Co.Labs Forme Les Pme Non Tech À L’Adoption De L’Ia

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septembre 5, 2026

Co.Labs Forme Les Pme Non Tech À L’Adoption De L’Ia

Et si la prochaine révolution de l'intelligence artificielle ne venait pas seulement des startups, mais aussi du cabinet comptable du coin, de l'atelier de fabrication ou de l'exploitation agricole? À Saskatoon, un incubateur jusqu'ici réservé aux fondateurs tech vient de poser cette question à voix haute. Co.Labs a décidé d'ouvrir ses portes aux entreprises qui ne se considèrent pas comme technologiques, avec une idée simple : leur apprendre à utiliser l'IA comme le ferait une entreprise numérique née avec ces outils.

Un incubateur qui sort de son pré carré

Depuis neuf ans, Co.Labs accompagne les fondateurs en phase de démarrage. Son métier habituel consiste à accélérer des jeunes pousses, à les relier à des investisseurs et à les aider à grandir. Cette fois, le mouvement va dans l'autre sens. L'équipe a constaté une demande répétée, venue d'acteurs hors de la sphère tech. Des dirigeants savent que l'IA existe. Ils en entendent parler. Ils ne savent pas toujours comment la faire entrer dans les services moins techniques de leur organisation.

Jonathan Lipoth, directeur général de l'incubateur, a annoncé cette extension sur LinkedIn avant de la préciser en entretien. Le message est net : aider les entreprises non technologiques à se servir de l'IA comme une entreprise tech. Derrière la formule se cache une stratégie territoriale. Si les PME locales restent compétitives, elles conservent davantage de liberté pour demeurer au Saskatchewan plutôt que de se faire absorber, délocaliser ou dépasser.

Si nous pouvons aider les entreprises locales à rester compétitives, elles ont davantage d'optionalité et de contrôle pour rester ici aussi longtemps qu'elles le souhaitent.

– Jonathan Lipoth, directeur général de Co.Labs

Une demande qui vient du terrain

Le déclencheur n'est pas un plan marketing abstrait. L'incubateur travaillait déjà l'IA en interne et auprès de ses startups. Puis des partenaires hors industrie numérique ont commencé à frapper à la porte. Lipoth parle d'une traction de marché. Autrement dit, le besoin existait déjà. Co.Labs a simplement accepté de répondre à des organisations qui n'entrent pas dans son mandat historique.

Le programme s'adresse à toute la province. Saskatoon et Regina sont concernées, mais aussi les communautés rurales, où une partie de la formation peut se faire à distance. Les premiers participants viennent de la comptabilité, de l'agriculture et de la fabrication. Ce n'est pas un hasard. Ces secteurs pèsent lourd dans l'économie saskatchewanais et accumulent des données, des process répétitifs et des décisions opérationnelles que l'IA peut éclairer, à condition d'être bien cadrée.

Le profil type n'est pas celui que l'on croit

Co.Labs ne vise pas l'entreprise totalement déconnectée. Le client idéal ressemble plutôt à une équipe de direction déjà suffisamment informée pour connaître l'existence de l'IA, mais encore incertaine sur le déploiement. Le frein se situe souvent dans les fonctions non techniques : administration, relation client, logistique, ressources humaines, reporting. Savoir qu'un outil existe ne dit rien sur la manière de l'intégrer sans casser les habitudes, la qualité ou la confiance des équipes.

Cette nuance change tout. Beaucoup de formations générales vendent des démonstrations spectaculaires. Ici, l'enjeu est plus prosaïque : comment un comité de direction fait-il passer une expérimentation du bureau du directeur à l'ensemble de l'entreprise? Comment éviter que l'IA reste un gadget utilisé par deux personnes passionnées?

Ce que propose concrètement le programme

Le dispositif est encore jeune. L'incubateur commence par constituer un répertoire de cas d'usage. L'idée n'est pas de raconter des exploits de licornes californiennes, mais de documenter des intégrations réussies dans des contextes non technologiques. À cela s'ajoute un rôle de conseil à la carte. Les formations techniques sont assurées par l'équipe de Co.Labs. Le tarif dépend de la taille de l'entreprise et de l'ampleur du projet.

Des formats collectifs sont aussi prévus. Des ateliers gratuits sur l'adoption de l'IA doivent se tenir à l'automne, notamment durant le Memo Festival, rendez-vous saskatoonais dédié aux créatifs et aux designers. Ouvrir la conversation hors des seuls cercles startup permet de normaliser l'outil. Un designer, un responsable d'atelier ou un agriculteur n'ont pas besoin de devenir data scientists. Ils ont besoin de repères pour décider où l'IA apporte une vraie valeur et où elle n'en apporte aucune.

  • Un socle de cas concrets issus d'entreprises hors tech.
  • Un accompagnement ponctuel pour les équipes de direction.
  • Des ateliers ouverts, y compris en milieu créatif et rural.
  • Une tarification ajustée à l'ampleur du besoin.

