Duna Lève 30M€ pour Révolutionner l’Identité des Entreprises
Imaginez un monde où ouvrir un compte professionnel ou s'associer avec une nouvelle entreprise prendrait quelques clics seulement, sans des semaines de vérifications fastidieuses et coûteuses. C'est précisément l'ambition que porte Duna, une startup européenne qui vient de franchir une étape majeure en levant 30 millions d'euros en Series A. Cette levée de fonds, menée par CapitalG, le fonds de croissance d'Alphabet, place cette jeune pousse parmi les plus financées issues du célèbre réseau des alumni de Stripe en Europe.
Dans un écosystème fintech où la conformité réglementaire représente souvent un frein majeur à l'innovation et à la croissance, Duna propose une approche rafraîchissante. En s'attaquant au processus complexe de Know Your Business (KYB), elle ne se contente pas d'automatiser des tâches : elle vise à construire une véritable infrastructure de confiance réutilisable à l'échelle mondiale. Cette vision séduit non seulement des investisseurs de premier plan mais aussi des exécutifs de Stripe et même de son rival Adyen.
La puissance du réseau des alumni Stripe
Stripe est bien plus qu'une simple plateforme de paiements. Au fil des années, cette entreprise est devenue une véritable pépinière de talents entrepreneuriaux, souvent surnommée la "Stripe mafia". De nombreux anciens employés ont fondé des startups à succès, attirant à leur tour des investissements massifs. Duna incarne parfaitement cette dynamique, avec ses cofondateurs Duco van Lanschot et David Schreiber, tous deux issus de l'expérience chez Stripe.
Duco van Lanschot a dirigé les opérations de Stripe pour le Benelux et la région DACH pendant plusieurs années, tandis que David Schreiber a piloté l'une des plus grandes unités business globales de l'entreprise, incluant la plateforme de paiements par carte. Leur expertise combinée leur a permis d'identifier une douleur réelle dans l'écosystème fintech : les processus d'onboarding des clients entreprises restent lents, chers et sources de churn important.
Il faut des contrôles si fins et qui varient d'une entreprise à l'autre qu'une Adyen ou une Stripe ne va pas transformer son onboarding business en un produit séparé où un autre client enterprise peut tout reconfigurer.
– Duco van Lanschot, cofondateur de Duna
Cette citation illustre bien pourquoi Duna trouve sa place. Plutôt que de concurrencer directement les géants des paiements, la startup se positionne comme un partenaire spécialisé. Son tour de table reflète cette confiance : des anciens dirigeants de Stripe comme le CTO David Singleton, la COO Claire Hughes Johnson et le Global Chief Compliance Officer Michael Cocoman ont investi en tant qu'anges. Même des cadres d'Adyen, tels que la CRCO Mariëtte Swart et le CFO Ethan Tandowsky, ont rejoint l'aventure.
Cette adhésion croisée entre rivaux historiques démontre la valeur perçue de la solution. Elle valide également l'hypothèse des fondateurs : le marché de la vérification d'identité business nécessite une granularité et une flexibilité que les plateformes de paiement principales ne peuvent pas facilement offrir en interne.
Un problème massif dans la conformité KYB
Le Know Your Business (KYB) représente un défi quotidien pour les institutions financières et les fintechs. Vérifier l'identité d'une entreprise, ses bénéficiaires effectifs (UBO), son historique, ses risques de blanchiment ou de fraude demande du temps, des ressources humaines importantes et génère souvent des abandons en cours de processus.
En Europe, particulièrement aux Pays-Bas et en Allemagne où Duna est implantée, le poids de la conformité est lourd. Selon des données évoquées par les fondateurs, les quatre plus grandes banques néerlandaises emploient à elles seules des milliers de personnes dédiées à ces tâches, avec une part significative concentrée sur les vérifications business. Même si CapitalG a nuancé les chiffres, le constat reste : des ressources humaines considérables sont mobilisées pour des processus manuels répétitifs.
Duna s'attaque à ce goulot d'étranglement en proposant une plateforme AI-native qui accélère l'onboarding tout en maintenant, voire en renforçant, les standards de sécurité et de conformité. Parmi ses clients figurent déjà des noms reconnus comme Plaid, Moss ou encore d'autres acteurs majeurs du spend management et des paiements.
Contrairement à certains concurrents qui se contentent d'agréger des sources de données existantes souvent incomplètes ou obsolètes, Duna met l'accent sur la génération de ses propres données enrichies. Cette approche lui permet d'offrir une couverture plus profonde, notamment sur plus de 210 registres locaux, avec un support multilingue et une localisation fine adaptée aux réglementations européennes variées.
Vers un passeport digital pour les entreprises
L'ambition de Duna ne s'arrête pas à l'automatisation du KYB actuel. Les fondateurs visent rien de moins qu'une infrastructure de confiance globale où chaque entreprise disposerait d'un "passeport digital" réutilisable. Une fois vérifiée sur une plateforme, cette identité pourrait être partagée de manière sécurisée et consentie vers d'autres services : ouverture de compte bancaire, intégration chez un nouveau fournisseur de paiement, ou partenariat commercial.
