Fusion 3C Datalec : Plateforme Complète Data Centres
Et si le prochain géant de l’infrastructure numérique naissait d’une alliance entre le Canada et le Royaume-Uni ? C’est exactement ce qui vient de se produire. L’ancien dirigeant de CoolIT Systems, Steve Walton, a officialisé la fusion de sa jeune pousse 3C avec l’entreprise britannique Datalec Precision Installations. Ensemble, ils forment désormais 3C Datalec, une plateforme capable de concevoir, construire et opérer des centres de données de nouvelle génération. Derrière cette opération se cache une conviction simple mais radicale : le refroidissement par air a vécu. Place au liquid cooling.
Une alliance stratégique pour conquérir la chaîne de valeur complète
Le 14 octobre dernier, les deux entités ont officialisé leur rapprochement. Les termes financiers restent confidentiels, mais l’ambition est claire. 3C apporte son expertise pointue en infrastructures de refroidissement liquide fermé. Datalec, de son côté, met sur la table des capacités d’ingénierie éprouvées et une présence solide en Europe. Le résultat ? Une entreprise capable d’intervenir de A à Z sur un projet de data centre.
Steve Walton, nommé PDG de la nouvelle structure, n’y va pas par quatre chemins. « Le refroidissement liquide n’est plus une option », a-t-il déclaré. « Chez CoolIT, nous avons passé des années à préparer ce moment et sommes devenus un leader mondial. Le vrai défi maintenant consiste à faire fonctionner le refroidissement, l’alimentation électrique, la construction et les opérations comme un seul système. »
Liquid cooling is no longer optional. The hard part now is making cooling, power, construction, and operations work as one system.
– Steve Walton, PDG de 3C Datalec
L’héritage CoolIT et le tournant entrepreneurial de Steve Walton
Pour comprendre la portée de cette fusion, il faut remonter quelques mois en arrière. En mars, CoolIT Systems, basée à Calgary, a été rachetée par l’américain Ecolab pour la somme vertigineuse de 4,75 milliards de dollars américains, soit environ 6,5 milliards de dollars canadiens. Cette transaction reste l’une des plus importantes de l’écosystème technologique albertain.
Steve Walton avait quitté CoolIT en 2024. Pourtant, son passage à la tête de l’entreprise a largement contribué à bâtir la valeur qui a rendu ce deal possible. Après son départ, il n’a pas tardé à fonder 3C. L’objectif ? Aider les opérateurs de centres de données à abandonner les systèmes de refroidissement par air au profit de solutions en boucle fermée à base de liquide.
Cette transition n’est pas un luxe. Les puces d’intelligence artificielle et les supercalculateurs génèrent des densités de chaleur jamais vues. Les solutions traditionnelles peinent à suivre. Le liquid cooling devient donc une nécessité technique et économique.
Des ambitions chiffrées et un plan d’expansion concret
Soutenue par des fonds d’investissement de premier plan comme Longbow Capital, S2G Investments, Apogem Capital et QIC, 3C Datalec se fixe un objectif de chiffre d’affaires annuel de 400 millions de dollars américains. L’entreprise compte déjà des projets actifs dans seize pays.
Dans les douze prochains mois, la direction prévoit d’embaucher 200 ingénieurs. Trois nouvelles installations sont également annoncées : Calgary, Austin et Varsovie. Ces implantations stratégiques couvrent l’Amérique du Nord et l’Europe centrale, deux zones où la demande de capacité de calcul explose.
Voici les piliers de la feuille de route :
- Intégration complète des expertises liquid cooling et ingénierie
- Recrutement massif de 200 profils techniques
- Ouverture de centres opérationnels à Calgary, Austin et Varsovie
- Positionnement sur l’ensemble de la chaîne de valeur data centre
Pourquoi le liquid cooling change la donne
Les centres de données classiques reposent encore majoritairement sur l’air conditionné. Cette approche consomme énormément d’énergie et atteint rapidement ses limites physiques. Avec l’arrivée des accélérateurs GPU de dernière génération, la densité thermique grimpent à des niveaux où l’air ne suffit plus.
Le refroidissement liquide en boucle fermée offre plusieurs avantages décisifs. Il permet d’extraire la chaleur directement à la source, de réduire la consommation électrique liée au climatisation et d’augmenter la densité de serveurs par rack. Résultat : des installations plus compactes, plus efficaces et plus durables.
3C s’était déjà spécialisée dans l’accompagnement de cette transition. En fusionnant avec Datalec, l’entreprise ne se contente plus de fournir une technologie. Elle devient capable de concevoir le bâtiment, d’installer les systèmes, de les mettre en service et de les opérer au quotidien.
