Sequoia Investit dans Anthropic et Brise les Tabous VC
Imaginez un instant : l’un des fonds les plus prestigieux et les plus prudents de la planète décide soudain de miser sur trois des acteurs les plus en compétition dans la course à l’intelligence artificielle générale. Impensable il y a encore deux ans. Et pourtant, en ce début 2026, c’est exactement ce qui est en train de se produire.
Quand Sequoia choisit de ne plus choisir
Le Financial Times a lâché une bombe le 18 janvier 2026 : Sequoia Capital participerait au méga-tour de table d’Anthropic, la société derrière l’IA Claude. Ce qui choque le plus les observateurs, ce n’est pas le montant — colossal — mais le fait que le fonds historique ait déjà investi dans OpenAI et dans xAI, la structure d’Elon Musk. Un triple pari qui pulvérise l’une des règles non écrites les plus solides du capital-risque : ne jamais financer directement des concurrents frontaux.
Pourquoi ce revirement brutal ? Et surtout, quelles conséquences pour l’écosystème IA qui semblait jusqu’ici structuré autour de choix clairs et exclusifs ?
Un tour de table historique à plus de 25 milliards
Selon plusieurs sources concordantes, Anthropic vise rien de moins que 25 milliards de dollars dans ce nouveau cycle, à une valorisation post-money estimée entre 340 et 350 milliards. C’est plus du double de sa valorisation d’octobre 2025 (170 milliards). Même les chiffres les plus conservateurs parlent d’un tour à 10 milliards minimum.
Les deux locomotives du deal seraient GIC (fonds souverain singapourien) et Coatue, chacun avec un ticket de 1,5 milliard. Microsoft et Nvidia auraient déjà promis jusqu’à 15 milliards combinés. Sequoia viendrait donc s’ajouter à cette constellation de géants pour compléter l’enveloppe.
« Les valorisations dans l’IA n’obéissent plus aux lois classiques de la physique économique. On est entré dans une nouvelle ère. »
– Investisseur anonyme cité par le Financial Times
Ce tour monstrueux intervient alors qu’Anthropic prépare activement son introduction en bourse, potentiellement dès la seconde moitié de 2026. Une IPO qui pourrait devenir l’une des plus importantes de l’histoire technologique.
La fin d’une règle d’or chez les VC ?
Pendant des décennies, les grands fonds évitaient soigneusement d’investir dans plusieurs acteurs d’un même marché brûlant. La raison était double : éviter les conflits d’intérêts évidents et surtout empêcher que des informations stratégiques confidentielles circulent entre concurrents directs.
Sam Altman lui-même avait confirmé cette pratique devant la justice en 2025 lors du procès intenté par Elon Musk contre OpenAI. Il avait expliqué que les investisseurs ayant accès aux données sensibles d’OpenAI perdaient cet accès s’ils investissaient dans un concurrent direct. Une clause jugée « standard dans l’industrie ».
Et pourtant, Sequoia semble avoir décidé que cette règle ne s’appliquait plus à l’IA en 2026. Ou du moins, plus à eux.
Les liens très particuliers entre Sequoia et Sam Altman
Pour comprendre ce choix audacieux, il faut remonter dans le temps. Sam Altman a été très tôt repéré par Sequoia. Le fonds a financé Loopt, sa première startup. Il est ensuite devenu scout pour Sequoia, ce qui lui a permis d’introduire Stripe auprès du fonds — un investissement devenu légendaire.
Alfred Lin, aujourd’hui co-dirigeant de Sequoia, entretient une relation particulièrement étroite avec Altman. Il l’a interviewé à plusieurs reprises lors d’événements internes et avait publiquement déclaré, après le coup de théâtre de novembre 2023, qu’il financerait avec enthousiasme « la prochaine entreprise révolutionnaire » d’Altman.
Mais alors pourquoi aller aussi chez Anthropic, perçu comme le principal challenger éthique et technologique d’OpenAI ?
xAI : un cas à part ou le signe d’un changement profond ?
Certains observateurs minimisent l’investissement dans xAI en expliquant qu’il s’agissait surtout d’un renforcement des liens historiques avec Elon Musk (X, SpaceX, Neuralink, Boring Company, Neuralink…). Mais l’entrée chez Anthropic ne peut plus être expliquée par la seule proximité personnelle.
Il s’agit clairement d’un pari sectoriel massif : Sequoia semble avoir décidé que l’IA était devenue trop importante, trop incertaine et trop rapide pour ne miser que sur un seul cheval, même s’il s’appelle OpenAI.
- La course à l’AGI est jugée trop ouverte pour un seul gagnant clair à court terme
- Les barrières technologiques s’effritent plus vite que prévu
- Les valorisations stratosphériques permettent de diluer fortement le risque
- Les LP (limited partners) exigent une exposition maximale au secteur
Un précédent qui avait marqué les esprits
En 2020, Sequoia avait pris une décision rarissime : renoncer à son investissement dans Finix, une fintech qui commençait à concurrencer sérieusement Stripe. Le fonds avait purement et simplement abandonné ses 21 millions de dollars, son siège au board et ses droits d’information. Un geste fort qui montrait à quel point le fonds prenait au sérieux la question des conflits d’intérêts.
Cinq ans plus tard, le même fonds semble avoir changé de philosophie. Ou peut-être considère-t-il que l’IA est une catégorie à part, où les anciennes règles ne s’appliquent plus.
Quelles conséquences pour l’écosystème IA ?
Ce mouvement pourrait déclencher une vague de réévaluations chez les autres grands fonds. Si Sequoia, connu pour sa discipline, accepte de porter plusieurs casquettes dans l’IA, pourquoi les autres s’en priveraient-ils ?
On pourrait voir apparaître des portefeuilles IA beaucoup plus diversifiés, avec des fonds détenant des positions dans 4, 5 voire 6 des principaux labs. Cela poserait de nouvelles questions sur la gestion des conflits, le partage d’information et la loyauté des investisseurs stratégiques.
Pour Anthropic, l’arrivée de Sequoia est un signal extrêmement fort : même les investisseurs les plus proches d’OpenAI croient désormais en son potentiel. Pour OpenAI, c’est un message ambigu : leur partenaire historique ne mise plus exclusivement sur eux.
Vers une nouvelle ère du capital-risque ?
L’année 2026 pourrait marquer le début d’une nouvelle façon de penser le venture capital dans les technologies de rupture. Face à des cycles d’innovation ultra-courts, à des valorisations déconnectées et à une incertitude technologique massive, les grands fonds pourraient préférer la diversification maximale plutôt que le pari exclusif.
Sequoia, en prenant ce risque réputationnel considérable, pourrait bien être en train d’écrire la nouvelle règle du jeu… ou de prouver qu’il n’y a plus de règle du tout quand il s’agit d’intelligence artificielle.
Une chose est sûre : les prochains mois seront passionnants à observer. Entre OPA, procès, levées records et alliances inattendues, l’écosystème IA n’a jamais été aussi électrique.
Et vous, pensez-vous que ce genre de mouvement va se généraliser ou rester une exception liée à la stature unique de Sequoia ?