Cette vision de réseau crée des effets de réseau puissants. Plus il y aura d'entreprises vérifiées sur Duna, plus la valeur pour chaque participant augmentera. C'est un classique des plateformes à succès, mais appliqué ici à un domaine traditionnellement fragmenté et opaque : l'identité corporate.
Ce que nous voulons construire au fil du temps, c'est une infrastructure de confiance globale où nous fournissons un passeport digital pour chaque entreprise. Ainsi, vous pouvez réutiliser votre dossier d'onboarding chez Moss pour vous intégrer chez Plaid, ou pour ouvrir un compte bancaire.
– Duco van Lanschot
Alex Nichols, le general partner de CapitalG qui a mené l'investissement, souligne l'importance des effets de réseau et des avantages d'échelle dans ses thèses d'investissement. Il apprécie particulièrement quand les fondateurs apportent une "earned insight", une compréhension profonde du problème acquise par l'expérience terrain. Dans le cas de Duna, cette insight provient directement de leurs années chez Stripe.
Pour accélérer l'adoption avant d'atteindre une masse critique, l'équipe identifie des "patches de réseaux" : des clusters d'entreprises qui partagent déjà des liens forts. Cela peut concerner des industriels ayant des clients communs, des fonds d'investissement avec des limited partners qui se recoupent, ou des écosystèmes dans de petits pays où les acteurs se connaissent bien. Dans ces groupes restreints, la réutilisation de l'identité vérifiée apporte une valeur immédiate.
Une concurrence dans un marché en pleine évolution
Le secteur de la vérification d'identité, qu'il s'agisse de KYC pour les particuliers ou KYB pour les entreprises, compte plusieurs acteurs établis comme Jumio ou Veriff. Ces solutions se concentrent souvent sur l'analyse documentaire et biométrique. Duna se différencie par son focus exclusif sur le monde B2B et son approche orientée réseau et génération de données propriétaires.
Alex Nichols compare même l'opportunité à la construction de quelque chose d'aussi fondamental que Visa, mais dans le domaine de l'identité business. C'est une analogie forte qui souligne le potentiel de transformation à long terme. En attendant, la startup démontre déjà un business case solide en aidant ses clients à onboarder plus rapidement, à moindre coût et avec un meilleur taux de conversion.
Cette performance explique pourquoi les investisseurs historiques ont doublé la mise. Index Ventures, qui avait mené le seed de 10,7 millions d'euros en 2025, participe à nouveau. Puzzle Ventures et Frank Slootman, président de Snowflake, font également partie des soutiens.
L'IA au service de la conformité
Duna se décrit comme une plateforme AI-native. L'intelligence artificielle joue un rôle central non seulement pour automatiser les vérifications mais aussi pour gérer la complexité des configurations par client. Chaque entreprise a ses propres exigences en matière de données, de seuils de risque ou de réglementations sectorielles. L'IA permet d'adapter finement ces règles sans multiplier les efforts manuels.
Cette automatisation ne vise pas à remplacer entièrement les équipes compliance, mais à les rendre bien plus efficaces. En libérant du temps sur les tâches répétitives, elle permet aux experts de se concentrer sur les cas complexes ou à haut risque. À terme, cela pourrait contribuer à réduire significativement les coûts opérationnels dans un secteur où la conformité pèse lourd sur les bilans.
Les fondateurs insistent sur le fait que leur solution n'est pas seulement une couche technologique supplémentaire, mais un changement de paradigme. Au lieu de traiter chaque onboarding comme un silo isolé, Duna crée les fondations pour un écosystème interconnecté où la confiance est portable et scalable.
Le contexte plus large de l'innovation fintech en Europe
Cette levée de fonds intervient dans un contexte où l'Europe cherche à renforcer son positionnement dans la tech financière tout en naviguant entre innovation et régulation stricte. Le RGPD, les directives anti-blanchiment successives et les exigences PSD2 ou à venir créent à la fois des contraintes et des opportunités pour les startups capables d'offrir des solutions conformes par design.
Duna bénéficie de son implantation dans deux pays clés : l'Allemagne et les Pays-Bas. Ces marchés combinent une forte densité d'entreprises innovantes, un écosystème fintech dynamique et des régulateurs attentifs à la stabilité financière. La localisation fine des données et la compréhension des registres nationaux constituent un avantage compétitif réel face à des acteurs plus globaux mais moins ancrés localement.
Par ailleurs, la présence d'investisseurs comme CapitalG signale un intérêt croissant des grands fonds américains pour les talents européens. Après avoir soutenu Stripe très tôt, CapitalG parie une nouvelle fois sur une équipe capable de bâtir des infrastructures critiques pour l'économie numérique.
Les défis à venir pour scaler l'infrastructure de confiance
Construire un réseau d'identité réutilisable n'est pas sans défis. La question de la confidentialité des données reste centrale. Duna devra convaincre les entreprises que partager sélectivement des informations vérifiées renforce la sécurité globale sans compromettre leur avantage compétitif ou leur conformité.
