Molagri Lève 5,2 Millions Pour Des Pesticides Évolutifs

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octobre 17, 2026

Molagri Lève 5,2 Millions Pour Des Pesticides Évolutifs

Imaginez un instant un monde où les pesticides ne deviennent plus obsolètes après quelques saisons. Un monde où les ravageurs mutent, développent des résistances, et où les agriculteurs se retrouvent désarmés face à des insectes de plus en plus tenaces. Cette réalité, déjà bien ancrée dans les vergers et les cultures spécialisées, pourrait bientôt basculer grâce à une approche radicalement différente venue de Toronto. Une jeune entreprise canadienne vient de franchir une étape décisive pour transformer cette vision en solution concrète.

Une levée de fonds qui change la donne pour l’agriculture de demain

Molagri, startup torontoise spécialisée dans l’AgTech, a annoncé une levée de fonds seed de 5,2 millions de dollars américains, soit environ 8,2 millions de dollars canadiens. Ce tour de table s’ajoute aux quelque 600 000 dollars américains déjà réunis avant son passage par l’accélérateur Y Combinator, dont elle est sortie il y a seulement quelques semaines. Le round a été mené par Convective Capital, avec la participation de Y Combinator, Superorganism, Robinhood Ventures, ainsi que Paul Graham, co-fondateur de Y Combinator, et plusieurs business angels.

Ces fonds permettront à l’équipe de doubler ses effectifs, actuellement composés de quatre personnes, et de lancer des essais sur le terrain. L’objectif est clair : accélérer le développement de pesticides capables d’évoluer au même rythme que la résistance des ravageurs. Zaky Hassan, co-fondateur et PDG, a confié son état d’esprit actuel avec une franchise rafraîchissante.

Je pense simplement à atteindre nos jalons et à construire un produit qui fonctionne et améliore la vie des agriculteurs et des consommateurs. Nous sommes concentrés sur la construction, donc je pense qu’il faut parfois faire un pas en arrière et sentir les roses, mais pour le moment, c’est non-stop.

– Zaky Hassan, co-fondateur et PDG de Molagri

Des origines académiques au cœur de l’innovation

L’histoire de Molagri commence dans les laboratoires de l’Université de Toronto. Zaky Hassan et Min Jin, tous deux doctorants spécialisés dans les coronavirus du rhume, ont croisé leurs compétences avec un intérêt marqué pour les avancées récentes de l’intelligence artificielle appliquée à la conception de protéines. Cette double expertise, à la frontière de la virologie et de la biologie computationnelle, a donné naissance à une idée audacieuse : utiliser un virus d’insecte non infectieux comme plateforme pour concevoir des pesticides hautement ciblés et facilement modifiables.

Le principe repose sur la capacité d’ingénierie de ce virus. Les chercheurs peuvent le programmer pour « whitelister » ou « blacklister » des protéines spécifiques chez les ravageurs. En d’autres termes, la formulation peut être ajustée rapidement pour rester en avance sur les mutations anticipées des populations d’insectes. Contrairement aux molécules chimiques classiques, dont le cycle de développement s’étale sur de longues années, cette approche offre une flexibilité quasi en temps réel.

Les fondateurs ont choisi de concentrer leurs premiers efforts sur les noix et les fruits à noyau. Ces cultures présentent un besoin particulièrement aigu en insecticides efficaces. Les producteurs de ces filières font face à des pressions réglementaires croissantes et à une résistance de plus en plus répandue, ce qui rend la recherche d’alternatives urgente.

Pourquoi la résistance aux pesticides est un enjeu majeur

La résistance des ravageurs aux produits phytosanitaires n’est pas un phénomène nouveau. Elle s’est accélérée avec l’usage intensif de molécules chimiques depuis plusieurs décennies. Chaque fois qu’un insecticide est largement déployé, une pression sélective s’exerce sur les populations d’insectes. Les individus naturellement moins sensibles survivent, se reproduisent, et transmettent leurs caractéristiques. Au fil des générations, l’efficacité du produit diminue, parfois jusqu’à l’obsolescence.

Cette dynamique place les agriculteurs dans une course permanente. Ils doivent alterner les modes d’action, augmenter les doses ou se tourner vers de nouvelles substances, souvent plus coûteuses et parfois moins sélectives. Les conséquences économiques sont importantes, tout comme les impacts environnementaux. Les résidus, la toxicité pour les organismes non cibles et la contamination des sols et des eaux restent des préoccupations constantes.

Dans ce contexte, une solution capable d’évoluer avec les ravageurs représente un changement de paradigme. Au lieu de subir la résistance, on peut l’anticiper et l’accompagner. Molagri mise précisément sur cette capacité d’adaptation continue pour offrir un outil durable aux producteurs.

