
Daniel Ek Investit Dans Helsing, Star de la Défense
Imaginez un monde où la musique et la guerre partagent un même investisseur. Surprenant, non ? Pourtant, c’est exactement ce que fait Daniel Ek, le PDG de Spotify, en injectant 600 millions d’euros dans Helsing, une startup européenne spécialisée dans l’intelligence artificielle pour la défense. Ce mouvement, annoncé en juin 2025, a secoué le monde de la tech et soulevé des questions éthiques brûlantes. Pourquoi un magnat de la musique se tourne-t-il vers l’industrie militaire ? Et que signifie ce pari pour l’avenir de l’Europe technologique ? Plongeons dans cette aventure audacieuse.
Un Investissement qui Redéfinit les Frontières
Daniel Ek, connu pour avoir transformé l’industrie musicale avec Spotify, ne se contente plus de révolutionner nos playlists. À travers sa société d’investissement, Prima Materia, il a pris la tête d’un tour de financement de 600 millions d’euros pour Helsing, une entreprise munichoise fondée en 2021. Cette startup, désormais valorisée à 12 milliards d’euros, est devenue l’une des pépites les plus prisées d’Europe. Mais qu’est-ce qui rend Helsing si spécial ?
Helsing : L’IA au Service de la Défense
Helsing n’est pas une startup ordinaire. Spécialisée dans l’intelligence artificielle, elle développe des solutions pour moderniser les champs de bataille. Son produit phare ? Un logiciel qui analyse en temps réel des données provenant de capteurs militaires, radars et systèmes d’armes. Ces informations, autrefois traitées par des appels téléphoniques ou des cartes dessinées à la main, sont désormais transformées en visualisations intuitives, permettant des décisions rapides et précises.
« L’IA, la masse et l’autonomie redéfinissent le champ de bataille moderne. Les implications pour les conflits actuels, comme celui en Ukraine, sont considérables. »
– Daniel Ek, PDG de Spotify et président de Helsing
Depuis ses débuts, Helsing a élargi ses ambitions. En plus de ses logiciels, la startup produit désormais ses propres drones de combat, comme le HX-2, et travaille sur des mini-sous-marins autonomes pour la surveillance navale. Ces avancées technologiques positionnent Helsing comme un acteur clé dans l’écosystème de la défense européenne.
Un Contexte Géopolitique en Ébullition
Le timing de cet investissement n’est pas anodin. L’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 a servi de réveil brutal pour l’Europe, mettant en lumière sa dépendance à la protection américaine. Avec l’élection de Donald Trump, davantage concentré sur les intérêts américains, les dirigeants européens parlent désormais de souveraineté stratégique. Cela signifie développer leurs propres capacités de défense, notamment via des technologies avancées comme l’IA.
Helsing s’inscrit parfaitement dans cette dynamique. La startup a déjà vendu des milliers de drones à l’Ukraine, produits dans une usine en Allemagne. Ses partenariats avec des gouvernements européens, comme la France et l’Allemagne, ainsi qu’avec le groupe suédois Saab, renforcent son rôle dans la construction d’une Europe militairement autonome.
Pourquoi Daniel Ek Mise sur la Défense ?
Pour beaucoup, l’implication de Daniel Ek dans l’industrie de la défense peut sembler surprenante. Après tout, Spotify est synonyme de culture et de créativité, pas de drones militaires. Pourtant, Ek voit dans Helsing une opportunité de soutenir la souveraineté technologique européenne. En 2020, il avait promis d’investir 1 milliard d’euros dans des projets technologiques audacieux en Europe, et Helsing semble être un pilier de cette vision.
« Face aux défis géopolitiques, l’Europe doit investir dans des technologies avancées pour assurer son autonomie stratégique et sa sécurité. »
– Daniel Ek, dans un communiqué de presse
Son engagement n’est pas nouveau. Dès 2021, Prima Materia avait injecté 100 millions d’euros dans Helsing, marquant le début d’une relation étroite. Aujourd’hui, Ek est président de la startup, un rôle qui montre son implication au-delà du simple financement. Mais cet engagement n’est pas sans controverses.
Une Polémique Éthique qui Fait Vague
L’investissement de Daniel Ek dans Helsing a suscité une vive controverse, notamment parmi les artistes et utilisateurs de Spotify. En 2021, son premier investissement de 100 millions d’euros avait déjà provoqué des appels au boycott avec le hashtag #BoycottSpotify. Des musiciens, comme le groupe Deerhoof, ont retiré leur catalogue de la plateforme en 2025, dénonçant l’utilisation des revenus de la musique pour financer des technologies militaires.
