MaRS Climate Impact Scale Le Cleantech Canadien
Et si le Canada détenait déjà une partie des solutions les plus compétitives au monde pour freiner le réchauffement climatique, sans sacrifier sa croissance économique ? C’est la conviction affichée par plusieurs acteurs de l’écosystème innovant, alors que les impacts environnementaux deviennent chaque jour plus tangibles. Entre feux de forêt, vagues de chaleur et pression croissante sur les réseaux électriques, le pays se trouve à un tournant. La question n’est plus seulement d’inventer, mais de réussir le passage à l’échelle.
Un rendez-vous stratégique pour accélérer le déploiement
Chaque année, MaRS Climate Impact réunit à Toronto des centaines d’entrepreneurs, d’investisseurs, de décideurs publics et de partenaires industriels. L’édition 2026, prévue les 17 et 18 novembre, marque une étape particulière. Après plusieurs années de croissance rapide suivies d’un ralentissement marqué des investissements, l’événement place volontairement le scaling au cœur des discussions.
Plus de mille participants sont attendus pour deux jours de panels, de débats et de démonstrations. L’objectif est clair : transformer un pipeline déjà riche de technologies matures en projets commerciaux capables de rivaliser à l’international. Selon Tyler Hamilton, Senior Director of Climate chez MaRS, le moment est propice. Les solutions existent. Reste à lever les freins qui ralentissent encore leur diffusion.
Plus que jamais dans notre histoire, nous disposons des solutions technologiques capables de nous remettre sur la bonne voie sans compromettre la croissance.
– Tyler Hamilton
Trois axes pour structurer les conversations
Le programme de cette sixième édition s’organise autour de trois grands axes. Le premier, intitulé « building for resilience », met en lumière les entreprises prêtes à lever leur prochain tour de financement. Des fondateurs déjà présents sur les marchés domestiques et internationaux partagent les leçons concrètes de leur expansion. C’est aussi dans ce cadre que seront remis les MaRS Climate Impact Awards, destinés à distinguer les projets les plus prometteurs.
Le deuxième volet, « policy, politics, and capital », s’attaque aux questions de capital-risque corporatif, à la capacité du Canada à absorber davantage de risque commercial et aux stratégies de scaling dans un contexte de marchés de puissance moyenne. Les discussions porteront notamment sur la construction de premières usines commerciales, ces projets first-of-a-kind qui représentent souvent le vrai goulot d’étranglement.
Enfin, le « climate tech spotlight » explore les technologies qui redessinent l’énergie et l’industrie : informatique quantique, matériaux de construction nouvelle génération, ou encore les besoins croissants en ressources liés aux centres de données d’intelligence artificielle. Comment se préparer aux disruptions climatiques et géopolitiques ? Cette piste de réflexion traverse l’ensemble des sessions.
Un contexte de financement plus exigeant
Le climat d’investissement a nettement changé. Entre 2016 et 2022, le secteur a connu une phase d’expansion impressionnante. Depuis, les montants alloués au cleantech canadien ont sensiblement diminué. En 2025, les levées ont atteint environ 660 millions de dollars, loin des plus d’un milliard enregistrés trois ans plus tôt.
Plusieurs facteurs expliquent cette prudence. La fin progressive de Sustainable Development Technology Canada, un instrument historique de soutien, a laissé un vide. Même si une partie de son mandat a été reprise par le programme d’aide à la recherche industrielle du Conseil national de recherches, la transition a créé de l’incertitude. Les investisseurs et les grands groupes se montrent plus sélectifs. Les fonds spécialisés peinent parfois à reconstituer leurs enveloppes dans un environnement concurrentiel.
Pour les entreprises de hardtech, la situation est particulièrement tendue. Contrairement à une société de logiciels qui peut multiplier ses clients sans infrastructure physique supplémentaire, un projet de nouveaux matériaux, de carburants ou d’équipements industriels doit souvent financer une usine avant d’avoir prouvé sa rentabilité à pleine échelle. Les chèques de plusieurs dizaines, voire centaines de millions de dollars restent rares.
Construire une première usine de fabrication coûte des dizaines, voire des centaines de millions de dollars, mais les investisseurs prêts à signer ces chèques se font rares.