Une technologie basée sur la biologie synthétique

Le cœur de l’innovation de Molagri réside dans l’utilisation d’un virus d’insecte non pathogène pour l’homme et les plantes. Ce vecteur est modifié pour porter des instructions précises visant des protéines essentielles à la survie ou à la reproduction des ravageurs ciblés. La plateforme permet de concevoir des formulations qui peuvent être mises à jour sans repartir de zéro à chaque fois.

Cette approche s’appuie sur des avancées récentes en conception de protéines assistée par intelligence artificielle. Les outils d’IA permettent de prédire les interactions entre les composants du virus modifié et les cibles biologiques chez l’insecte. Les fondateurs, formés à la virologie des coronavirus, ont transposé certaines méthodes d’analyse et d’ingénierie à ce nouveau domaine.

Les compétences recherchées par l’entreprise illustrent bien la nature interdisciplinaire du projet. Molagri cherche actuellement des scientifiques expérimentés en virologie synthétique, biologie des insectes, affichage moléculaire et découverte de liants, ainsi qu’en expression chez la levure et production de particules pseudo-virales. Ces profils rares confirment le caractère avancé de la technologie développée.

Toronto, un terreau fertile pour l’AgTech

Zaky Hassan a réaffirmé la volonté de maintenir et de développer l’entreprise à Toronto. La ville dispose déjà d’un écosystème dynamique en sciences de la vie et en technologies de rupture. L’accès à des talents hautement qualifiés issus des universités locales constitue un atout majeur. Hassan a d’ailleurs décrit Toronto comme un « endroit fou pour le talent » lors d’une précédente conversation.

L’entreprise a déjà sécurisé un espace de laboratoire dans la ville. Cette implantation locale facilite les collaborations avec le milieu académique et les partenaires industriels canadiens. Elle s’inscrit aussi dans une dynamique plus large de renforcement de l’innovation agricole au Canada, un pays dont l’économie repose en partie sur des filières agricoles exportatrices exigeantes en qualité et en durabilité.

Le passage par Y Combinator a sans doute accéléré la structuration de la startup. L’accélérateur californien reste l’un des plus sélectifs et des plus influents au monde. Sortir de son programme avec un tour de table solidement constitué envoie un signal fort aux investisseurs et aux futurs collaborateurs.

Les prochaines étapes concrètes

Avec les fonds récemment obtenus, Molagri se concentre sur deux priorités immédiates : le recrutement et les essais au champ. Doubler une équipe de quatre personnes signifie intégrer des profils techniques pointus tout en préservant la culture de démarrage. Les essais terrain, quant à eux, marquent le passage du laboratoire à la réalité agricole. C’est à ce stade que les performances réelles, la sélectivité et la facilité d’utilisation seront évaluées dans des conditions proches de celles des producteurs.

Les cultures de noix et de fruits à noyau offrent un terrain d’expérimentation pertinent. Ces filières sont souvent confrontées à des ravageurs spécifiques et à des fenêtres de traitement limitées. Un produit capable d’être ajusté rapidement pourrait répondre à des besoins très concrets, notamment en période de pression élevée ou face à l’apparition de nouvelles résistances.

La roadmap de l’entreprise reste centrée sur la construction d’un produit qui fonctionne réellement. Hassan insiste sur cette priorité : livrer une solution utile aux agriculteurs et, in fine, aux consommateurs. Cette orientation pragmatique tranche parfois avec les discours purement visionnaires que l’on entend dans le secteur des startups.

Impact potentiel sur la filière agricole

Si la technologie de Molagri tient ses promesses, les retombées pourraient dépasser le simple remplacement d’un insecticide par un autre. Une plateforme évolutive change la relation entre le producteur et l’outil de protection des cultures. Au lieu d’acheter un produit figé pour plusieurs années, l’agriculteur pourrait disposer d’une solution mise à jour en fonction de l’évolution des populations de ravageurs observées localement ou régionalement.

Cette flexibilité pourrait aussi réduire la pression sur l’environnement. En ciblant plus précisément les protéines essentielles aux ravageurs et en limitant les applications inutiles, on diminue les risques pour les insectes utiles, les pollinisateurs et la biodiversité. La sélectivité accrue constitue l’un des arguments forts de l’approche biologique et synthétique.

Sur le plan économique, les producteurs de cultures à haute valeur ajoutée, comme les noix et les fruits, pourraient bénéficier d’une meilleure maîtrise des pertes liées aux ravageurs. Dans un contexte de coûts de production en hausse et d’exigences de qualité strictes sur les marchés d’exportation, chaque outil supplémentaire de protection compte.

