthique. Elle touche à la souveraineté matérielle, à la sécurité d’approvisionnement et à la résilience nationale. Quand un pays dépend de minerais extraits dans des conditions opaques, il importe aussi une vulnérabilité politique. Recycler localement des déchets déjà présents sur le territoire change la donne : moins de transport, moins d’exposition géopolitique, plus de contrôle sur la qualité et le coût.

La Durabilité Comme Bonus, Pas Comme Dogme

Le plus révélateur dans le propos de Pimlott n’est pas l’argument climatique. C’est l’ordre des priorités observé sur le terrain. Quand Carbonyx est sortie du laboratoire pour rencontrer partenaires, clients et investisseurs, l’attrait principal n’était pas le bilan carbone. C’était la capacité à partir de matières premières largement disponibles et à livrer un produit moins cher.

La négativité carbone était vraiment… la cerise sur le gâteau.

– Douglas Pimlott, Carbonyx

Hanna, qui a fondé Destiny Copper il y a près de dix ans, décrit le même basculement. Depuis dix-huit mois, l’excitation purement « green tech » s’est essoufflée. Mais son entreprise n’a jamais misé sur les crédits carbone pour tenir debout. Le modèle devait d’abord être viable. Les chiffres d’abord. Le bénéfice environnemental ensuite.

Le monde revient toujours aux chiffres. Est-ce viable ? Cela tiendra-t-il tout seul ? Ah, et c’est vert ? Dans ce cas, cela coche toutes les cases.

– Greg Hanna, Destiny Copper

Cette phrase résume mieux qu’un manifeste le nouvel âge du cleantech. La durabilité n’a pas disparu. Elle a changé de statut. Elle n’est plus le moteur unique. Elle devient une caractéristique qui renforce une offre déjà solide. Moins romantique, plus robuste.

Pourquoi L’IA Rend Ces Matériaux Encore Plus Stratégiques

On parle beaucoup de puissance de calcul. On parle trop peu de ce qui rend cette puissance possible. Un centre de données n’est pas une abstraction. C’est du béton, du cuivre, de la silice, des composants rares, des réseaux, de l’eau, de l’énergie. Plus la vague de l’IA s’amplifie, plus la pression sur ces flux physiques s’intensifie.

Les renouvelables suivent la même logique. Une éolienne, une batterie ou un onduleur n’existent pas par décret. Ils existent parce qu’une mine, une raffinerie ou désormais une usine de valorisation a livré les bons matériaux au bon moment. Quand les teneurs baissent, le coût environnemental de chaque tonne supplémentaire augmente. La circularité n’est alors plus une option de communication. C’est une réponse à la rareté.

Dans ce contexte, récupérer du cuivre dans des déchets de fabrication ou produire de la silice à partir de rejets industriels n’a rien d’anecdotique. Cela revient à ouvrir une nouvelle catégorie de gisements : des gisements déjà extraits, déjà transportés, déjà payés une première fois par l’économie. Le coût marginal n’est plus celui du forage. Il est celui de la transformation intelligente.

Ce Que Change Une Approche Circulaire Sur Le Terrain

Travailler à partir de déchets n’a rien d’une opération magique. Il faut des procédés stables, des partenaires industriels, une qualité de sortie comparable à celle du marché classique, et une économie qui tienne sans subvention permanente. C’est précisément ce que les deux fondateurs mettent en avant : pas de modèle qui s’effondre dès que l’enthousiasme médiatique retombe.

  • Réduire la dépendance aux minerais extraits dans des conditions de plus en plus coûteuses.
  • Limiter les rejets, les émissions et la contamination liés à l’extraction traditionnelle.
  • Créer de la valeur là où l’industrie ne voyait jusqu’ici qu’un passif environnemental.
  • Renforcer la sécurité d’approvisionnement à l’échelle nationale ou régionale.

