Legio Lève 5 Millions Pour La Sécurité Campus
Et si le plus grand obstacle à la sécurité sur les campus universitaires n’était pas le manque de personnel, mais le poids écrasant de la paperasse ? C’est précisément ce constat qui a poussé trois entrepreneurs torontois à créer Legio, une plateforme conçue pour redonner du temps aux équipes de sécurité. En quelques mois seulement, cette jeune pousse canadienne vient de lever 5 millions de dollars américains, soit environ 7 millions de dollars canadiens, auprès du fonds Klass Capital. Un signal fort dans un secteur longtemps négligé par les innovations technologiques réellement adaptées aux réalités du terrain.
Une plateforme née d’un besoin urgent sur les campus
Fondée en avril dernier par Darren Hill, Mike Wertman et Joe Crampton, Legio s’attaque de front à un problème structurel. Les agents de sécurité campus passeraient près de 40 % de leur temps à remplir des rapports plutôt qu’à patrouiller ou à intervenir. Cette réalité, confirmée par de nombreux professionnels du secteur, transforme des équipes censées protéger en véritables machines à documents. La promesse de Legio est claire : automatiser ce qui peut l’être pour libérer du temps humain là où il compte vraiment.
Contrairement aux solutions génériques héritées du monde de l’entreprise et simplement adaptées à l’enseignement supérieur, la plateforme a été pensée dès le départ pour les spécificités des campus. Elle gère le dispatch, la réponse aux incidents, le suivi des dossiers et les patrouilles. Grâce à une architecture nativement basée sur l’intelligence artificielle, elle suggère les bons formulaires, préremplit les informations pertinentes et alerte automatiquement les services concernés. Résultat : moins d’erreurs, moins de délais et une coordination plus fluide entre les différents acteurs de la sécurité.
Réduire la paperasse pour mieux protéger
Darren Hill, le PDG, résume la situation avec une formule qui frappe : le travail de documentation finit par étouffer le travail de protection. Cette phrase n’est pas un simple slogan marketing. Elle reflète le quotidien de centaines d’équipes qui jonglent entre obligations réglementaires, rapports d’incidents et présence physique sur le terrain. Legio veut inverser cette logique.
Les équipes portent des obligations de reporting lourdes en plus d’opérations 24 heures sur 24, et le travail de documentation de la vacation prend le pas sur celui de la protection du campus.
– Darren Hill, PDG de Legio
La levée de fonds servira principalement à accélérer le développement produit et à recruter des ingénieurs. Parallèlement, la startup développe un programme de partenaires de conception. Deux établissements postsecondaires testent déjà la solution et fournissent des retours concrets. Cette approche collaborative permet d’affiner l’outil au contact réel des utilisateurs plutôt que de le concevoir en vase clos.
Une vision collaborative plutôt que purement policière
Dans un contexte où les débats sur la surveillance campus s’intensifient, Legio tient à clarifier sa position. La plateforme n’est pas un outil de surveillance. Elle se situe à l’intersection de plusieurs services : affaires étudiantes, vie en résidence, résolution de conflits et sécurité. L’objectif est d’impliquer les bonnes personnes au bon moment, idéalement avant qu’un incident ne dégénère.
Cette approche collégiale change la donne. Au lieu de se contenter d’armer davantage les forces de sécurité, Legio mise sur la coordination et la prévention. Les équipes peuvent ainsi traiter les situations avec plus de nuance et orienter les étudiants vers les ressources appropriées. C’est une manière de repenser la sécurité non comme une réponse purement répressive, mais comme un écosystème de bien-être et de prévention.
Klass Capital, un investisseur proche et convaincu
Le financement provient intégralement de Klass Capital, un fonds de croissance torontois connu pour ses investissements dans des entreprises canadiennes comme AlayaCare, Manifest Climate ou encore TrackTik. L’histoire est d’autant plus particulière que Darren Hill et Mike Wertman occupent déjà des fonctions au sein de Klass Capital, respectivement comme operating partner et CTO. Leur connaissance intime du portefeuille et des enjeux opérationnels a clairement joué en faveur du projet.
Lorsque l’idée de Legio a été présentée à Daniel Klass, le managing partner, l’enthousiasme a été immédiat. Pour le fonds, Legio incarne parfaitement le type de logiciel vertical qu’il recherche : un produit ancré dans un domaine précis, porté par des fondateurs qui connaissent le terrain, et construit sur une architecture IA native capable de transformer un marché en retard de modernisation.
Darren, Mike et Joe apportent l’expertise sectorielle nécessaire pour reconstruire cette catégorie, et leur architecture nativement IA constitue les fondations adaptées à un marché qui attendait depuis longtemps ce type de changement.
– Daniel Klass, managing partner de Klass Capital
Pourquoi le marché de la sécurité campus était mûr pour une rupture
Pendant des années, les solutions proposées aux universités et collèges restaient des adaptations de logiciels d’entreprise génériques. Ces outils, conçus pour des contextes très différents, peinaient à répondre aux contraintes spécifiques des campus : flux d’étudiants changeants, obligations de reporting strictes, coordination entre services multiples et nécessité d’une présence humaine constante. Le résultat était un empilement de systèmes peu intégrés, sources de double saisie et de perte d’information.