Les aspects techniques liés à l'interopérabilité entre systèmes hétérogènes, la gestion des consentements granulaires et la résilience face aux tentatives de fraude sophistiquées exigeront des investissements continus en R&D. L'équipe, qui compte déjà des profils issus d'Apple, Google, Klarna ou Trade Republic, semble bien armée pour relever ces défis.
Un autre enjeu majeur sera l'adoption. Passer d'un outil d'onboarding plus efficace à une plateforme de réseau requiert un changement culturel dans les départements compliance et risk des grandes organisations. Duna mise sur des succès rapides dans des clusters ciblés pour démontrer la valeur et créer un mouvement d'entraînement.
Perspectives et opportunités au-delà de l'onboarding
Une fois l'infrastructure de passeport digital en place, de nouvelles fonctionnalités pourraient émerger. On pense notamment à un "one-click onboarding" pour les entreprises, analogue à ce que Stripe Link a apporté dans le domaine des paiements consommateurs ou Amazon avec son checkout simplifié en B2C.
Cette fluidité pourrait débloquer des cas d'usage nouveaux : partenariats commerciaux plus rapides, intégration simplifiée dans des marketplaces B2B, ou même facilitation des levées de fonds en rendant la due diligence plus transparente et efficace. L'impact potentiel sur l'économie réelle est considérable, en réduisant les frictions qui ralentissent aujourd'hui l'innovation et la collaboration entre entreprises.
À plus long terme, une telle infrastructure pourrait également contribuer à lutter contre la fraude et le blanchiment à l'échelle internationale en améliorant la qualité et la fraîcheur des données partagées de manière contrôlée. Paradoxalement, plus la confiance est portable, plus il devient difficile pour les acteurs malveillants de créer des entités fantômes ou de masquer leurs activités.
Pourquoi cette histoire dépasse le simple tour de table
La trajectoire de Duna illustre plusieurs tendances profondes de l'écosystème startup européen. D'abord, la maturation du talent local : des professionnels ayant acquis une expertise chez des leaders mondiaux comme Stripe reviennent sur le Vieux Continent pour y bâtir des champions. Ensuite, l'attractivité croissante des marchés européens pour des investisseurs globaux qui cherchent à diversifier au-delà de la Silicon Valley.
Enfin, elle met en lumière l'importance croissante des infrastructures "invisible" mais critiques. Alors que beaucoup de startups se concentrent sur des interfaces utilisateur flashy ou des modèles d'IA générative, Duna rappelle que les fondations solides – conformité, confiance, interopérabilité – restent indispensables pour scaler durablement dans le secteur réglementé de la finance.
Avec plus de 40 millions d'euros levés au total depuis sa création en 2023, Duna dispose désormais des moyens nécessaires pour accélérer son développement technique et commercial. Les prochains mois seront décisifs pour prouver que sa vision d'un passeport digital pour entreprises n'est pas qu'une belle idée, mais une réalité en construction.
Dans un environnement où les régulateurs exigent toujours plus de transparence tout en encourageant l'innovation responsable, des solutions comme celle de Duna pourraient bien devenir des standards de facto. Elles permettraient à l'Europe de conjuguer son attachement à la protection des données et à la stabilité financière avec une agilité entrepreneuriale renouvelée.
L'histoire de Duna ne fait que commencer. Elle s'inscrit dans la lignée d'autres succès européens qui transforment des contraintes réglementaires en opportunités technologiques. En misant sur l'IA, les réseaux et une compréhension fine des besoins des institutions financières, cette startup pourrait bien redéfinir la manière dont les entreprises établissent et maintiennent la confiance dans l'économie digitale de demain.
Pour les observateurs de l'écosystème startup, ce type d'initiative mérite une attention particulière. Elle démontre que même dans des domaines réputés complexes et conservateurs comme la compliance, l'innovation peut émerger quand l'expérience terrain rencontre une vision ambitieuse et un soutien financier solide. La prochaine fois que vous entendrez parler d'onboarding d'entreprise qui traîne en longueur, pensez à Duna : une solution est peut-être en train de naître pour résoudre ce problème structurel.
En conclusion, cette levée de fonds de 30 millions d'euros n'est pas seulement une bonne nouvelle pour Duna et ses investisseurs. Elle représente un signal fort pour tout l'écosystème fintech européen : les talents sont là, les idées disruptives aussi, et les capitaux suivent quand l'expertise et l'ambition se rencontrent. Reste maintenant à observer comment cette infrastructure de confiance prendra forme concrètement et quels nouveaux usages elle rendra possibles dans les années à venir.
Le parcours des fondateurs, l'adhésion des exécutifs de Stripe et Adyen, le soutien de CapitalG et d'Index Ventures : tous ces éléments convergent vers une même direction. Duna n'ambitionne pas simplement d'améliorer un processus existant, mais de créer une nouvelle couche d'infrastructure essentielle pour l'économie numérique. Dans un monde où la confiance devient une ressource aussi stratégique que les données elles-mêmes, cette startup pourrait bien occuper une place centrale.