Récupération Inégale du Capital-Risque au Canada en 2025
Imaginez un écosystème startup où l'enthousiasme revient, mais de manière sélective. C'est précisément ce que révèle le dernier rapport Osler sur les points de deal dans le monde du venture capital canadien pour l'année 2025. Alors que le total des valeurs des transactions a bondi de 22 %, cette croissance cache des réalités bien différentes selon les secteurs et les étapes de maturité des entreprises.
Pour les fondateurs canadiens qui préparent leur prochaine levée de fonds, comprendre ces nuances n'a jamais été aussi crucial. Entre l'explosion de l'intelligence artificielle et les défis persistants à certains stades, le paysage du financement évolue rapidement. Plongeons dans les enseignements clés de ce rapport qui décortique plus de 140 financements en actions privilégiées réalisés par Osler en 2025.
Une reprise du marché venture qui reste fragmentée
Le rapport Osler apporte une bouffée d'optimisme mesuré au secteur technologique canadien. Avec un volume global atteignant 6,3 milliards de dollars canadiens, soit une augmentation notable par rapport à l'année précédente, on sent un vent de renouveau souffler sur l'écosystème. Pourtant, comme le soulignent les experts du cabinet, cette récupération n'est ni uniforme ni généralisée.
Justin Young, partenaire chez Osler dans le groupe des entreprises émergentes et à forte croissance, résume parfaitement la situation : la reprise est bien là, mais elle varie fortement d'un secteur à l'autre et d'un stade de financement à l'autre. Cette observation invite à une lecture fine des données plutôt qu'à une interprétation trop globale.
Je regarde ces chiffres et j'y vois une récupération, mais elle n'est pas uniforme à travers les secteurs, et elle n'est pas uniforme à travers les stades.
– Justin Young, Osler
Cette analyse s'appuie sur une base de données impressionnante : 686 financements en actions privilégiées entre 2021 et 2025, totalisant plus de 21 milliards de dollars, auxquels s'ajoutent les données sur les titres convertibles des deux dernières années. Un tel niveau de détail fait de ce rapport une référence incontournable pour quiconque s'intéresse au financement des startups au Canada.
L'essor remarquable des premiers stades de financement
En 2025, les rounds de seed et série A ont dominé en volume, représentant pas moins de 70 % de tous les financements en actions privilégiées. Le seed à lui seul comptait pour 40 % des opérations, suivi par la série A à 30 %. Pourtant, ces étapes ne capturaient que 15,9 % du capital total investi.
Calvin Leung, autre partenaire chez Osler, observe que les investisseurs se montrent plus prudents à ces stades précoces. Ils écrivent des chèques plus modestes et négocient des termes plus personnalisés. Cette approche reflète une volonté de limiter les risques dans un environnement encore incertain.
Les fondateurs doivent donc s'attendre à des discussions plus serrées sur les valorisations et les protections. La période où l'argent coulait à flots sans beaucoup de questions semble bel et bien révolue, même si le nombre de deals reste élevé.
Les mégarounds et la domination de l'IA
À l'autre extrémité du spectre, les financements de série D et au-delà ont marqué une présence inédite. Ils ont représenté 10 % des opérations pour la première fois dans l'historique du rapport, capturant un impressionnant 43,6 % du capital total.
L'intelligence artificielle tire clairement son épingle du jeu. Ce secteur attire une part disproportionnée des capitaux disponibles, créant un effet d'entraînement sur l'ensemble du marché. Les startups IA bénéficient de valorisations attractives et de rounds de taille conséquente, reflétant la confiance des investisseurs dans le potentiel transformateur de cette technologie.
Cette concentration pose néanmoins la question de l'équilibre de l'écosystème. Les domaines comme la cleantech et les sciences de la vie montrent aussi une vitalité encourageante, signe que le dry powder reste disponible pour les projets solides au-delà de l'IA.
Le défi particulier de la série B
La série B apparaît comme le maillon faible de cette reprise. C'est à ce stade que l'on enregistre la plus forte augmentation des down rounds. Les entreprises qui atteignent cette phase voient souvent leur structure de gouvernance évoluer, avec une plus grande influence des investisseurs.
Comme l'explique Calvin Leung, le principe de proportionnalité en gouvernance implique généralement une réduction du contrôle des fondateurs au profit des investisseurs institutionnels à partir de la série B. Cette transition, bien que nécessaire, peut s'avérer délicate à gérer.
À la série B, nous tendons à voir le changement s'opérer où même le pourcentage de propriété est plus contrôlé par la base d'investisseurs.
– Calvin Leung, Osler
Les fondateurs doivent donc préparer soigneusement cette étape critique. Une bonne gouvernance, des métriques solides et une vision claire deviennent des atouts indispensables pour négocier dans de meilleures conditions.
Moins de dilution et retour à la discipline
Une bonne nouvelle pour les entrepreneurs : la dilution a diminué à tous les stades en 2025. Cette tendance s'explique par deux phénomènes principaux. Soit les valorisations augmentent tandis que les tailles de rounds restent stables, soit les valorisations se maintiennent mais les montants levés sont plus modestes.