Les critiques pointent du doigt un paradoxe : comment une plateforme dédiée à la musique peut-elle être liée à l’industrie de la guerre ? De nombreux artistes reprochent à Spotify de verser des royalties dérisoires tout en investissant massivement dans des projets controversés. La frustration est palpable, certains qualifiant Spotify de « portail de l’armageddon ».
« Nous ne voulons pas que notre musique tue des gens. »
– Deerhoof, groupe de rock indépendant
Ces réactions soulignent une tension croissante entre les valeurs de l’industrie musicale et les ambitions technologiques d’Ek. Malgré cela, il reste inébranlable, affirmant que ses investissements sont nécessaires pour l’avenir de l’Europe.
Helsing : Une Vision Éthique ?
Helsing se défend en mettant en avant son engagement éthique. La startup affirme travailler uniquement avec des gouvernements respectant les plus hauts standards démocratiques, refusant, par exemple, de développer des technologies de reconnaissance faciale ou de vendre à des régimes autoritaires. Son slogan, « IA pour servir les démocraties », reflète cette ambition.
Cependant, ces promesses ne suffisent pas à apaiser les critiques. Certains s’interrogent sur la transparence de ces engagements, notamment lorsque Helsing n’a pas répondu à des questions sur la vente de ses technologies à des pays ayant des politiques controversées en matière de droits humains.
Un Écosystème de Défense en Pleine Expansion
Helsing n’est pas un cas isolé. Le secteur de la défense technologique connaît une croissance fulgurante. Aux États-Unis, des entreprises comme Anduril (valorisée à 30,5 milliards de dollars) ou Shield AI attirent des investissements massifs. En Europe, des startups comme Quantum Systems et Tekever suivent la même voie, avec des levées de fonds respectives de 160 et 70 millions d’euros.
Voici quelques acteurs majeurs du secteur :
- Helsing : Logiciels AI et drones pour la défense européenne.
- Anduril : Systèmes autonomes pour l’armée américaine.
- Quantum Systems : Drones pour la surveillance et la reconnaissance.
Cette montée en puissance reflète une prise de conscience mondiale : la technologie redéfinit la guerre, et l’IA est au cœur de cette transformation.
Les Enjeux de la Souveraineté Technologique
L’investissement dans Helsing s’inscrit dans un mouvement plus large visant à réduire la dépendance de l’Europe vis-à-vis des technologies étrangères. Les gouvernements européens investissent massivement dans des fonds comme le NATO Innovation Fund, soutenu par 24 pays alliés. L’objectif ? Développer un écosystème technologique local capable de rivaliser avec les géants américains et chinois.
Daniel Ek, en soutenant Helsing, contribue à cette ambition. Mais il soulève aussi une question cruciale : comment équilibrer innovation technologique et responsabilité éthique ?
Un Pari Audacieux, mais Risqué
En misant sur Helsing, Daniel Ek prend un risque calculé. D’un côté, il positionne Prima Materia au cœur d’un secteur en pleine expansion, avec un potentiel économique et stratégique énorme. De l’autre, il s’expose à des critiques qui pourraient ternir l’image de Spotify et aliéner une partie de sa communauté.
Pourtant, Ek semble convaincu que l’avenir de l’Europe passe par des investissements dans des technologies de pointe. Comme il l’a déclaré, l’IA est désormais un moteur clé des champs de bataille modernes, et ignorer cette réalité serait une erreur stratégique.
Vers un Nouvel Équilibre ?
Le pari de Daniel Ek sur Helsing illustre une tendance plus large : les entrepreneurs technologiques, autrefois cantonnés à des secteurs comme la musique ou les réseaux sociaux, s’aventurent désormais dans des domaines à fort impact, comme la défense. Cette transition soulève des questions sur l’éthique, la responsabilité et l’impact des technologies sur nos sociétés.
Pour les artistes et les utilisateurs de Spotify, le défi est de savoir comment concilier leur amour de la musique avec les choix controversés de son PDG. Pour l’Europe, il s’agit de construire un avenir où la technologie renforce la sécurité sans compromettre les valeurs démocratiques.
En conclusion, l’investissement de Daniel Ek dans Helsing est bien plus qu’une simple transaction financière. C’est un signal fort que l’innovation technologique et la défense sont désormais indissociables. Reste à savoir si ce pari audacieux renforcera la souveraineté européenne ou alimentera davantage les controverses. Une chose est sûre : l’avenir s’annonce aussi fascinant que complexe.