– Tyler Hamilton
Des technologies déjà prêtes à sortir du laboratoire
Pourtant, les solutions ne manquent pas. Une enquête fédérale révèle que près de deux tiers des entreprises technologiques canadiennes déclarent disposer d’un produit déjà en phase de commercialisation. Le défi réside désormais dans le passage du pilote au déploiement grandeur nature. Cela implique des besoins de capital plus importants, des engagements clients plus précoces et des investisseurs capables d’assumer une part de risque élevée.
Le programme de la conférence reflète cette diversité. Innovation arctique, technologies alimentaires et agricoles, modernisation des réseaux électriques, solutions d’adaptation, fusion, géothermie, informatique quantique et systèmes d’eau de nouvelle génération figurent au menu. Ces domaines répondent à des pressions concrètes : demande électrique croissante liée à l’intelligence artificielle, stress hydrique, événements climatiques extrêmes.
Parmi les intervenants déjà confirmés, on retrouve Anousheh Ansari, CEO de la XPRIZE Foundation, Christian Weedbrook, fondateur et CEO de Xanadu, et Phil De Luna, co-fondateur et CTO de CURA. Plus d’une centaine de voix contribueront aux échanges, offrant un panorama large des expertises disponibles.
Créer des collisions utiles entre acteurs
MaRS ne se contente pas d’organiser un événement ponctuel. L’organisation développe toute l’année des programmes comme Mission from MaRS, qui met en relation des startups climatiques avec des clients potentiels, des fournisseurs, des investisseurs stratégiques, des régulateurs et des décideurs. L’idée est de s’attaquer de front aux freins qui ralentissent la commercialisation : accès au capital, marchés publics et cadre réglementaire.
Ces mises en relation directes permettent aux entreprises de gagner en visibilité et d’accélérer la signature de contrats. Dans un secteur où la confiance et les références commerciales pèsent lourd, ce type de plateforme joue un rôle structurant. Les participants repartent souvent avec des pistes concrètes plutôt qu’avec de simples contacts.
L’approche repose sur une conviction simple : le Canada possède déjà des solutions parmi les plus compétitives au monde. Encore faut-il qu’elles trouvent les bons partenaires pour franchir le seuil industriel. Les connexions créées pendant et après la conférence visent précisément à favoriser ces rencontres décisives.
Adaptation et résilience : des marchés qui s’ouvrent
Au-delà de l’atténuation, l’adaptation climatique devient un enjeu économique immédiat. Chaleur extrême, inondations et incendies de forêt créent des besoins nouveaux en technologies de protection et de gestion des risques. Parallèlement, la montée en puissance des centres de données et de l’intelligence artificielle exerce une pression inédite sur les réseaux électriques et les ressources en eau.
MaRS choisit d’aborder ces questions de manière croisée. Risque climatique, infrastructures, capital et politique industrielle s’influencent mutuellement. Comprendre où et comment les technologies se déploient exige de regarder l’ensemble de ces paramètres. C’est cette vision systémique que l’événement souhaite promouvoir.
Les entreprises qui réussissent à articuler performance technique, modèle économique robuste et capacité à répondre à des enjeux territoriaux précis disposent d’un avantage. Le marché de l’adaptation, longtemps considéré comme secondaire, gagne rapidement en importance et en attractivité pour les investisseurs.
Ce que les participants peuvent attendre
Les organisateurs souhaitent que les participants repartent avec une double prise de conscience. D’un côté, l’urgence de déployer massivement les technologies climatiques n’a jamais été aussi forte. De l’autre, le Canada dispose déjà d’un réservoir d’innovations capable de répondre à cette exigence. Il s’agit moins d’attendre de nouvelles découvertes que de créer les conditions pour que les solutions existantes franchissent le cap commercial.
Concrètement, cela signifie mieux comprendre les attentes des investisseurs institutionnels et corporatifs, identifier les mécanismes de financement adaptés aux projets capitalistiques, et anticiper les évolutions réglementaires. Les sessions sont conçues pour favoriser des échanges opérationnels plutôt que purement conceptuels.
