Boreal Ventures Lance Son Fonds II à 43 M$
Imaginez une jeune pousse technologique qui, après des mois de développement acharné, décroche enfin son premier million de financement… mais se retrouve vite confrontée à une réalité brutale : savoir vendre son produit s’avère souvent plus compliqué que de le créer. C’est précisément ce constat qui anime aujourd’hui de nombreux fonds d’amorçage au Canada. Et l’un d’eux vient de marquer un grand coup en levant des capitaux conséquents dans un marché particulièrement difficile.
Un second fonds ambitieux dans un contexte exigeant
Le fonds d’investissement Boreal Ventures, basé à Montréal, vient d’annoncer un premier closing impressionnant de 43 millions de dollars canadiens pour son Fonds II, avec un objectif final affiché à 60 millions. Cette nouvelle arrive à un moment où le paysage du capital-risque canadien traverse l’une de ses périodes les plus compliquées depuis près d’une décennie.
En 2025, les levées de fonds pour les gestionnaires émergents ont atteint des niveaux historiquement bas. Pourtant, Boreal a réussi à convaincre des investisseurs institutionnels et privés de revenir à ses côtés. Preuve que même dans la tempête, une thèse claire et une équipe crédible continuent de faire la différence.
Un virage stratégique assumé vers le logiciel B2B
Contrairement à son premier véhicule, qui ciblait davantage les technologies profondes nécessitant de longues périodes de R&D, le Fonds II se concentre désormais exclusivement sur des startups B2B jugées « capital-efficient ». Autrement dit, des entreprises qui ont déjà démontré un début de traction, avec un produit fonctionnel et des premiers clients payants, mais qui ont surtout besoin d’accélérer leur moteur commercial.
David Charbonneau, cofondateur du fonds, l’explique sans détour :
Nous ne courons pas après le secteur à la mode du moment.
– David Charbonneau, cofondateur de Boreal Ventures
Le message est limpide : priorité aux verticales essentielles mais souvent délaissées par les gros fonds américains. Parmi elles : les logiciels pour l’industrie, les services sur le terrain, la conformité réglementaire, la fabrication intelligente ou encore la santé numérique (sans toucher au medtech matériel).
L’arrivée remarquée de JD Saint-Martin
Le renfort le plus médiatisé de cette nouvelle mouture est sans conteste l’arrivée de JD Saint-Martin au poste de co-gérant aux côtés de David Charbonneau. Ancien président et directeur des revenus de Lightspeed Commerce, il a gravi les échelons après avoir vendu sa propre startup Chronogolf au géant des solutions retail.
Son parcours opérationnel constitue l’un des principaux atouts que Boreal met en avant pour se différencier. Là où beaucoup de fonds se contentent d’injecter du capital et de quelques conseils stratégiques, Boreal promet un accompagnement beaucoup plus musclé sur la construction de l’organisation commerciale.
JD Saint-Martin souhaite également jouer un rôle clé pour retenir les pépites technologiques au Canada plutôt que de les voir partir trop vite vers la Silicon Valley. Une préoccupation partagée par de nombreux acteurs de l’écosystème ces dernières années.
Répartition géographique et taille des chèques
Le fonds prévoit d’investir environ la moitié de son enveloppe dans des startups québécoises, le reste étant déployé dans d’autres provinces canadiennes. Une répartition qui reflète à la fois la volonté de soutenir l’écosystème local et la reconnaissance que le talent technologique s’est considérablement dispersé à travers le pays.
Côté tickets, Boreal privilégie les prises de lead en seed avec des chèques initiaux compris entre 1,5 et 3 millions de dollars. Une petite partie du fonds sera également réservée à des opportunités pré-seed particulièrement prometteuses.
- Objectif : 15 investissements au total
- 90 % en seed
- Lead ou co-lead privilégié
- Construction active de syndicat
Retour sur le Fonds I : leçons apprises
Lancé en 2021 en partenariat avec l’incubateur Centech, le premier fonds de Boreal (38 M$) avait initialement une coloration deep tech. Mais l’expérience a rapidement fait évoluer la stratégie. Les cycles longs, les burns élevés et l’attente d’une percée technologique se sont révélés mal alignés avec le modèle d’accompagnement « hands-on » que l’équipe voulait déployer.
David Charbonneau ne cache pas que ce pivot a été salvateur :
Le Fonds I nous a permis d’affiner notre conviction sur ce que nous sommes réellement les mieux placés pour accompagner : des entreprises B2B dans des secteurs essentiels mais systématiquement sous-estimés par les grands fonds.
– David Charbonneau
Le portefeuille actuel montre une belle diversité : logiciels de gestion de salles de sport (FLiiP), vérification d’antécédents (Trustii), traitements contre la dépendance à la nicotine (Ditch Labs) ou encore lasers pour semi-conducteurs (Femtum). Aucune perte majeure n’a été enregistrée à ce jour et la majorité des sociétés poursuivent leur croissance.
Pourquoi ce positionnement résonne en 2026 ?
Dans un marché où les valorisations ont fortement corrigé et où les LPs sont devenus extrêmement sélectifs, les gestionnaires qui affichent une thèse étroite, cohérente et démontrée sur le terrain conservent un avantage compétitif.
Boreal coche plusieurs cases :
- Investisseurs historiques qui réinvestissent
- Arrivée d’une personnalité crédible venue de l’opérationnel
- Focus assumé sur des verticales « ennuyeuses » mais résilientes
- Promesse d’accompagnement concret sur la partie la plus douloureuse : le go-to-market
À cela s’ajoute le soutien d’institutions fortes comme Investissement Québec, BDC Capital, Teralys Capital, Desjardins Capital… et même Dax Dasilva, fondateur et PDG de Lightspeed, qui figure parmi les LPs du nouveau fonds.
Un signal positif pour l’écosystème canadien
Dans un contexte où beaucoup d’observateurs s’inquiètent de l’assèchement du capital d’amorçage au Canada, l’annonce de Boreal Ventures constitue une bouffée d’oxygène. Elle rappelle que des gestionnaires locaux peuvent encore lever des tickets significatifs à condition de proposer une valeur ajoutée réelle et différenciée.
Pour les fondateurs qui construisent des logiciels B2B utiles mais peu glamour, l’arrivée de ce type d’acteurs spécialisés est plutôt bonne nouvelle. Ils pourraient enfin trouver des partenaires financiers capables de comprendre leurs cycles de vente longs et leurs besoins spécifiques en matière de commercialisation.
Reste désormais à transformer cet argent frais en succès concrets. Mais avec un premier closing déjà solide et une équipe renforcée, Boreal Ventures semble avoir posé des bases sérieuses pour écrire le prochain chapitre de son histoire.
À suivre de près dans les mois à venir.