Pourquoi cela intéresse l'écosystème tech

On pourrait croire que former des PME classiques détourne l'incubateur de sa mission. Lipoth affirme le contraire. Le cœur de Co.Labs reste les startups technologiques. Mais un tissu local plus à l'aise avec le numérique crée un marché plus mature pour les solutions conçues sur place. Les fondateurs ont besoin de clients, de partenaires et d'employeurs capables de parler le même langage.

Il y a aussi un enjeu d'identité. Beaucoup d'entreprises se définissent encore par leur métier historique : semences, pièces usinées, dossiers fiscaux. Les considérer uniquement comme des utilisatrices passives de technologie les enferme. Les inviter à se penser, au moins en partie, comme des organisations technologiques élargit leur horizon. Ce n'est pas un slogan. C'est une manière de dire que la compétitivité future passera par la capacité à absorber, tester et gouverner de nouveaux outils.

Si nous aidons les petites entreprises à voir la technologie comme une opportunité, nous aidons l'écosystème local à prospérer et d'autres organisations à se considérer elles-mêmes comme des entreprises tech.

– Jonathan Lipoth

Le Saskatchewan comme laboratoire discret

La Prairie canadienne n'occupe pas toujours le devant de la scène médiatique. Pourtant, le mix économique s'y prête particulièrement à ce type d'expérience. L'agriculture y est intensive en données. L'industrie y reste ancrée dans des territoires précis. Les services professionnels y sont souvent de taille humaine. Dans un tel tissu, une mauvaise adoption de l'IA se voit vite : perte de temps, méfiance des équipes, outils mal branchés sur le réel.

À l'inverse, une adoption réussie peut renforcer l'ancrage local. Une entreprise qui automatise une partie de son reporting, améliore sa maintenance ou affine ses prévisions n'a plus autant besoin de grandir ailleurs pour rester viable. C'est précisément l'optionalité dont parle Lipoth : la possibilité de choisir son rythme, son lieu, ses partenaires.

Les précautions que l'enthousiasme ne doit pas effacer

Élargir l'accès à l'IA ne signifie pas tout numériser. Les métiers de l'agriculture, de la fabrication ou de la comptabilité reposent sur des savoirs tacites, des relations de confiance et des contraintes réglementaires. Une formation utile doit donc commencer par le cadrage : quelle décision veut-on améliorer, quelles données sont disponibles, qui reste responsable du résultat, comment mesurer un gain réel plutôt qu'un effet de mode.

Le risque classique consiste à empiler les outils sans changer l'organisation. Un autre risque, inverse, consiste à attendre une transformation magique. Entre les deux, Co.Labs mise sur des cas documentés et un conseil à la demande. C'est plus modeste qu'une grande académie nationale. C'est aussi plus proche du terrain, ce qui peut faire la différence pour une PME de Regina ou une exploitation éloignée de Saskatoon.

Ce que cette initiative dit de la période actuelle

Depuis deux ans, le discours public sur l'IA oscille entre fascination et anxiété. Les incubateurs, eux, voient autre chose : une file d'attente d'organisations qui ne veulent ni tout croire ni tout refuser. Elles cherchent un intermédiaire crédible. Un acteur qui connaît déjà les startups, les outils et les limites, mais qui accepte de parler le langage d'un directeur d'usine ou d'un associé d'un cabinet.

En ce sens, le geste de Co.Labs dépasse la Saskatchewan. Il illustre un basculement plus large. Les structures d'accompagnement tech ne peuvent plus se contenter de faire grandir uniquement ceux qui codent. Elles deviennent, parfois malgré elles, des traducteurs. Traduire une capacité technique en usage métier. Traduire une peur diffuse en plan d'essai. Traduire une ambition locale en avantage concret.

Vers des entreprises qui se pensent autrement

Le pari n'est pas que chaque PME devienne une scale-up. Le pari est plus subtil. Si davantage d'entreprises locales considèrent la technologie comme un levier plutôt que comme une menace lointaine, le territoire gagne en résilience. Les startups y trouvent des clients plus exigeants. Les salariés y voient des compétences nouvelles. Les dirigeants y retrouvent une marge de manœuvre.

Co.Labs ne prétend pas révolutionner à lui seul l'économie des Prairies. Il propose un pont. D'un côté, neuf années d'expérience auprès de fondateurs. De l'autre, des organisations qui sentent le moment venir sans savoir par où commencer. Entre les deux, une série d'ateliers, de cas d'usage et de conversations franches. C'est moins spectaculaire qu'une levée de fonds. C'est peut-être plus décisif pour le tissu réel de l'économie.

La suite se jouera à l'automne, dans les salles de Saskatoon comme devant les écrans des communautés plus éloignées. On verra alors si cette ouverture reste une parenthèse ou si elle devient une nouvelle manière, pour un incubateur, de servir son territoire. Une chose est déjà claire : l'IA n'appartient plus seulement à ceux qui se définissent comme technologiques. Elle appartient aussi à ceux qui acceptent d'apprendre à s'en servir sans renier ce qu'ils sont.

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