Pour les startups, l’opportunité réside dans la possibilité de se mesurer à des pairs plus avancés, d’entendre les retours d’expérience de ceux qui ont déjà franchi certaines étapes, et de rencontrer des partenaires potentiels. Pour les investisseurs et les grands groupes, l’intérêt consiste à repérer les technologies les plus matures et les équipes les mieux armées pour les déployer.
Un écosystème à fort potentiel encore freiné
Le Canada a longtemps été salué pour la qualité de sa recherche et la densification de son écosystème de startups climatiques. Les laboratoires universitaires, les centres de recherche et les incubateurs ont produit un flux constant d’innovations. Le goulot d’étranglement se situe désormais plus en aval, au moment où les projets doivent prouver leur viabilité économique à grande échelle.
Les enquêtes de Ressources naturelles Canada confirment les difficultés rencontrées par les entreprises en phase de scaling : accès limité au financement, difficulté à convaincre clients et investisseurs en raison d’une perception de risque élevée, et incertitudes de marché. Ces obstacles ne sont pas insurmontables, mais ils demandent une coordination renforcée entre acteurs publics et privés.
Dans ce contexte, des initiatives comme MaRS Climate Impact jouent un rôle de catalyseur. En réunissant les différentes parties prenantes au même endroit et au même moment, elles réduisent les frictions d’information et accélèrent la formation de coalitions autour de projets concrets.
Vers une compétitivité internationale renforcée
Plusieurs technologies développées au Canada sont déjà considérées comme compétitives à l’échelle mondiale. Que ce soit dans le stockage d’énergie, les matériaux bas carbone, la gestion intelligente des réseaux ou les solutions d’adaptation, le pays dispose d’atouts. Le défi consiste à les faire passer du statut de promesse à celui de standard industriel.
La concurrence internationale est rude. D’autres juridictions déploient des programmes massifs de soutien aux industries vertes. Pour rester dans la course, le Canada doit conjuguer excellence scientifique, mécanismes de financement adaptés et capacité à créer des marchés domestiques solvables. Les premiers clients canadiens jouent souvent un rôle déterminant dans la validation d’une technologie avant son exportation.
Les discussions prévues en novembre aborderont précisément ces questions de positionnement stratégique. Comment articuler politique industrielle, achats publics et capital privé pour maximiser les chances de succès des projets canadiens ? Les réponses ne seront pas uniques, mais le dialogue entre les différentes parties prenantes constitue un prérequis indispensable.
Un moment de bascule pour le secteur
Le secteur du cleantech canadien se trouve aujourd’hui à un point d’inflexion. Les technologies sont plus matures que jamais. Les besoins sont plus urgents. Les contraintes de financement, elles, se sont renforcées. Dans ce contexte, les plateformes qui facilitent les rencontres entre innovateurs, financeurs et utilisateurs finaux prennent une importance particulière.
MaRS Climate Impact s’inscrit dans cette logique. En concentrant pendant deux jours l’attention sur les mécanismes concrets du passage à l’échelle, l’événement ambitionne de contribuer à débloquer des projets qui, autrement, pourraient rester coincés au stade du démonstrateur. Les enjeux dépassent largement le cadre d’une simple conférence : ils touchent à la capacité du pays à transformer son savoir-faire en avantage économique et environnemental durable.
Les prochaines semaines permettront de découvrir le programme complet et la liste élargie des intervenants. En attendant, une chose semble déjà acquise : le Canada ne part pas de zéro. Il dispose d’un capital d’innovation solide. La question qui se pose désormais est celle de sa capacité collective à en tirer pleinement parti.
Les entreprises, les investisseurs et les pouvoirs publics qui sauront se coordonner autour d’objectifs partagés auront une longueur d’avance. C’est précisément ce type de coordination que la conférence de novembre cherche à favoriser, en mettant l’accent sur les conditions pratiques du succès plutôt que sur les déclarations d’intention.
À l’heure où les pressions climatiques et économiques s’entremêlent de plus en plus, la capacité à faire franchir le pas commercial à des technologies déjà disponibles devient un enjeu stratégique. Le Canada a les cartes en main. Reste à jouer la partie avec méthode et ambition.