Fondateurs Dinner Arrive en Alberta
Et si le meilleur réseau ne se construisait pas sur LinkedIn, dans des conférences surpeuplées ou lors de pitchs interminables, mais simplement autour d’une table, un verre à la main, en partageant des histoires vraies ? C’est précisément le pari audacieux que relève Graeme Barlow depuis maintenant plus d’un an et demi avec son concept Founders Dinner. Et en février 2026, ce format intimiste et puissant pose enfin ses valises en Alberta, d’abord à Edmonton puis à Calgary.
Dans un monde où l’entrepreneuriat est souvent fantasmé comme une success story solitaire et ultra-connectée, la réalité est parfois bien plus rude : stress chronique, décisions lourdes, sentiment d’isolement. C’est ce vide humain que veut combler ce serial entrepreneur canadien à travers des soirées soigneusement orchestrées.
Un dîner pas comme les autres
Pas de badge, pas de QR code à scanner, pas de goodies sponsorisés. Chez Founders Dinner, on vient pour être soi-même. La règle d’or est limpide : zéro vente, zéro politique. Deux interdits qui, paradoxalement, libèrent la parole.
« C’est l’endroit où l’on raconte son histoire, où l’on se connecte en tant qu’humains et où l’on se fait des amis », explique Graeme Barlow avec une simplicité désarmante.
Cette philosophie part d’un constat simple : tout le monde ici sait déjà vendre. Il existe mille et un endroits pour faire du business. Mais il en existe très peu pour simplement être.
– Graeme Barlow, fondateur de FounderLink
Le déroulé est rodé : une discussion informelle avant le repas, puis un tour de table guidé où chacun partage un morceau significatif de son parcours entrepreneurial. Les places sont attribuées avec soin pour maximiser les nouvelles rencontres. Résultat ? Des échanges d’une rare authenticité.
Une curation très réfléchie
Ce qui distingue vraiment Founders Dinner des innombrables « founder meetups » ou « founder breakfasts », c’est la sélection extrêmement stricte des participants. L’équipe de Graeme Barlow veille à respecter un équilibre précis :
- 50 % de fondateurs late-stage ou ayant déjà réalisé une exit
- 25 % de fondateurs en phase de croissance (scale-up)
- 25 % de fondateurs early-stage
Cette diversité générationnelle et de maturité crée une alchimie unique : les plus expérimentés transmettent une forme de sagesse sans jamais tomber dans le mentorat condescendant, tandis que les plus jeunes apportent énergie et questionnements frais.
« J’en avais assez des événements où 40 % des participants sont des prestataires de services déguisés en curieux, ou au contraire des rassemblements de 100 fondateurs early-stage qui se regardent tous en se disant “je suis perdu” », confie Barlow.
L’Alberta : un territoire à fort potentiel
Longtemps perçue comme une province riche en ressources naturelles mais moins dynamique sur le plan technologique, l’Alberta vit actuellement une transformation profonde. Calgary et Edmonton attirent de plus en plus de talents et de capitaux, notamment dans les domaines de la deeptech, de l’énergie propre et de l’intelligence artificielle appliquée.
Pourtant, beaucoup d’entrepreneurs locaux déploraient l’absence d’événements à la fois qualitatifs et tournés vers le « peer support ». Certains n’hésitaient pas à traverser le pays pour assister à un Founders Dinner à Vancouver ou Toronto.
C’est face à ces retours que Graeme Barlow a décidé de faire le déplacement. Le 10 février 2026, une première soirée a eu lieu dans un restaurant espagnol chic d’Edmonton, Sabor. Deux jours plus tard, c’était au tour de Calgary d’accueillir l’expérience.
Ces deux dates marquent une étape symbolique : l’écosystème des Prairies entre dans le cercle très fermé des villes capables d’accueillir ce format exigeant.
Pourquoi l’isolement reste le premier ennemi du fondateur
Derrière le storytelling souvent triomphant de l’entrepreneuriat se cache une réalité beaucoup plus sombre : le taux de burnout, les troubles anxieux et la dépression touchent une proportion bien plus importante de fondateurs que dans la population générale.
Graeme Barlow lui-même ne cache pas avoir traversé des périodes très difficiles. C’est cette expérience personnelle qui l’a poussé à créer un espace où l’on peut enfin parler sans filtre, sans craindre d’être jugé ou de « montrer des faiblesses ».
Être fondateur, c’est à la fois la chose la plus exaltante et la plus solitaire au monde. On porte le poids des équipes, des clients, des investisseurs… et souvent on n’a personne avec qui en parler vraiment.
– Graeme Barlow
En créant ces moments de vulnérabilité partagée, Founders Dinner agit comme une forme de thérapie collective informelle. Les participants repartent souvent avec le sentiment d’avoir été vus et compris, ce qui est devenu rare dans un monde hyper-performant.
Un modèle qui inspire au-delà des frontières
Si le concept est né au Canada, il commence à susciter des vocations ailleurs. Des fondateurs européens et américains contactent régulièrement Graeme Barlow pour comprendre comment répliquer le format dans leur propre ville.
Mais Barlow reste prudent : la magie opère justement parce que le nombre reste limité, la sélection rigoureuse et l’esprit préservé. Pas question de transformer Founders Dinner en franchise géante.
« On préfère faire moins de dîners, mais les faire bien », résume-t-il.
Et maintenant ?
L’arrivée de Founders Dinner en Alberta n’est pas seulement une bonne nouvelle pour les entrepreneurs locaux. C’est aussi le signe que l’écosystème des Prairies gagne en maturité et en confiance.
Dans les mois qui viennent, on peut s’attendre à voir d’autres dates s’ajouter à Edmonton et Calgary, mais aussi peut-être à Saskatoon ou Winnipeg. Car le besoin est le même partout : retrouver du sens, de la connexion et un peu d’humanité dans un parcours souvent écrasant.
Alors la prochaine fois que vous croiserez un entrepreneur qui semble particulièrement serein malgré les tempêtes qu’il traverse, posez-lui la question : « Tu es déjà allé à un Founders Dinner ? » La réponse pourrait bien vous surprendre… et vous donner envie, à votre tour, de décrocher une chaise à cette table si particulière.
Dans un monde obsédé par la croissance à tout prix, prendre le temps de s’asseoir, d’écouter et de partager sans agenda caché reste peut-être l’innovation la plus radicale qui soit.