Legio part du principe inverse. En construisant une plateforme dédiée dès le premier jour, l’équipe peut intégrer les particularités du milieu universitaire dans chaque fonctionnalité. L’intelligence artificielle ne se contente pas d’être un gadget : elle devient un assistant qui guide l’agent dans le choix du bon rapport, qui préremplit les champs à partir de données déjà connues et qui notifie automatiquement les interlocuteurs pertinents. Cette fluidité change radicalement le rapport au temps.
Les bénéfices attendus vont au-delà de la simple productivité. Moins de temps passé derrière un écran signifie plus de présence sur le terrain. Une meilleure coordination entre services peut éviter que des situations mineures ne s’aggravent. Et une documentation plus fiable et plus rapide facilite le respect des obligations réglementaires tout en protégeant les équipes en cas de litige.
Les défis qui restent à relever
Comme toute jeune entreprise, Legio devra prouver que sa solution s’adapte à des environnements très variés. Les campus canadiens ne fonctionnent pas tous de la même façon : tailles différentes, cultures organisationnelles distinctes, budgets plus ou moins serrés. Le programme de partenaires de conception joue ici un rôle crucial. En intégrant dès le départ les retours d’utilisateurs réels, la startup maximise ses chances de construire un produit réellement utile plutôt qu’une solution théorique.
La question de la confiance reste également centrale. Dans un climat où les étudiants et le public sont de plus en plus attentifs aux questions de surveillance et de protection des données, Legio doit démontrer en permanence que son outil sert la collaboration et la prévention, et non le contrôle excessif. La transparence sur les finalités et les limites de la plateforme sera déterminante pour son adoption à grande échelle.
Une dynamique qui s’inscrit dans un mouvement plus large
Le succès de Legio s’inscrit dans une tendance plus vaste : la verticalisation des logiciels. Les entreprises et les institutions ne se contentent plus de solutions fourre-tout. Elles recherchent des outils conçus pour leurs métiers spécifiques, capables de comprendre leurs processus et leurs contraintes. Dans le domaine de la sécurité, cette évolution était particulièrement attendue. Les campus, avec leurs enjeux uniques de coexistence entre vie étudiante, recherche et protection, constituent un terrain idéal pour ce type d’innovation.
L’arrivée de l’intelligence artificielle native change également la donne. Là où les anciennes générations de logiciels se contentaient d’enregistrer et d’archiver, les nouvelles plateformes proposent d’assister, de suggérer et d’anticiper. Cette évolution n’est pas anodine. Elle transforme le rôle de l’outil, qui passe du statut de simple registre à celui de véritable partenaire opérationnel.
Pour les fondateurs de Legio, l’enjeu dépasse largement le simple gain de temps. Il s’agit de reconstruire une catégorie entière à partir de zéro, en partant des besoins réels des équipes plutôt que d’une logique purement technologique. Cette approche, combinée à un financement solide et à une proximité étroite avec un investisseur expérimenté, place la startup dans une position favorable pour les prochains mois.
Ce que révèle cette levée de fonds sur l’écosystème canadien
Le fait qu’un fonds comme Klass Capital investisse l’intégralité du tour de table dans une jeune entreprise fondée par des membres de son propre operating team illustre plusieurs dynamiques intéressantes. D’abord, la capacité de l’écosystème torontois à générer des idées à l’intérieur même des structures d’investissement. Ensuite, la volonté de certains fonds de soutenir des projets très en amont, dès le stade de la construction de la catégorie. Enfin, la conviction que certains marchés, longtemps sous-équipés en solutions adaptées, offrent aujourd’hui des opportunités importantes.
La sécurité des campus n’est pas un sujet médiatique permanent, mais elle touche directement des centaines de milliers d’étudiants, de professeurs et de personnels. Améliorer la façon dont ces espaces sont protégés et gérés a des répercussions concrètes sur le sentiment de sécurité, sur la qualité de vie et, in fine, sur l’attractivité des établissements. En ce sens, Legio s’attaque à un problème à la fois opérationnel et sociétal.
Les prochains mois seront déterminants. Le développement produit, le recrutement d’ingénieurs et l’extension du programme de partenaires de conception devront confirmer que la promesse initiale se traduit en résultats tangibles sur le terrain. Si la plateforme parvient à démontrer qu’elle libère réellement du temps pour les agents tout en améliorant la coordination entre services, elle pourrait bien devenir une référence dans un secteur qui attendait depuis longtemps une solution conçue pour lui.
En attendant, la levée de 5 millions de dollars américains marque une étape importante. Elle valide l’intuition des fondateurs et donne à Legio les moyens de passer de l’idée à l’échelle. Pour les équipes de sécurité campus qui passent encore trop de temps à documenter plutôt qu’à protéger, l’arrivée de cet outil pourrait bien changer la donne. Et pour l’écosystème canadien des startups, c’est un nouveau rappel que les meilleures opportunités se trouvent parfois dans les angles morts des marchés traditionnels.