Forum Cvca Attire Investisseurs Mondiaux À Toronto

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août 14, 2026

Forum Cvca Attire Investisseurs Mondiaux À Toronto

Et si le prochain grand tournant de l’économie canadienne se jouait non pas dans les couloirs d’Ottawa, mais dans une salle privée de Toronto, un lundi de septembre ? Alors que le pays multiplie les appels à l’investissement étranger, un événement discret mais stratégique s’apprête à rassembler des figures que l’on croise d’habitude à Davos ou à New York. Des dirigeants de fonds mondiaux, des têtes d’affiche de la tech canadienne et des représentants d’institutions de plusieurs continents vont se croiser pour une journée destinée à une seule mission : convaincre que le Canada mérite une place plus importante dans les portefeuilles internationaux.

Un rendez-vous stratégique juste avant le sommet Carney

Le 14 septembre, l’Association canadienne du capital de risque et d’investissement (CVCA) organise son Canadian Global Growth Forum. L’événement, sur invitation uniquement, précède de quelques heures le Canada Investment Summit annoncé par le premier ministre Mark Carney. Officiellement, les deux rendez-vous ne sont pas liés. Officieusement, tout le monde comprend qu’ils s’inscrivent dans la même dynamique : attirer des capitaux massifs vers des projets structurants et vers l’écosystème entrepreneurial du pays.

Selon les informations relayées, le sommet gouvernemental doit accueillir des dirigeants de près d’une centaine d’investisseurs internationaux issus de vingt-huit pays. Ces acteurs gèrent collectivement près de cent vingt mille milliards de dollars. Face à une telle concentration de pouvoir financier, les gestionnaires de fonds canadiens ont voulu se donner une chance de parler directement aux décideurs avant que les projecteurs officiels ne s’allument.

Qui sera autour de la table

La liste des intervenants annoncée par la CVCA donne le ton. Du côté du private equity, on retrouve Cyrus Madon, président du groupe private equity de Brookfield Asset Management, Camilla Languille, co-directrice générale de la plateforme private equity de Mubadala, John Toomey, directeur général de HarbourVest Partners, et Paul Desmarais III, président et directeur général de Sagard. Ces noms représentent des institutions capables de déployer des milliards sur de longues périodes.

Ils ne seront pas seuls. Des responsables d’investissement venus du Canada, des États-Unis, de Chine, de Malaisie, de France et d’Australie complètent le panel. L’idée est claire : créer un espace où les gestionnaires de fonds locaux peuvent présenter leurs thèses d’investissement sans le filtre des grandes conférences publiques.

Du côté des entrepreneurs, trois figures canadiennes bien connues ont confirmé leur présence. Aidan Gomez, cofondateur et directeur général de Cohere, Michael Katchen, cofondateur et directeur général de Wealthsimple, et Mina Mitry, cofondateur et directeur général de Kepler Communications. Leur participation n’est pas anodine. Elle illustre la volonté de montrer que le Canada ne se contente plus d’exporter des talents, mais qu’il produit aussi des entreprises capables de rivaliser à l’échelle mondiale.

Pour les fonds canadiens, l’occasion de pitcher des limited partners de premier plan sur leur propre terrain est rare et précieuse. Le sommet de septembre est le premier du genre au Canada et attire un type de liste d’invités que l’on retrouve habituellement en Suisse ou aux États-Unis.

– Analyse issue du contexte médiatique autour de l’événement

Pourquoi ce format privé change la donne

Les forums ouverts ont leur utilité. Ils permettent de créer de la visibilité et de lancer des messages politiques. Mais les décisions d’allocation de capital se prennent rarement sous les projecteurs. Les conversations sérieuses, celles qui engagent des engagements de plusieurs centaines de millions, se déroulent dans des cadres plus confidentiels. C’est exactement ce que propose le Canadian Global Growth Forum.

Les gestionnaires de fonds locaux pourront rencontrer individuellement des représentants de grands limited partners. Ils auront l’occasion de présenter non seulement leurs performances passées, mais aussi leur capacité à accompagner des entreprises canadiennes dans des secteurs stratégiques : intelligence artificielle, communications spatiales, services financiers numériques, infrastructures ou technologies profondes. L’objectif n’est pas de vendre un rêve, mais de démontrer que le Canada offre un environnement stable, des talents de haut niveau et un cadre réglementaire prévisible.

Cette approche répond à une frustration ancienne. Depuis des années, les acteurs du capital de risque et du private equity canadiens observent que de nombreuses décisions d’investissement se prennent ailleurs, souvent sans que les équipes locales aient pu défendre leurs dossiers de manière approfondie. Le forum de septembre constitue une tentative concrète de corriger ce déséquilibre.

Le contexte politique et économique

Le Canada Investment Summit s’inscrit dans une volonté affichée de relancer l’attractivité du pays. Après des années marquées par des débats sur la productivité, le niveau d’investissement privé et la rétention des entreprises en croissance, le gouvernement souhaite envoyer un signal clair aux marchés internationaux. Les projets dits « nation-building » – infrastructures, énergie, innovation technologique – sont placés au centre de la stratégie.