Les défis qui restent à relever

Comme toute innovation en biologie appliquée, le chemin vers la commercialisation comporte des étapes réglementaires importantes. Les autorités sanitaires et environnementales examinent avec attention les produits issus de la biologie synthétique et de la virologie. La démonstration de l’innocuité pour l’homme, les plantes et les organismes non cibles sera essentielle.

Les essais terrain permettront de collecter des données solides sur l’efficacité, la persistance et les éventuels effets secondaires. Ces données nourriront les dossiers d’homologation. Le calendrier de ces démarches reste souvent long, même pour des solutions prometteuses.

Un autre défi concerne l’acceptabilité par les agriculteurs et les filières. Les producteurs ont besoin de solutions fiables, faciles à intégrer dans leurs pratiques et économiquement viables. La communication autour du mode d’action et des bénéfices concrets jouera un rôle déterminant.

Un signal fort pour l’écosystème canadien

La réussite de cette levée de fonds illustre le dynamisme de l’écosystème AgTech canadien. Des startups capables d’attirer des investisseurs de premier plan, y compris des figures historiques de la Silicon Valley comme Paul Graham, renforcent la visibilité internationale du secteur. Toronto, avec son bassin de talents scientifiques et son accès aux marchés nord-américains, apparaît comme un lieu privilégié pour ce type d’initiatives.

Le fait que deux doctorants issus de la recherche fondamentale sur les coronavirus aient pu pivoter vers l’agriculture montre aussi la fertilité des transferts de compétences. Les méthodes d’analyse, d’ingénierie et de conception développées dans un domaine peuvent trouver des applications inattendues dans un autre. Cette porosité entre disciplines constitue l’une des forces de l’innovation contemporaine.

Molagri s’inscrit dans une tendance plus large où la biologie synthétique et l’intelligence artificielle convergent pour répondre à des défis concrets. Que ce soit en santé, en énergie ou en agriculture, ces outils ouvrent des possibilités nouvelles. Dans le cas présent, ils s’attaquent à un problème ancien avec des moyens résolument modernes.

Ce que les agriculteurs peuvent attendre

Pour les producteurs de noix et de fruits à noyau, l’arrivée potentielle d’un pesticide évolutif représente une perspective intéressante. Ils pourraient disposer d’un outil capable de s’ajuster aux résistances observées sur le terrain, sans attendre le développement d’une nouvelle molécule chimique. La rapidité de mise à jour constitue un avantage compétitif important dans un environnement où les ravageurs évoluent vite.

Au-delà de l’efficacité pure, la sélectivité et le profil environnemental seront scrutés de près. Les filières agricoles sont de plus en plus demandées sur ces aspects, que ce soit par les distributeurs, les consommateurs ou les autorités. Une solution qui combine performance agronomique et réduction des impacts collatéraux répondrait à une attente réelle.

Il reste bien sûr du chemin à parcourir avant que le produit n’arrive dans les vergers. Les essais, les validations et les autorisations prendront du temps. Mais la solidité du tour de table et la clarté de la vision de l’équipe indiquent que les fondations sont solides.

Une approche qui pourrait inspirer d’autres secteurs

L’idée de concevoir des solutions biologiques capables d’évoluer avec leur cible n’est pas limitée à l’agriculture. On peut imaginer des applications similaires dans la lutte contre les pathogènes des plantes, voire dans d’autres domaines où la résistance constitue un enjeu. La plateforme développée par Molagri, si elle prouve sa robustesse, pourrait servir de modèle pour d’autres approches adaptatives.

Dans un monde confronté au changement climatique, à la perte de biodiversité et à la nécessité de produire plus durablement, les innovations qui allient précision et adaptabilité ont un rôle à jouer. Molagri contribue à cette recherche d’outils plus intelligents, moins figés et mieux calibrés sur les réalités du terrain.

L’équipe torontoise avance aujourd’hui avec détermination. Les prochains mois seront consacrés au recrutement, aux tests et à la consolidation de la technologie. Si les jalons sont atteints, l’agriculture pourrait bientôt disposer d’un nouvel allié capable de suivre le rythme des ravageurs plutôt que de toujours courir après eux.

Cette levée de fonds de 5,2 millions de dollars américains marque donc bien plus qu’une simple opération financière. Elle valide une vision scientifique ambitieuse, ancrée dans des besoins agricoles concrets, et portée par une équipe qui refuse de s’arrêter pour admirer le paysage. Le travail continue, non-stop, comme le rappelle le fondateur. Et c’est précisément cette intensité qui pourrait faire la différence dans les années à venir.

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