Ces quatre leviers expliquent pourquoi le sujet dépasse le cercle des militants. Un fonds, un industriel ou un État peut s’y intéresser pour des raisons très différentes : coût, image, régulation, souveraineté. L’important est que ces intérêts convergent enfin autour d’un même type de solution.

Croissance Et Propreté Ne Sont Plus Des Ennemis

Pimlott le formule clairement : durabilité et croissance ne s’excluent pas. Beaucoup continuent de voir le procédé propre comme un centre de coût ou une contrainte réglementaire. Les deux entreprises présentes sur scène cherchent à démontrer l’inverse. On peut produire propre tout en servant l’économie, la souveraineté matérielle, la sécurité nationale et la résilience des chaînes.

Cette idée n’est pas nouvelle. Elle était simplement devenue inaudible tant le débat public opposait écologie et compétitivité comme deux camps irréconciliables. Or le marché des minerais critiques force une autre lecture. Celui qui saura livrer plus vite, plus près et plus proprement ne sera pas seulement « vert ». Il sera plus difficile à remplacer.

Hanna le rappelle à sa manière. L’enthousiasme autour de la tech verte s’est calmé. Les investisseurs sont redevenus pragmatiques. Tant mieux, selon lui. Un projet qui ne tient que par le récit climatique reste fragile. Un projet qui tient par ses coûts, puis ajoute un bénéfice environnemental, a davantage de chances de traverser les cycles.

Le Canada A Une Carte À Jouer, Encore Faut-Il La Tenir

Le débat s’est tenu dans un festival canadien, avec des entreprises canadiennes, autour de ressources déjà présentes sur le territoire. Ce n’est pas un détail. Le Canada dispose de savoir-faire minier, d’une base industrielle, d’universités techniques et d’un stock considérable de résidus. Autrement dit, il a les ingrédients d’une filière circulaire de minerais critiques. Encore faut-il traiter ces résidus comme un actif, pas seulement comme une dette héritée.

Vancouver et Thorold incarnent deux bouts de cette carte. D’un côté, une startup qui convertit déchets et carbone en matériaux industriels. De l’autre, une entreprise qui extrait du cuivre là où d’autres ne voyaient qu’un problème de gestion. Entre les deux, une même conviction : attendre que l’extraction classique suive la demande de l’IA et de l’énergie propre est une stratégie risquée.

Les gouvernements qui parlent de souveraineté technologique devraient donc regarder plus bas que les puces. Avant le logiciel, il y a le matériau. Avant le data center, il y a la chaîne. Avant la transition, il y a la question de savoir qui contrôle réellement les flux physiques.

Ce Que Les Investisseurs Devraient Retenir

Le message n’est pas « revenez au cleantech par générosité ». Il est plus sec. Les matériaux nécessaires à l’économie numérique et à l’énergie bas carbone deviennent plus rares, plus disputés et plus sensibles politiquement. Les acteurs capables de les produire à partir de sources déjà disponibles, à un coût compétitif, avec un impact moindre, occupent une position rare.

Cela ne garantit rien à lui seul. Une technologie de laboratoire peut échouer à l’échelle. Un procédé peut buter sur la qualité, le financement ou l’inertie des grands donneurs d’ordre. Mais le diagnostic de fond paraît solide : la demande ne va pas ralentir, les minerais faciles non plus ne vont pas réapparaître, et la patience des sociétés face aux dégâts miniers a des limites.

Dans ce paysage, la circularité n’est plus un slogan de rapport annuel. C’est une stratégie d’approvisionnement. Les entreprises qui sauront le démontrer sans se cacher derrière des crédits ou des récits trop lisses auront un avantage durable. Pas seulement moral. Industriel.

Le cleantech n’a donc pas disparu. Il a changé de costume. Moins de proclamations, plus de process. Moins de promesse universelle, plus de tonnes réellement valorisées. Si Pimlott et Hanna ont raison, la prochaine bataille de l’innovation ne se jouera pas seulement dans les modèles d’IA. Elle se jouera dans la capacité à transformer des déchets en ressources, sans sacrifier ni la rentabilité ni le vivant.

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