AV1, HEVC, 4K : les codecs qui réinventent le streaming
Une minute de vidéo 4K non compressée (8 bits, 30 images par seconde) pèserait plus de 20 Go. Pourtant, des millions de foyers regardent des films en Ultra HD chaque soir avec une connexion domestique ordinaire. Le secret tient en un mot que presque personne ne croise dans les réglages : le codec. Fin 2025, Netflix indiquait que l’AV1, un codec ouvert, portait environ 30 % de ses heures de visionnage à la demande. Tour d’horizon d’une innovation invisible et de ce qu’elle change pour votre écran et votre forfait.
L’essentiel en 30 secondes
- Un codec compresse la vidéo à l’envoi et la reconstruit à la lecture : sans lui, le streaming 4K serait impossible sur un débit domestique.
- Chaque génération (H.264, HEVC, AV1, VVC) vise la même qualité avec beaucoup moins de données.
- L’AV1, né d’un consortium ouvert et libre de redevances, porte environ 30 % des heures de visionnage à la demande de Netflix, avec un tiers de bande passante en moins que l’AVC et le HEVC (fin 2025).
- Pour l’utilisateur, le bon réglage dépend moins de la définition affichée que de la taille de l’écran, de la distance et du débit disponible.
Un codec, c’est quoi exactement ?
Un codec (contraction de « codeur-décodeur ») est l’algorithme qui compresse une vidéo avant son envoi et la reconstruit sur votre appareil. Il exploite deux redondances : à l’intérieur d’une image (un ciel uniforme n’a pas besoin d’être décrit pixel par pixel) et d’une image à l’autre (le décor d’un plan fixe ne change pas).
Sans cette compression, il faudrait faire transiter environ 3 Gbit/s pour de la 4K en 8 bits à 30 images par seconde (3 840 × 2 160 pixels × 12 bits × 30 images/s, avec l’échantillonnage couleur 4:2:0). C’est près de 200 fois les 15 Mbit/s que Netflix recommande pour l’Ultra HD.
Quatre générations à connaître
| Codec | Année-clé | Ce qu’il apporte | Point d’attention |
|---|---|---|---|
| H.264 / AVC | 2003 | Compatible avec presque tous les appareils : la référence universelle | Le plus gourmand en données des quatre |
| H.265 / HEVC | 2013 | De 25 % à 50 % de compression en plus que l’AVC, à qualité égale | Licences multiples, plus coûteuses que celles de l’AVC |
| AV1 | 2018 | Ouvert et libre de redevances ; des tests de Facebook en 2018 mesuraient environ 34 % de débit en moins que VP9 et environ 50 % de moins que x264 | Décodage matériel surtout présent sur les puces récentes |
| H.266 / VVC | 2020 | Environ 50 % de compression en plus que le HEVC, à qualité perçue égale | Adoption encore limitée |
Les gains annoncés dépendent des contenus et des réglages d’encodage : ce sont des ordres de grandeur, pas des garanties.
Pourquoi l’AV1 est aussi une innovation « ouverte »
Face à la complexité des licences du HEVC, avec plusieurs regroupements de brevets et des redevances cumulées plus élevées que celles de l’AVC, de grands acteurs du numérique ont choisi une autre voie. En 2015, Amazon, Cisco, Google, Intel, Microsoft, Mozilla et Netflix fondent l’Alliance for Open Media (AOMedia). Le 28 mars 2018, l’alliance publie la spécification du flux AV1, ouverte et libre de redevances. Le pari : un codec que n’importe quel navigateur, application ou fabricant de puces peut intégrer sans négocier de licence.
Ce que ça change concrètement
Les chiffres publiés par Netflix fin 2025 donnent la mesure. L’AV1 porte environ 30 % de ses heures de visionnage à la demande (le direct n’est pas compté). Selon le service, les sessions en AV1 consomment un tiers de bande passante en moins que celles en AVC ou en HEVC et, sur les téléviseurs, 45 % d’interruptions de lecture en moins. Netflix a lancé l’AV1 sur Android en 2020 et, entre 2021 et 2025, 88 % des appareils grand écran (téléviseurs, décodeurs, clés de streaming) soumis à sa certification prenaient en charge le codec (source : Netflix TechBlog).
Côté consommation, Netflix annonce jusqu’à 1 Go de données par heure en définition standard, jusqu’à 3 Go en HD et jusqu’à 7 Go en Ultra HD. Il recommande au moins 3 Mbit/s pour la HD, 5 Mbit/s pour la Full HD et 15 Mbit/s pour l’Ultra HD.
4K, 1080p, 720p : que choisir chez soi ?
Le codec ne fait pas tout : la qualité perçue dépend aussi de la taille de l’écran, de la distance et du débit disponible. Règle empirique (vue 20/20) : au-delà d’environ 1,6 fois la diagonale de l’écran, on ne distingue plus les pixels d’une image Full HD, et la 4K n’apporte presque rien. Sur un téléviseur de 55 pouces (diagonale d’environ 1,40 m), cela représente environ 2,2 m : la 4K se justifie si vous vous asseyez plus près ou si l’écran est plus grand.
Sur un téléphone ou un ordinateur portable, la Full HD suffit largement, et en données mobiles la 720p fait durer le forfait. Ce comparatif 4K, 1080p et 720p (en anglais), publié par GIGAXXX, plateforme de vidéos pour adultes, détaille pixels, débits, consommation par heure et distances de vision, et rappelle que le HDR, la fréquence d’image et le codec comptent autant que la définition.
Et si la 4K saccade malgré un bon débit ? C’est souvent l’appareil qui peine à décoder, surtout sans décodage matériel pour le codec utilisé. Ce guide contre les coupures et saccades vidéo (en anglais) propose douze réglages, du plus simple au plus technique.
Questions fréquentes
AV1 ou HEVC : lequel est le meilleur ?
L’AV1 est généralement plus efficace et libre de redevances, mais le HEVC reste très répandu et profite d’un décodage matériel sur la plupart des appareils récents. Le choix n’est de toute façon pas le vôtre : la plateforme sélectionne le codec en fonction de ce que prend en charge votre appareil.
Mon téléviseur ou mon téléphone lit-il l’AV1 ?
Probablement, si l’appareil est récent : selon Netflix, 88 % des appareils grand écran certifiés entre 2021 et 2025 le géraient. Côté mobiles, le décodage matériel de l’AV1 existe notamment sur les Galaxy S21 et suivants, les Pixel 6 et suivants et les iPhone 15 Pro (puce A17 Pro).
La 4K consomme-t-elle beaucoup de données ?
Netflix annonce jusqu’à 7 Go par heure en Ultra HD, contre jusqu’à 3 Go en HD. Sur un forfait mobile limité, mieux vaut choisir une qualité plus basse ou le réglage automatique.
Sources
- Netflix TechBlog : AV1, now powering 30% of Netflix streaming (décembre 2025)
- Netflix, centre d’aide : débits recommandés et consommation de données
- Wikipédia (en anglais) : AV1, HEVC et VVC
- GIGAXXX, plateforme de vidéos réservée aux adultes (18+), dont le blog publie en anglais des guides sur le streaming.
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