Un positionnement « one-stop shop » face à la demande explosive
La demande mondiale de capacité de calcul ne montre aucun signe de ralentissement. L’intelligence artificielle générative, le cloud hyperscale et les applications industrielles intensives poussent les opérateurs à construire toujours plus de centres de données. Dans ce contexte, la capacité à livrer des projets de bout en bout devient un avantage concurrentiel majeur.
Beaucoup d’acteurs se concentrent sur un seul maillon de la chaîne : le matériel de refroidissement, l’ingénierie électrique ou la construction. 3C Datalec choisit une autre voie. En regroupant ces compétences sous une même bannière, la société veut devenir l’interlocuteur unique des grands clients.
Cette approche réduit les interfaces, limite les risques de coordination et accélère les délais de mise en service. Pour des opérateurs pressés de déployer de la capacité, cet argument pèse lourd.
Calgary, Austin, Varsovie : trois hubs pour trois marchés
Le choix des nouvelles implantations n’est pas anodin. Calgary reste le berceau historique de CoolIT et de 3C. L’Alberta dispose d’un écosystème technologique en pleine maturation et d’une volonté politique de diversifier son économie au-delà des hydrocarbures.
Austin, au Texas, se situe au cœur de l’un des marchés data centre les plus dynamiques des États-Unis. La présence d’hyperscalers et d’entreprises technologiques majeures en fait un point d’ancrage naturel pour l’Amérique du Nord.
Varsovie, quant à elle, ouvre les portes de l’Europe centrale et orientale. La région attire de plus en plus d’investissements dans le numérique grâce à des coûts compétitifs et à une demande locale en forte croissance.
Ces trois sites permettront à 3C Datalec de servir ses clients de manière plus réactive tout en développant des capacités de production et d’ingénierie locales.
Le rôle des investisseurs dans cette accélération
La présence de Longbow Capital, S2G Investments, Apogem Capital et QIC n’est pas qu’un détail financier. Ces fonds apportent à la fois du capital et une crédibilité institutionnelle. Dans un secteur où les projets se chiffrent en dizaines ou centaines de millions de dollars, la solidité du bilan et la qualité des actionnaires pèsent lourd lors des appels d’offres.
Ces partenaires ont déjà accompagné des entreprises technologiques à forte croissance. Leur soutien confirme que le marché croit à la thèse du liquid cooling comme standard de demain.
Les défis qui restent à relever
Malgré l’enthousiasme, le chemin n’est pas sans obstacles. Intégrer deux cultures d’entreprise, l’une canadienne et l’autre britannique, demande du temps et de la méthode. Le recrutement de 200 ingénieurs en un an constitue également un défi dans un marché de l’emploi tendu pour les profils techniques spécialisés.
La concurrence ne restera pas inactive. De grands groupes américains et asiatiques investissent massivement dans le refroidissement liquide. 3C Datalec devra prouver rapidement sa capacité à livrer des projets complexes dans les délais et les budgets prévus.
Enfin, la normalisation des technologies et les questions de standardisation restent des enjeux importants pour accélérer l’adoption à grande échelle.
Une étape logique dans une trajectoire déjà impressionnante
Pour Steve Walton, cette fusion s’inscrit dans une continuité. Après avoir contribué à faire de CoolIT un leader mondial du liquid cooling, il construit désormais une plateforme capable d’industrialiser cette technologie. Le passage d’un fournisseur de solutions à un intégrateur complet marque une évolution naturelle face à la maturité croissante du marché.
Les centres de données ne sont plus de simples bâtiments remplis de serveurs. Ils deviennent des infrastructures critiques pour l’économie numérique. Ceux qui sauront maîtriser à la fois la performance thermique, l’efficacité énergétique et la rapidité de déploiement prendront une longueur d’avance décisive.
Avec 3C Datalec, Steve Walton et ses équipes misent précisément sur cette convergence. Si les objectifs de 400 millions de dollars de revenus et d’expansion internationale se concrétisent, l’entreprise pourrait bien devenir l’un des acteurs de référence de la prochaine décennie dans le secteur des data centres.
La demande de puissance de calcul continue de croître à un rythme exponentiel. Les opérateurs cherchent des partenaires capables de les accompagner sur l’ensemble du cycle de vie de leurs infrastructures. Dans ce contexte, la naissance de 3C Datalec apparaît moins comme une simple fusion que comme la construction d’un nouvel outil industriel adapté aux réalités de 2026 et au-delà.
L’histoire de cette alliance entre Calgary et le Royaume-Uni illustre aussi la capacité des entrepreneurs canadiens à rester au centre du jeu même après des sorties spectaculaires. Steve Walton n’a pas choisi de se retirer. Il a préféré repartir à l’attaque sur un segment encore plus ambitieux. Le marché des data centres n’a probablement pas fini d’entendre parler de 3C Datalec.