Justin Young met en lumière cette dynamique qui offre un certain soulagement aux fondateurs. Moins de dilution signifie une meilleure préservation de leur participation au capital, élément crucial pour maintenir le contrôle et la motivation à long terme.
- Valorisations en hausse pour certains secteurs porteurs
- Discipline accrue dans la taille des rounds
- Meilleure négociation des termes par les fondateurs expérimentés
- Focus sur la création de valeur réelle avant de lever
Cette discipline cap table se manifeste également par le recours croissant aux opérations secondaires. En série C, 60 % des financements incluaient une composante secondaire. Même aux stades plus avancés, cette pratique gagne du terrain.
L'importance croissante des secondary transactions
Les startups restant privées plus longtemps, les fondateurs et les premiers investisseurs cherchent des opportunités de liquidité. Les secondary permettent de répondre à cette demande sans nécessairement injecter du capital supplémentaire dans l'entreprise.
Justin Young explique que ces mécanismes aident à équilibrer les besoins de liquidité des actionnaires historiques avec les exigences réelles de croissance de la société. Dans un contexte où le temps jusqu'à une sortie publique ou une acquisition s'allonge, cette flexibilité devient précieuse.
Pour les fondateurs, cela signifie aussi la possibilité d'offrir une récompense à leurs équipes via des programmes d'options ou de shares, renforçant ainsi l'attraction et la rétention des talents dans un marché compétitif.
Perspectives pour les fondateurs en 2026
Face à ce tableau nuancé, quelles stratégies adopter pour réussir sa levée de fonds l'année prochaine ? Calvin Leung mise sur la conversion réussie des nombreux seeds de 2025 en séries A puis B. Ce pipeline pourrait alimenter une nouvelle vague de scale-ups canadiennes.
Les secteurs comme la cleantech et les sciences de la vie, qui montrent une bonne santé, offrent des opportunités intéressantes. L'écosystème dispose encore de réserves de capital importantes, prêtes à soutenir les projets ambitieux et bien préparés.
Justin Young conseille aux entrepreneurs d'éviter les lectures trop générales du marché. Chaque situation est unique : secteur d'activité, stade de développement, traction commerciale, équipe. C'est en se concentrant sur ces spécificités que l'on peut tirer le meilleur parti des benchmarks du rapport Osler.
Conseils pratiques pour naviguer dans ce marché
Préparer une levée de fonds en 2026 exige une approche méthodique. Commencez par analyser votre positionnement précis par rapport aux données du rapport. Quels sont les termes habituels pour votre stade et votre vertical ?
Renforcez votre gouvernance dès les premiers stades pour anticiper les transitions futures. Construisez des relations solides avec vos investisseurs potentiels bien avant d'avoir besoin de capital. La transparence et la crédibilité restent les meilleurs atouts.
Enfin, n'oubliez pas que derrière les chiffres se cachent des histoires humaines. Les investisseurs cherchent non seulement des rendements, mais aussi des équipes résilientes capables d'exécuter dans un environnement complexe.
L'avenir du venture canadien : entre défis et opportunités
Le rapport Osler 2025 dessine les contours d'un écosystème en maturation. Le Canada dispose d'atouts indéniables : talents de qualité, soutien gouvernemental dans certains domaines stratégiques, et une position géographique intéressante pour le nearshoring.
Cependant, la concentration des capitaux dans quelques verticals phares comme l'IA risque de creuser les écarts. Les startups dans des domaines plus traditionnels ou en phase de transition doivent redoubler de créativité pour se démarquer.
La résilience dont a fait preuve l'écosystème pendant les années difficiles porte aujourd'hui ses fruits. La discipline retrouvée dans les valorisations et les structures de deals devrait contribuer à bâtir des entreprises plus solides, mieux armées pour affronter la concurrence internationale.
Pour les fondateurs visionnaires, 2026 pourrait marquer le début d'une nouvelle phase de croissance. Ceux qui sauront allier innovation technologique, exécution rigoureuse et compréhension fine des dynamiques de marché seront les mieux positionnés pour réussir.
Ce rapport annuel d'Osler ne se contente pas de compiler des chiffres. Il offre une véritable radiographie du financement des startups canadiennes, avec ses forces, ses faiblesses et ses perspectives d'évolution. En le consultant attentivement, les entrepreneurs peuvent transformer ces insights en avantages compétitifs concrets.
L'année 2025 restera comme celle d'une reprise en demi-teinte mais porteuse d'espoir. À condition de rester lucide sur les disparités du marché et d'adapter sa stratégie en conséquence, le capital-risque canadien a toutes les cartes en main pour briller davantage sur la scène internationale dans les années à venir.
Les prochains mois seront déterminants. Les fondateurs qui sauront tirer les leçons de ce rapport tout en maintenant leur agilité et leur créativité seront ceux qui écriront les prochaines belles histoires de succès de la tech canadienne.