Dans ce cadre, le forum de la CVCA joue un rôle de passerelle. Il permet aux gestionnaires de fonds canadiens de préparer le terrain, d’établir des contacts et de positionner leurs véhicules d’investissement avant que les discussions officielles ne commencent. Certains observateurs y voient même une forme de lobbying soft : montrer que l’écosystème local est prêt, structuré et capable d’absorber des flux importants.

Il faut aussi rappeler que le capital de risque canadien a connu des années contrastées. Après une période de forte activité, le marché a ralenti, comme partout ailleurs. Les levées de fonds sont devenues plus difficiles, les valorisations plus exigeantes et les limited partners plus sélectifs. Dans ce contexte, pouvoir rencontrer en personne des décideurs de premier plan représente un avantage concurrentiel non négligeable.

Ce que les startups canadiennes ont à y gagner

Derrière les discussions entre fonds et limited partners se cache un enjeu plus large pour les entrepreneurs. Lorsque des véhicules canadiens réussissent à lever davantage de capital auprès d’investisseurs internationaux, c’est l’ensemble de l’écosystème qui en profite. Plus de dry powder disponible signifie plus de tickets pour les tours de table, une plus grande capacité à soutenir les entreprises sur le long terme et une meilleure compétitivité face aux fonds américains ou européens.

Les trois dirigeants d’entreprises invités incarnent précisément ce que les investisseurs étrangers recherchent : des sociétés qui ont déjà prouvé leur capacité à scaler, à attirer des talents internationaux et à opérer sur des marchés globaux. Cohere dans l’intelligence artificielle générative, Wealthsimple dans la finance grand public et Kepler Communications dans les constellations de satellites illustrent trois verticales où le Canada dispose d’atouts réels.

En les plaçant sur la scène du forum, la CVCA envoie un message simple : le pays ne se contente plus d’être un vivier de talents qui partent ailleurs. Il produit aussi des champions capables de retenir la valeur créée ici.

Les défis qui restent à surmonter

Attirer des limited partners de renom ne suffit pas. Il faut ensuite convertir les intentions en engagements concrets. Plusieurs obstacles demeurent. Le premier est structurel : les fonds canadiens restent souvent de taille inférieure à leurs homologues américains. Cela peut freiner certains investisseurs institutionnels qui privilégient des tickets importants et des relations de long terme avec un nombre limité de partenaires.

Le deuxième défi concerne la perception. Malgré des succès notables, le Canada est encore parfois vu comme un marché secondaire, intéressant mais moins dynamique que la Silicon Valley ou certains hubs européens. Changer cette image demande du temps, de la constance et des résultats mesurables.

Enfin, la concurrence est féroce. D’autres pays multiplient eux aussi les initiatives pour attirer les mêmes capitaux. Singapour, les Émirats, le Royaume-Uni ou encore certains États américains déploient des stratégies agressives. Dans ce contexte, le Canada doit jouer sur ses forces historiques : stabilité politique, qualité des institutions, niveau d’éducation et cadre de vie attractif pour les talents.

Une opportunité rare pour l’écosystème local

Le Canadian Global Growth Forum n’est pas un événement de plus dans le calendrier. Il s’agit d’une tentative organisée de faire coincider les agendas des gestionnaires de fonds canadiens avec ceux des plus grands investisseurs mondiaux, à un moment où le gouvernement canadien place l’investissement au cœur de sa stratégie économique.

Pour les équipes de private equity et de capital de risque, l’enjeu est double. D’un côté, elles doivent démontrer leur capacité à générer des rendements compétitifs. De l’autre, elles doivent convaincre que le Canada offre un terrain de jeu suffisamment large et diversifié pour justifier des allocations significatives. Les conversations privées prévues le 14 septembre constitueront un test grandeur nature de cette double démonstration.

Si l’initiative porte ses fruits, elle pourrait ouvrir la voie à de nouvelles relations durables entre les fonds locaux et des limited partners jusqu’ici peu présents sur le marché canadien. Dans le cas contraire, elle restera un moment intéressant mais sans lendemain. Tout dépendra de la qualité des échanges, de la solidité des thèses présentées et de la capacité des gestionnaires canadiens à se distinguer dans un univers extrêmement concurrentiel.

Une chose est certaine : rarement l’écosystème canadien du capital-investissement aura disposé d’une telle concentration de décideurs sur son propre territoire. Dans un monde où les flux de capitaux se déplacent rapidement, cette concentration d’attention constitue en soi un actif stratégique. Reste à le transformer en résultats concrets pour les entreprises et les projets qui feront l’économie de demain.

Les prochaines semaines diront si le pari de la CVCA et de ses membres aboutit. En attendant, le simple fait que des figures de cette envergure acceptent de se rendre à Toronto pour écouter les arguments canadiens marque déjà un changement d’attitude. Le Canada n’attend plus d’être invité à la table. Il décide d’y installer la sienne et d’y faire asseoir les interlocuteurs qu’il juge prioritaires.

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